L’étape de la convocation des hommes de loi pour une audition a été franchie. Finalement, après environ six mois, le compartiment, avec à son bord une douzaine de membres du barreau, s’arrêtera devant la porte de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen. Ainsi, un premier homme de loi, Me Anupam Kandhai, a été convoqué cet après-midi en prélude à une liste d’une dizaine de professionnels, dont des ténors, avec des connexions politiques de haut niveau.
Entre-temps, dès la semaine prochaine, le défilé devant la commission Lam Shang Leen devra connaître une nette accélération. En parallèle, l’Independent Commission against Corruption (ICAC) est revenue à la charge hier avec une nouvelle réunion de concertation des différentes institutions engagées dans la lutte contre la drogue et le blanchiment de fonds pour établir un plan de travail pour mater les parrains de la mafia.
Alors que d’autres avocats étaient mentionnés en privé comme étant susceptibles d’être assignés en vue d’expliciter leurs liens avec des trafiquants avérés, c’est Me Anupam Kandhai, membre du Mouvement Patriotique, qui ouvrira ce nouveau chapitre des travaux de la Commission Lam Shang Leen. En effet, cet avocat devra se présenter cet après-midi pour être confronté à des faits relatifs à ses fréquentations avec des trafiquants de drogue. L’un des points majeurs auquel il devra répondre porte sur une affaire de règlement d’une amende entre Rs 200 000 et Rs 400 000 imposée à un passeur indien lors de sa condamnation pour trafic de drogue.
Les informations versées dans le dossier à charge de la commission précisent qu’à la fin de la période de sa condamnation, le ressortissant indien, qui n’avait aucun proche ou contact à Maurice, n’avait pas les moyens de payer cette amende. Ainsi, il encourait le risque de purger une nouvelle peine en prison. Or, à ce moment précis est intervenu le « chevalier Kandhai », qui a réglé la note pour lui avec le reçu émis au nom de l’homme de loi pour preuve.
Lors de son audition du jour, Me Kandhai sera appelé par la commission Lam Shang Leen à donner de plus amples détails sur ses contacts avec ce détenu indien condamné à la prison pour importation de drogue et, surtout, d’où sont venus les instructions et les fonds pour payer cette amende. L’identité de ce parrain, qui aurait utilisé cet avocat en tant que couverture, intéresse à plus d’un titre la commission. Il va sans dire que les comptes bancaires et autres transactions financières de cet homme de loi ont déjà été passés au crible avec des éclaircissements attendus.
Des recoupements d’informations effectués depuis la fin de l’année dernière sur ce volet des travaux de la commission d’enquête, en dépit des mises au point du Bar Council, révèlent qu’au minimum une douzaine de membres du barreau sont sur le radar de la commission d’enquête. Certes, les “Next on The List” ne sont autres que Mes Jenny Mootealloo, qui s’est vu servir un “Warning” en direct par l’ancien juge Lam Shang Leen, Punchoo ou encore Trisha Shamloll, présentée comme la Junior, qui pourraient faire tomber des têtes des Seniors avec son témoignage au sujet des dessous des contacts avec des prisonniers condamnés pour trafic de drogue.
Toutefois, à hier après-midi, à part la convocation de Me Kandhai, très peu d’informations ont transpiré concernant le calendrier d’auditions de ces avocats ou encore la convocation de ces Senior Members of the Bar dans le viseur de la commission. Au moins deux de ces derniers sont des Highly Politically Connected VVIP avec des conséquences sur le plan politique. L’élément de base du volet d’enquête sur des membres du barreau demeure leurs fréquentes, pour ne pas dire régulières, visites à des trafiquants de drogue. En effet, l’administration de la prison a déjà dressé une liste de Detainees Visited du Barristers depuis février 2009 à 2006 avec les noms des prisonniers, les dates de ces visites et la durée chronométrée de ces conversations.
L’Officer-In-Charge Records Office, Central Prison, qui s’est vu confier la responsabilité de dresser cette liste de visites à la prison, prend le soin de certifier que « there is no record regarding request made by the detainees to be visited by the barristers ». La commission d’enquête est encore plus intéressée à savoir les raisons derrière ces visites non sollicitées par des prisonniers ou encore l’identité de ceux qui tirent les ficelles derrière ces rencontres. Depuis récemment, dans le sillage des travaux de la commission d’enquête, l’administration de la prison a adopté des mesures plus strictes pour les visites des avocats aux détenus.
À ce stade, il n’y a également aucune indication permettant de savoir si le dossier des Rs 1,5 million de Peroumal Veeren à des hommes de loi d’Astor Law Chambers, dont Me Rex Stephen, sera traité au niveau de la commission d’enquête. Le seul développement notable après l’interrogatoire “Under Warning” de Me Stephen par l’ICAC et la décision de celui-ci d’obtenir le feu vert du commissaire de police, Karl Mario Nobin, pour une éventuelle inculpation provisoire, est que le Directeur des poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, a renvoyé le dossier à l’ICAC pour compléter cette enquête. L’un des “missing elements” porte sur la version des faits du parrain des parrains, Peroumal Veeren.
En marge de la commission d’enquête, le directeur général de l’ICAC, Navin Beekarry, a réuni des représentants de divers organismes, dont la police et la Financial Intelligence Unit, pour élaborer un plan d’action et coordonner les initiatives dans la lutte contre le blanchiment de fonds avec le trafic de drogue.