Le drame lors d’un exercice d’entraînement d’éléments du Groupement d’intervention de la police mauricienne (GIPM) à Sept-Cascades samedi matin coûtant la vie à deux jeunes recrues, le Private 3692 Louis Sylvestre Nanon, 22 ans, et le Private 2919 Nitish Kumar Binda, fait actuellement l’objet d’une enquête confiée à la CID de Vacoas sous la supervision directe du commissaire de police Dhun Iswur Rampersad. La première phase d’audition des témoins oculaires, notamment les collègues des deux victimes menés par le lieutenant Sookur, a été entamée samedi soir. Mais tout semble indiquer qu’une éventuelle reconstitution des faits sur les lieux à « Bassin 55 Mètres », à la hauteur de la quatrième cascade, sera déterminante pour établir les circonstances de ce drame qui affecte non seulement deux familles de Château Bénarès à Rivière-des-Anguilles et de Providence, mais aussi la Special Mobile Force (SMF) et l’ensemble de la force policière. Les funérailles militaires des constables Nanon et Binda, empreintes d’une vive émotion, se sont déroulées hier après-midi (voir plus loin).
De prime abord, se fondant sur les premiers témoignages de ceux qui se trouvaient sur les lieux du drame en fin de matinée samedi, la version officielle, communiquée à la presse, par le porte-parole de la SMF l’inspecteur Dawoodharry, indique que la mort de ces deux membres de cette unité qui aspiraient à intégrer le corps d’élite du GIPM relèverait de circonstances accidentelles. À savoir qu’à un certain moment, le constable Nanon, qui faisait partie du groupe, a fait une chute accidentelle dans le bassin et que par la suite, se trouvant en difficultés, son collègue Nitish Kumar Binda s’est jeté à l’eau pour essayer de lui porter secours en vain.
Toutefois, dans certains milieux autorisés de la force policière, l’on affirme que l’enquête confiée au chef inspecteur Ramsay de la CID de Vacoas devra déterminer les raisons pour lesquelles le Private Nanon s’est retrouvé initialement dans le « Bassin 55 Mètres ». L’une des conséquences de cette enquête sera de « clear the air » quant aux conjectures et spéculations derrière ce drame, dont les dernières sont soit des membres de la SMF auraient tenté un « dip » en apnée dans le bassin avec de graves conséquences soit une plaisanterie aurait mal tourné entre collègues à la fin de moins d’une heure d’exercice entre la première et la quatrième cascade samedi matin.
En marge de la version des faits des membres de l’escouade du lieutenant Sookur, les limiers de la CID de Vacoas envisagent la possibilité de prendre des dispositions nécessaires pour une reconstitution des faits avec les témoins concernés. En ce début de semaine, aucune décision n’a encore été prise à ce sujet. Cette étape, soutient-on, sera franchie au moment approprié. Les attributions de l’enquête de la CID de Vacoas porteront sur le protocole en vigueur pour le déroulement des exercices militaires des membres de la SMF et du GIPM, comprenant les aspects techniques, sur les mesures et équipements de sécurité prévus pour cette catégorie de sorties à risques.
« No stone will be left unturned »
Du côté de la SMF, le porte-parole, interrogé par Le Mauricien ce matin, indique que « le commissaire de police a diligenté une enquête indépendante ; nous collaborons avec les enquêteurs. Cette affaire est prise très au sérieux. Rest assured, no stone will be left unturned ». Le commandement général de la SMF préfère se tenir à l’écart du déroulement de l’enquête policière sur la mort de ces deux aspirants membres du GIPM et ce, jusqu’aux conclusions.
La chronologie officielle de cette training session à Sept-Cascades samedi avec la participation du Private 365 Jolicoeur, du Private 3501 Lalbeeharry, du Private 5718 Ramdony, du Private 3988 Quirin, du Private 383 Kureeman, du Private 3692 Nanon, et du Private 2919 Binda, sous le commandement du lieutenant Sookur, confirme que les incidents à « Bassin 55 Mètres » marquent le début de l’exercice à 9 h 05. Dans un premier temps, les membres de la SMF, présents sur les lieux, avaient tenté en vain de porter secours aux victimes avant l’intervention d’une autre équipe du GIPM, menée par le sergent Bissoo, arrivé sur les lieux à 11 h 20.
