L’enquête confiée au Central CID sous la double supervision des assistants commissaires de police (ACP) Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi du Central CID a fini par avoir raison de la loi du silence imposée de force dans l’enceinte des casernes de laSpecial Mobile Force au sujet du double drame de Sept-Cascades du samedi 29 septembre. Le scénario plus que parfait de la glissade accidentelle du Private 3692 Louis Sylvestre Nanon dans le bassin et de la mort héroïque de son collègue, le Private 2919 Nitish Kumar Binda en voulant porter secours au premier nommé, a été déjoué mercredi après-midi. Ce développement dans l’enquête policière, écartant la thèse de l’accident, aura pour effet d’attiser la colère, l’indignation et la frustration des familles des deux victimes, qui n’avaient pas eu le temps de faire leur deuil.
A partir de là, la responsabilité du lieutenant Atmanand Sookur, 30 ans, était engagée dans la mort de ces deux aspirants-membres du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM). Sa décision de faire prévaloir son droit constitutionnel au silence au moment de son arrestation dans la nuit de mercredi à jeudi ne constituera pas un handicap pour faire progresser l’enquête du Central CID.  Entre-temps, les autres membres du groupe participant à la séance d’entraînement de samedi dernier, en l’occurrence lePrivate 365 Jolicoeur, lePrivate 3501 Lalbeeharry, le Private 5718 Ramdony, le Private 383 Kureeman, ont modifié la première version de leurs dépositions consignées au CID de Vacoas, samedi soir.
Contrairement à la version présentée à la presse par l’inspecteur Dawoodharry de la SMF dans l’enceinte du Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC), samedi dernier, la séquence des événements dans le Bassin 55 Mètres à la 4e cascade des Sept-Cascades est nettement plus dramatique. Le tout s’est déroulé en une poignée de secondes, soit le temps que les premiers 25 mètres du bassin soient couverts par les plus costauds du groupe de SMF en entraînement.
Les instructions du lieutenant Sookur aux membres de son groupe étaient sans ambiguïté. Les aspirants membres du GIPM venaient de boucler l’ascension entamée à partir de 9h05 des quatre premières cascades depuis la station hydroélectrique de Tamarind Falls au bas. A la 4e cascade, le groupe des membres de la SMF, tous âgés d’au moins 22 ans, avaient eu à peine le temps de reprendre leurs forces après cette remontée de falaise accompagnée de manoeuvres militaires.
« Allé, tire top ek combat boots! Nazé, tuss lot bor bassin, apré réturné », avait lancé l’instructeur aux éléments sous son commandement. Lesquels n’eurent d’autre choix que d’enlever leurs chaussures et leurstops pour se jeter dans le bassin avec leurs pantalons de treillis. L’enquête duCentral CID vise à établir que dès son entrée dans le bassin, Louis Sylvestre Nanon s’était retrouvé en difficulté, confirmant la thèse d’hydrocution évoquée par Week-End dans l’édition de dimanche dernier. Tout semble indiquer que cette première victime n’avait même pas eu le temps de compléter la première partie du trajet dans le bassin. Le témoignage et la participation du Private 365 Jolicoeur à la reconstitution des faits, prévue en début de semaine, devront être déterminants sur la séquence des événements dans le Bassin 55 Mètres.
Les témoignages des cinq autres rescapés apportent un cinglant démenti à la version à l’effet que le Private 2919 Nitish Kumar Binda aurait été victime de noyade alors qu’il tentait de porter secoirs à son camarade. Le premier des membres du groupe, qui avait atteint l’autre rivage du bassin, soutient qu’en entamant la seconde partie du bassin, il avait croisé son camarade Binda, qui était au bord de l’épuisement et qui luttait pour maintenir la tête hors de l’eau.
En dépit des tentatives en vue de lui porter secours, le constable Binda devait couler au fond du bassin devant les yeux de son camarade. Son cadavre fut récupéré plus de deux heures après par l’équipe de secours du GIPM menée par le sergent Bissoon. Que ce soit dans le cas de Louis Sylvestre Nanon ou dans celui de Nitish Kumar Binda, les massages cardiaques effectués par des spécialistes de Vertical World, venus prêter main-forte aux hommes de la SMF, furent en vain.
La piste, qui a permis aux limiers du Central CID de contredire la version truquée colportée par le commandement de la SMF, se retrouve sous la forme de documents photocopiés en possession des cinq témoins oculaires du drame de Sept-Cascades. A leur arrivée dans les locaux du Central CID pour des auditions séparées, mais se déroulant en simultané, ils ont sorti ce document donnant des détails sur les faits à être présentés aux enquêteurs sur le drame.
Un examen sommaire de ce document, versé dans le dossier à charge, confirme aux yeux des plus novices des limiers du Central CID qu’il y a anguille sous roche . Dès les premières questions de l’interrogatoire, les aspirants-membres du GIPM changent leurs dépositions au CID de Vacoas. Ils confirment que ces détails et les photocopies leur ont été communiqués par le lieutenant Sookur, samedi après-midi, avant de se rendre au poste de police de Vacoas.
L’examen graphologique par des spécialistes de la police devra déterminer l’identité de l’auteur de ce document du même coup du cerveau derrière ce sinistre Cover-Up avec deux innocentes victimes. Les premières explications de l’inspecteur Dawoodharry, porte-parole désigné de la SMF, qui avaient fait état publiquement de ces détails, n’ont pas convaincu les limiers du Central CID.
L’inspecteur Dawoodharry, cet ancien Chief Investigator de l’époque turbulente de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), avait été interrogé mercredi après-midi avant l’arrestation du lieutenant Sookur. Aux dernières nouvelles, après l’interrogatoire, vendredi, du Deputy Commanding Officer de la SMF, l’ACP Jaddoo, de l’adjudant Buddoo et du lieutenant Sambat, sur le rôle du commandement de la SMF dans cette affaire, leCentral CID a pris la décision de convoquer de nouveau l’inspecteur Dawoodharry pour une séance dequestioning extrêmement serré
En début de semaine, le porte-parole désigné de la SMF ne pourra pas seulement plaider la défense qu’il n’a fait que rapporter des détails qui lui ont été communiqués. Il devra révéler la filière de communications mise en place au sein de la SMF pour vérifier les faits avant de les rendre publics. Il pourra être confronté aux détails d’une opération de « cooking up of factual events » avec pour objectif de détourner l’attention des autorités compétentes et du public de la véritable chronologie des événements.
Le lieutenant Sookur, qui est en liberté provisoire après avoir versé une caution de Rs 10 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 50 000, suite à son inculpation pour homicide involontaire, devra être de nouveau auCentral CID en début de semaine. Il sera interrogé sur les raisons pour lesquelles ses supérieurs hiérarchiques n’auraient pas été informés du changement du programme d’entraînement de la Montagne du Corps-de-Garde à Sept-Cascades et pour lesquelles les équipements de plongée et de secours et autres mesures de précaution n’ont pas été pris, alors qu’un volet de natation figurait à son programme d’entraînement poussé.
Cette enquête du Central CID sur la noyade des Privates Nanon et Binda pourrait déboucher sur un blâme contre le commandement de la SMF, qui ne fait que placer toute la responsabilité sur les épaules du lieutenant Sookur. Les hommes des ACP Vuddamalay et Jangi se sont fixé pour objectifs de déterminer le rôle et la responsabilité de tout un chacun aux différents échelons de la SMF dans cette situation de laisser-aller dans une division majeure de la police, ouvrant la voie à un Cover Up incontestable même dans des cas de mort d’homme et une démarche préjudiciable à la force polocière puisque la SMF en fait partie…