« D’après les études faites dans d’autres pays, la répression est un échec. La répression a connu un succès très limité depuis les années 1980. Elle ne parvient à empêcher que 20 % des drogues à pénétrer dans le pays. 80 % parviennent à faire leur arrivée ». Déclaration du Dr Vinod Ramkoosalsing, lors de la conférence-débat sur la drogue ce matin au Rajiv Gandhi Science Centre. Le thème de cet événement organisé par les ONG Cares, Collectif Urgence Toxida, Pils et la Nursing Association était Drug Policies : Impact on Health and society. Selon le psychiatre, « la méthadone a fait ses preuves. Le suboxone et le naltrexone ne marcheront que pour une poignée de patients ». Ram Nowzadick, président de la Nursing Association, a pour sa part rappelé que selon les spécialistes, le traitement à la méthadone n’est pas une option mais un must.
« Dans tous les pays, les politiques concernant la drogue sont basées sur la prévention, la répression et le traitement. S’agissant de la prévention, on informe la population des méfaits de la drogue. Avec le problème des drogues synthétiques en ce moment, le gouvernement aurait dû envoyer des SMS à tous les enseignants, parents et élèves et passer des messages à la radio, la télé. Ces SMS devraient être envoyés de manière continue », estime le Dr Ramkoosalsing. Selon lui, la répression, qui renvoie à la police, l’ADSU, la douane, la prison et le judiciaire, a connu un succès très limité depuis les années 1980. « La répression a été un échec selon les études entreprises dans d’autres pays. Notre pays est entouré de lagons. Mais, la répression n’empêche que 20 % des drogues de pénétrer dans le pays. 80 % parviennent à faire leur entrée ». Selon celui qui a toujours milité pour le traitement des toxicomanes à la méthadone, « nous ne pouvons empêcher la drogue d’entrer dans le pays. Mais, pour qu’il y ait addiction, il faut la rencontre de trois conditions : un individu fragile, une substance de drogue, un environnement propice. Devant un sac de drogue, 75 personnes sur 100 s’éloigneraient ; 20 % viendraient voir et 5 % y goûteraient. Seuls 2-3 % en demanderaient encore et représentent les plus fragiles de la population ». Le Dr Ramkoosalsing souligne que l’addiction est un problème bio-psychosocial qui demande un traitement à vie et insiste que « contrairement aux paroles du ministre de la Santé selon lesquelles personne n’a été guéri depuis le programme de méthadone en 2006, il faut savoir que l’on ne guérit pas de cette addiction ». Il devait regretter la fin du programme. « Jusqu’en 1997, nous avons procédé à la désintoxication à la codéine. À partir de 2006, le programme de méthadone a bien fonctionné. Je connais trois personnes qui se sont mariées, d’autres ont commencé à travailler et le taux de criminalité avait baissé jusqu’à l’an dernier où le taux a repris la pente. La méthadone a fait ses preuves. Le suboxone est un moyen mais marche pour ceux qui viennent de sombrer dans la toxicomanie et pour les très motivés. Pas pour ceux qui se font injecter depuis des années. Le suboxone et le naltrexone ne marcheront que sur une poignée de personnes ».
Le médecin a rappelé qu’en 2004, il y a eu environ 500 nouveaux cas de HIV parmi ceux qui utilisaient les seringues pour se droguer et en 2005 environ 1 000 nouveaux cas. Les conséquences sur la santé du toxicomane, dit-il, peuvent être la contamination au virus HIV, à l’hépatite C, des valves du coeur infectées, un abcès au poumon ou une amputation suite à une inflammation des veines.
De son côté, le président de la Nursing Association a rappelé quelques statistiques du World Drug Report 2009, qui mentionne entre autres que Maurice est le deuxième plus grand consommateur d’opiacés (drogues fortes dont l’héroïne) et qu’ils sont environ 18 000-20 000 ici à consommer les opiacés, soit 2 % de la population. Par ailleurs, 26 000 personnes se droguaient par voie intraveineuse en 2010/2015 ; 25 000 à 30 000 personnes consomment du cannabis à Maurice alors que 94 % de ceux prenant de l’héroïne le font par voie intraveineuse ; 46 % d’entre eux se partagent les seringues.
De plus, selon le World Drug Report, le nombre de personnes vivant avec le VIH/sida à Maurice s’élève à 12 000 à 15 000 et 97,3 % de ceux qui ont recours au mode intraveineux ont contracté l’hépatite C. De plus, 47,4 % de ceux qui se piquent ont contracté le VIH.
Selon RAM Nowzadick, « les consommateurs de drogues illicites apportent des crimes, ce qui affecte la société. L’État dépense une grosse somme d’argent pour les envoyer en prison ou dans des centres de santé. La question est de savoir s’il faut les envoyer en prison ou s’il faut attaquer le problème à la racine ? » Il devait souligner qu’à Maurice, un détenu coûte 10 dollars environ par jour sans compter l’assistance accordée à sa famille. S’agissant de la méthadone, dit-il, « des recherches ont prouvé qu’elle apporte des résultats efficaces dans la lutte contre la drogue illicite, contre la propagation du VIH/sida et pour retrouver la santé mentale et physique ainsi que pour réintégrer la société. Elle comporte très peu d’effets secondaires. Même la SADC a trouvé que notre programme était conforme aux normes mondiales et l’a pris comme exemple pour l’appliquer dans d’autres pays ». Suite à l’arrêt du programme en janvier 2015, ajoute-t-il, le taux d’infection parmi les usagers de la drogue a augmenté à nouveau.
D’autres thèmes figuraient au programme de cette conférence d’une journée : l’impact social, les droits de l’homme, les politiques liés à la drogue et les personnes en détention, les lois et politiques autour de la drogue, le contexte mauricien et les leçons et meilleures pratiques dans le monde.