Trois mois pour écouler 150 kilos : l’aveu est celui de nul autre que le trafiquant de drogue incarcéré depuis 2003, Peroumal Veeren. Lors de son audition devant la Commission d’enquête sur la drogue, le jeudi 10 août, il a levé un coin de voile sur quelques aspects du trafic tel qu’il est pratiqué dans le pays. Dans le même souffle, questionné par le président Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, il a émis ses propositions pour venir à bout du trafic dans le pays, et fait part de ses sentiments.
« Lor trwa mwa, mo vann 150 kilo ladrog ». Peroumal Veeren est questionné par le Dr Ravind Dhomun, l’un des assesseurs de la Commission d’enquête sur la drogue. Celui-ci souhaite savoir comment le trafiquant s’y prend pour écouler sa came. Faisant étalage de son savoir, l’homme explique que « nous ne sommes plus comme en 82′ ». Il poursuit : « De nos jours, la drogue est importée par tonnes. Cela s’est confirmé avec la saisie de Navind Kistnah. Il faut investir par millions, voire par milliards, pour y arriver. Et ce ne sont pas Siddick Islam, Curly Chowrimootoo ou Peroumal Veeren qui ont ce type de financement. Enn sel dimounn pa kapav fer tousala… Bizin boukou dimounn ansam ». L’argent est transféré à l’étranger, « à Dubaï par exemple », et ce,  « via les banques internationales ».
L’héroïne qu’achète normalement Peroumal Veeren provient de l’Afghanistan. « Le produit transite par le Pakistan, Nairobi, Madagascar ». Mais, avance-t-il, « les autorités ne surveillent que ce qu’on appelle les pays à risques ». Comprenez par là, « ces pays d’où la plupart du temps des saisies sont effectuées quand des passeurs sont pris dans les filets des enquêteurs ». Or, nuance-t-il, cela permet aux trafiquants d’utiliser des pays de provenance différente, comme la Bulgarie. Alors, « il n’y a pas la même vigilance qui est pratiquée ». Et de lancer : « Moris pa enn plak tournante. Tir sa dan zot latet. Tou la drog ki rantre, li pou marse lokal mem sa ». Pour le trafiquant, « si ou ladrog bon kalite, be zot tou pou rod seki pou ou ! »
Pour combattre le trafic, Peroumal Veeren préconise l’institution d’un organisme indépendant et autonome comme la DEA, cite-t-il. « Pena okenn lien ek fami nanye. Li pou kapav azir an tout independans ek liberte. Seki nou lapolis pena. Lerla selma ki nou pou gagn rezilta ». Le trafiquant de drogue dit ne pas se faire d’illusions. « Moris so sistem pourri : kouma li ete la, ek so bann polisye peroke, bann avoka ki marse ar l’ADSU, zot pe donn “patant” pou inport ladrog?!»
S’agissant de ses connexions avec la mafia internationale, Peroumal Veeren s’est vu confronté par l’ancien juge Lam Shang Leen à une liste de pays avec lesquels il entretiendrait des contacts téléphoniques réguliers. Cette liste comprend l’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Mozambique et l’état de l’Oklahoma, aux États-Unis. Le trafiquant n’a pas caché sa surprise quand cette ville américaine a été mentionnée.
Le président de la commission lui a demandé des éclaircissements sur son comportement et le fait qu’il « intimide » certaines personnes, des gardes de prison aux policiers, pour qu’ils se mettent à son service. Mais Peroumal Veeren a nié. Questionné quant à l’agression d’un haut gradé de la prison, en l’occurrence le DCP Hanumanthadu, il y a quelques années, le détenu a rétorqué : « pourquoi on s’en prendrait à un officier s’il n’a rien à se reprocher?? Il faut croire que la personne est impliquée dans des affaires pas trop “clean” ». Il a suggéré que la Commission Lam Shang Leen convoque l’ASP Deeren. « Zot pou dekouver bann zafer », a-t-il avancé.
À noter que Peroumal Veeren a aussi soumis à Paul Lam Shang Leen une petite liste contenant des noms et des numéros, codés, d’officiers et d’autres impliqués dans le trafic.