C’est Reaz Carrim Oojageer qui a ouvert le volet des auditions qui verra défiler les policiers hier devant la Commission Lam Shang Leen. Ce constable affecté à l’ADSU de Plaine-Verte a été convoqué pour s’expliquer sur divers sujets, dont ses dépenses ainsi que des dépôts en liquide sur ses comptes en banque, et ses nombreux déplacements de très courte durée à Madagascar. L’homme a souhaité divulguer la partie concernant la Grande Île à huis clos, expliquant qu’il est question de sa « vie privée ».
Paul Lam Shang Leen a émis quelques réserves quant à la présence de l’officier Reaz Carrim Oojageer durant l’arrestation et l’enquête de Rudolf Jean Jacques, dit Gro Derek. Le président de la Commission d’enquête sur la drogue voulait en savoir plus sur l’implication du policier affecté à l’ADSU en 2013 :
Paul Lam Shang Leen : Vous faites partie de l’unité de l’ADSU de Plaine-Verte, c’est une équipe, n’est-ce pas ? Avec qui avez-vous travaillé ?
Reaz Oojageer : Il y a eu MM. Husnoo et Dowlut…
PLSL : Et en 2013 ?
RO : L’inspecteur Rujub. Il y avait aussi M. Dahal…
PLSL : Vous savez pourquoi je vous demande ça ? En 2013, qui a été arrêté ?
RO : Gro Derek.
PLSL : Exactement !
RO : J’étais affecté aux Headquarters de l’ADSU à cette époque-là.
PLSL : Mais, pendant que se déroulait l’enquête, vous étiez là ?
RO : Oui.
PLSL : Je vais vous demander de bien vérifier vos comptes bancaires et surtout les dépôts en liquide de cette époque-là. J’espère que vous viendrez avec des explications plausibles… Au cas contraire, cela risque de vous attirer des ennuis ! Un jugement se faisant attendre dans cette affaire, nous ne pouvons nous prononcer. Mais des zones d’ombre subsistent de part et d’autre dans certains aspects de l’enquête… Il y a un gros point d’interrogation sur certains détails. Mais nous y reviendrons une fois que vous aurez produit les documents que nous vous avons demandés.
Par ailleurs, l’officier Oojageer détiendrait une multitude de comptes bancaires. Au point où le président de la Commission, Paul Lam Shang Leen, lui-même, s’y perdrait presque ! Mais qu’à cela ne tienne, l’ancien juge avait de quoi questionner le PC Oojageer, notamment sur une « série de dépôts en liquide, en juillet 2015 ». « Vous avez déposé Rs 10 000 sur le compte de votre femme ; Rs 11 200 sur celui d’un de vos fils ; Rs 16 200 sur celui d’un autre, et enfin, Rs 16 900 sur votre troisième fils. Cela fait presque Rs 50 000. D’où vient tout cet argent ? D’autant qu’à cette époque-là, vous n’aviez que… Rs 29 sur votre compte à vous ! » Le PC Oojageer a alors lâché : « C’était un cadeau de mon beau-père. » Malgré tout, le président Lam Shang Leen a souhaité que Reaz Oojageer aille « récupérer tous vos relevés de comptes bancaires, pour chacun de vos comptes, et vous viendrez nous expliquer en détail la provenance de chacun de ces dépôts qui ne relèvent pas de votre salaire d’officier ».
Reaz Oojageer a rejoint la Mauritius Police Force (MPF) en novembre 1994. « J’ai servi dans différentes unités de la SMF », devait-il expliquer. « Puis, j’ai été affecté à la VIPSU et intégré l’ADSU à compter de 2006. » Cet habitant de Vallée-des-Prêtres a intéressé la Commission d’enquête sur la drogue « d’une part parce que des personnes sont venues vous dénoncer ». « Nous étions donc dans l’obligation d’enquêter », a expliqué P. Lam Shang Leen. Autrement, ces personnes pourraient nous taxer de manque de transparence. « Lors de la recherche d’informations, nous avons ainsi épluché vos comptes en banque, et c’est ainsi que nous sommes tombés sur ces différents dépôts en liquide, que nous souhaitons comprendre… » Dans le même registre, le président de la Commission a fait état de « plusieurs mouvements sur le compte de votre épouse qui nous intriguent ». « À plusieurs reprises, il y a eu des dépôts de Rs 100 000 sur le compte de votre femme et immédiatement, cet argent a été retiré puis, reversé quelques jours plus tard. Le même schéma se répète à de nombreuses reprises… D’où vient cette somme et pour quelles raisons avez-vous effectué ces mouvements ? »
Le PC Oojageer a également été interrogé sur son penchant pour les jeux de hasard. Paul Lam Shang Leen devait le questionner sur le sujet et l’officier a admis qu’il est détenteur d’une carte de crédit de laquelle il puise parfois des sommes pour jouer. Il a aussi expliqué se servir de cette carte « pour des achats ». P. Lam Shang Leen a rappelé au policier : « Puisque vous êtes attaché à l’ADSU, vous savez très bien comment fonctionnent les trafiquants… Nous ne disons pas que vous êtes de mèche avec eux, mais comprenez qu’il y a une foule de détails éveillant nos soupçons. »