L’enquête du Central CID sur la noyade de deux aspirants-membres du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM), le Private 3692 Louis Sylvestre Nanon, et le Private 2919 Nitish Kumar Binda, à Sept-Cascades, le samedi 29 septembre dernier, a franchi une étape majeure ce matin. Sous la double supervision des assistants commissaires de police (ACP), Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi, les cinq rescapés de la Special Mobile Force (SMF) de la séance d’entraînement modifiée du lieutenant Atmanand Sookur sont revenus sur les lieux du drame pour une reconstitution au quatrième bassin, connu comme le Bassin 55 Mètres. Par contre, le principal concerné, qui a été inculpé du délit d’homicide involontaire, a refusé de prendre part à l’exercice formel dans le cadre de l’enquête policière. La prochaine étape devra permettre aux limiers du Central CID de déterminer l’identité des auteurs au sein de la hiérarchie de la SMF du Cover-Up démantelé en faisant accréditer dans un premier temps la thèse de la chute accidentelle du Private Nanon, qui aurait soi-disant enlevé ses Combat Shoes suite à des douleurs à la cheville.
Comme ce fut le cas lors de son interrogatoire par le Central CID, où il avait fait prévaloir son droit constitutionnel de garder le silence, le lieutenant Sookur, actuellement sous le coup d’une interdiction, a refusé de participer à la reconstitution des faits à Sept-Cascades ce matin. Il s’était présenté peu après 9 h au lieu de rendez-vous, soit le terrain de football de Henrietta en vue de signifier son refus d’être présent aux abords du Bassin 55 Mètres dans la matinée.
« Je ne compte pas participer à la reconstitution des faits du jour sur les instructions de mon conseil légal », aurait déclaré en substance le lieutenant Sookur aux responsables du Central CID peu avant la mise en place des procédures. Toutefois, le lieutenant Sookur s’est permis le luxe d’aller rejoindre les cinq principaux témoins du drame, qui attendaient le début des opérations dans un des bus de la SMF. Quand les responsables de l’enquête se sont rendus compte de cette lacune majeure, ils se sont précipités pour le faire évacuer du véhicule de la SMF, auquel il ne devait à aucun prix avoir accès lors d’un tel exercice.
Compte tenu de la tournure des événements depuis déjà dix jours, il est devenu évident que la thèse concoctée et consignée à la CID de Vacoas, selon laquelle arrivé à la hauteur de la quatrième cascade, le Private Nanon, qui avait mal à la cheville, s’était débarrassé de ses chaussures de combat avant de chuter accidentellement dans l’eau, était devenue caduque. Mais le refus du lieutenant Sookur de collaborer privera les enquêteurs du Central CID d’un élément majeur, à savoir la réaction de l’instructeur principal devant le drame qui se déroulait dans le bassin.
Dans sa déposition initiale au chef inspecteur Ramsay de la CID de Vacoas, le lieutenant Sookur avait soutenu qu’il s’était jeté à l’eau quand il avait vu le Private Nanon en difficulté soi-disant s’agrippant à son collègue Binda, parti le secourir. Lors de son arrestation, le mercredi 3 octobre, il n’avait pas osé répéter cette version au Central CID suite au changement dans les témoignages sur les circonstances du drame des cinq autres membres de la SMF. Il avait gardé le silence.
Sur la base des témoignages des aspirants-membres du GIPM, partis en séance d’entraînement à Sept-Cascades le 29 septembre dernier, le groupe de sept était complètement épuisé après avoir remonté les quatre premières cascades à partir de la station hydroélectrique de Tamarind Falls. Sur les ordres du lieutenant instructeur Sookur, les sept membres de la SMF devaient se jeter dans le bassin en vue de rejoindre l’autre bord et de retourner.
Le témoignage du Private 3988 Quirin est considéré comme étant extrêmement crucial quant à la séquence des événements dans le Bassin 55 Mètres. D’ailleurs, bien avant que les enquêteurs ne descendent à la quatrième cascade, ils ont eu un briefing détaillé, carte de la région à l’appui, avec le constable Quirin portant principalement sur les principaux points à repérer une fois sur les lieux du drame.
Tout semble confirmer que le drame s’est déclenché dès le signal de départ de cette course d’un rivage du bassin à l’autre. Probablement souffrant d’hydrocution, avec le changement subit de température du corps au contact de l’eau du bassin, le Private Nanon se serait vite retrouvé en difficulté dans l’eau. Il n’aurait même pas eu le temps d’effectuer les premiers mètres du bassin quand il aurait coulé à pic.
Depuis le début de cette enquête, le Private Quirin a été consistent en soulignant que l’une des dernières images qu’il retient des événements dans le bassin est que « Nanon so labous ti ouver ek li pa ti pe kapav kriye ». C’était vers les 11 heures ce samedi 29. Le corps de ce membre de la SMF avait été retiré au fond du bassin par des membres d’une équipe de sauveteurs venus en renfort.
Ce matin, le Private Quirin a montré aux enquêteurs du Central CID l’endroit où il se trouvait dans le bassin quand il avait vu Louis Sylvestre Nanon luttant entre la vie et la mort. Ces scènes ont été photographiées et mises sur bande vidéo par des membres du Scene of Crime Office (SOCO).
L’autre témoignage émane du Private Jolicoeur, l’un des derniers à accepter de modifier sa déposition initiale au Central CID. Cet aspirant-membre du GIPM fut un des premiers à pouvoir atteindre l’autre rivage du bassin. En retournant, il devait constater que le Private Binda éprouvait de grosses difficultés pour continuer ce volet de l’exercice dans le bassin.
En arrivant sur le rivage, le Private Jolicoeur devait lancer la corde en direction de Binda. Mais ce dernier n’était pas en mesure de la saisir ; il devait couler. En l’absence de toute collaboration du lieutenant Sookur à l’enquête, le Central CID n’est pas en mesure de déterminer sa contribution dans l’exercice de sauvetage.
Pour la reconstitution des faits de ce matin, d’importants moyens logistiques et de prévention ont été mobilisés avec des survols de reconnaissance de l’hélicoptère de la police dans les environs de la quatrième cascade avant que les enquêteurs et les autres parties prenantes ne soient déployés.
La prochaine étape de l’enquête policière, suivie de très près par le commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, s’annonce capitale. Le Central CID est des plus déterminés à identifier la source de ce Cover-Up des plus scandaleux avec la mort de deux membres de la SMF. Avant même que les dépositions ne soient consignées sur ce drame, la version de la chute accidentelle avait été proposée officiellement à la presse.
L’objectif du Central CID consiste à déterminer à quel niveau du management de la SMF les détails truqués de ce drame étaient connus dans la journée de samedi et les mesures prises pour procéder à la contre-vérification. Le témoignage de l’inspecteur Dawoodharry pourra être revu bientôt à la lumière des derniers développements.