Le samedi 30 mars 2013, Maurice vit l’une des pages les plus tristes de son histoire. En quelques heures, quand s’abat un « flash flood » sur la capitale, 11 Mauriciens trouvnt la mort dans des conditions tragiques. Emportés par les flots alors que le niveau d’eau montait dans les artères principales de Port-Louis, ainsi qu’à Canal Dayot, sis à la sortie de la ville, Keshav Ramdharri, Sylvia et Jeffrey Wright, Amrish et Trishul Tewary, Vikesh Khoosye, Simon Henriette, Christelle Moorghen, Retnon Navin Sithanen, Rabindranath Bhobany et Vincent Lai ont laissé leurs familles inconsolables et à jamais meurtries. Deux ans se sont écoulés, mais les blessures ne se cicatriseront peut-être jamais…
Keshav Ramdharri (29 ans), ses cousins Amrish (24 ans) et Trishul Tewary (19 ans), et un autre proche, Vikesh Khoosye (26 ans), ainsi que Sylvia (46 ans) et Jeffrey Wright (18 ans) n’ont pas eu le temps de quitter le tunnel à l’entrée sud menant au Caudan Waterfront. La montée des eaux les a surpris et ces six personnes s’y noyèrent.
Le corps sans vie de Simon Henriette (32 ans), jeune frère de Marie-Hélène, originaire de Rodrigues, a été retrouvé dans le caniveau à la Chaussée, entre les bâtiments abritant le store de KFC et les magasins du lieu. Retnon Navin Sithanen (36 ans), quant à lui, a été entraîné par les flots dans le Ruisseau du Pouce…
Les plongeurs et membres de la force policière, SMF et autres unités de secours, qui furent à l’oeuvre dès l’après-midi de ce samedi 30 dans les rues de Port-Louis, eurent toutes les peines du monde pour extraire les corps de Ravindranath Bhobany (52 ans) et de Vincent Lai Kin Wong Tat Chong (45 ans) du « basement parking » du Port-Louis Harbour Front.
Quant à Christabel Moorghen (65 ans), l’habitante de Canal Dayot ne put soutenir la vue de la rivière qui gonflait. Elle succomba à un infarctus.
Et tandis que les flots se déchaînaient et emportaient les 11 Mauriciens vers leur mort, plusieurs endroits, tel le Champ-de-Mars, où se déroulait la journée de courses traditionnelle, furent eux aussi envahis d’eau. La Place d’Armes se transforma en bassin géant, une version encore plus horrible de celle qui avait métamorphosé le même endroit, le 13 février précédent… L’image des voitures flottant carrément et des files interminables d’autres véhicules cherchant à quitter la capitale via les autres artères restera à jamais gravée dans les mémoires des Mauriciens.
Autour des rues jouxtant la gare Victoria, des chaînes humaines se formèrent pour éviter que les uns et les autres ne soient entraînés par les eaux montantes. À la Chaussée et la rue John Kennedy, ceux et celles qui tentaient de rallier les autobus pour quitter Port-Louis au plus vite, n’oublieront jamais les minutes périlleuses passées à s’accrocher les uns aux autres ou à s’agripper aux bâtiments et tout autre point d’ancrage…
Durant toute la journée du dimanche 31 et les jours qui suivirent, GIPM, SMF, plongeurs professionnels, pompiers, membres de la National Coast Guard et d’autres éléments des diverses unités de secours demeurèrent à pied d’oeuvre dans les immeubles et les rues de la capitale. Une onde de choc parcourut tout le pays : personne ne s’attendait à ce que des pluies, soudaines et d’une telle intensité, fassent autant de morts en un si court laps de temps.
À quelques minutes de la sortie de Port-Louis, via l’ancienne route, Canal-Dayot est totalement isolé de la capitale et de Pointe-aux-Sables. Les eaux ont totalement envahi les maisons, emportant sur leur passage meubles, télés, récipients, livres, cahiers, vêtements… En quelques minutes, des dizaines de familles se retrouvent sans vivres et sans recours.
Passé le choc des morts causées par les inondations meurtrières, les Mauriciens venus des quatre coins du pays s’organisent en une massive chaîne de solidarité humaine, du jamais vu jusque-là, des jours et des jours durant, pour remettre Canal Dayot sur pieds, soutenir les familles matériellement et humainement.
Maurice a pris plusieurs mois avant de panser cette blessure vivace, causée par les pluies diluviennes du « Black Saturday ». Des artistes s’en sont inspirés, dont Zulu. Et à peine la population se remettait-elle péniblement de ce douloureux souvenir qu’une autre catastrophe mortelle frappa de plein fouet tout un chacun, le vendredi 3 mai…