8 h 50 : les membres susmentionnés de la SMF quittent les casernes de Vacoas à bord du minibus immatriculé 327 RM 07, conduit par le constable Boheea. Au programme de samedi matin de ces éléments de la SMF dans le cadre de leur Induction Course en vue de faire partie du GIPM est une séance d’entraînement à Sept-Cascades.
9 h 50 : arrivée de l’équipe à Sept-Cascades. Briefing général sur les différentes étapes de l’exercice et vérification des équipements de sécurité en possession de chacun des membres. Puis, l’ordre du début de l’exercice est donné avec la descente des Sept-Cascades en direction de la station hydroélectrique de Tamarind Falls. La tenue de camouflage et le port des casques de sécurité étaient de mise.
La marche des membres de la SMF vers la station hydroélectrique s’est déroulée sans encombres. Le lieutenant Sookur anime un briefing avec ses hommes au sujet de la remontée vers la quatrième cascade en passant par les première, deuxième et troisième compte tenu de la topographie du sentier à être emprunté.
La version officielle des faits indique qu’à la hauteur de la quatrième cascade, le constable Nanon se serait plaint de douleurs à la cheville, mais à ce matin, aucune précision n’était disponible quant à si c’était la droite ou la gauche. Le lieutenant Sookur devait décider d’un repos pour les membres de son escouade.
À ce moment, le constable Louis Sylvestre Nanon allait enlever ses boggies. Il prend alors place près de la berge. « À un certain moment, j’ai vu le Private Nanon, qui était debout près de la berge. Alors que j’étais en conversation avec les autres membres de l’équipe, j’ai entendu un son dans l’eau et j’y ai vu le Private Nanon. J’ai approché la berge qui était d’une hauteur d’un pied. Je lui ai demandé de sortir de l’eau », a déclaré en substance le lieutenant Sookur dans sa version des faits aux limiers de la CID de Vacoas.
Dans un premier temps, le lieutenant Sookur ajoute qu’il n’avait pas l’impression que Louis Sylvestre Nanon se trouvait en difficulté dans l’eau. Mais presque tout de suite, le drame devait se jouer avec la victime tentant avec désespoir de sortir de l’eau. Sur ce, le constable Binda s’était mis à se défaire ses chaussures de combat pour aller porter secours à son collègue.
Le lieutenant Sookur devait lancer une corde en direction des constables Nanon et Binda. Ces derniers ne sont pas parvenus à s’y agripper avant de disparaître sous la surface de l’eau.
Le Private Jolicoeur, qui s’est retrouvé dans le bassin, devait effectuer une plongée pour essayer de les rattraper. Mais la visibilité était nulle sous l’eau. Les constables Lallbeeharry et Kureeman devaient recevoir des instructions du lieutenant Sookur pour quitter le bassin en vue de tenir la corde de secours sur la berge.
Aide de Vertical World
Le lieutenant Sookur s’est engagé dans les recherches en descendant jusqu’à sept mètres de profondeur dans le bassin. Mais aucune trace des constables Nanon et Binda. Après quelques instants, il devait abandonner les recherches en vue de faire appel aux éléments du GIPM en stand-by aux casernes de Vacoas.
11 h 20 : arrivée sur les lieux des renforts du GIPM menés par le sergent Bissoo. Des séries de plongée ont été effectuées dans le bassin.
12 h 55 ; le corps du Private Nanon, portant son singlet et son pantalon de treillis, est remonté à la surface par les secouristes. Avec l’aide des spécialistes de Vertical World, qui avaient rappliqué entre-temps, des membres de la SMF avaient tenté en vain des séances de réanimation sur Louis Sylvestre Nanon.
13 h 25 : le cadavre de Nitish Kumar Binda est récupéré au fond du bassin. Après des tentatives de réanimation sur place, il a été conduit au Princess Margaret Orthopaedic Centre où le décès a été constaté.
L’autopsie pratiquée à la morgue du PMOC par le Chief Police Medical Officer le Dr Sudesh Kumar Gungadin a attribué le décès de ces deux membres de la SMF à une asphyxie due à la noyade. L’enquête de la CID de Vacoas se poursuit.