La décision du collège du St-Esprit de parler publiquement de l’ampleur prise par le trafic et la consommation de drogue entre ses murs brise l’omertà. Elle expose une situation longtemps masquée par le silence et qui touche l’ensemble des établissements scolaires. On s’attend désormais à des actions sur une base nationale.

Le collège du St-Esprit revient dans l’actualité, cette fois pas pour ses médailles d’or ou ses lauréats. Dans sa quatre-vingtième année d’existence et tandis qu’il célèbre les cent ans de son premier bâtiment, l’établissement de Quatre-Bornes fait sauter les murs du silence pour exposer aux yeux du public l’ampleur prise par la drogue auprès de ses élèves. Certes, tous ne sont pas concernés, mais la réalité exposée dans les colonnes de notre confrère Week-End par l’administration confirme les rumeurs qui circulaient au sujet de la dimension prise par les drogues dans les établissements scolaires en général depuis quelque temps.

Les élèves dealers.

Drogue synthétique, gandia, LSD, comprimés et bien d’autres produits font partie de la panoplie identifiée, ici comme ailleurs. Désormais, les dealers n’opèrent plus dans les coins de rue; ils sont bel et bien dans les salles de classe et portent les mêmes uniformes que leurs camarades. Le nombre de consommateurs est en perpétuelle hausse, les cas officiellement répertoriés à Quatre-Bornes ces dernières semaines en attestent. Des élèves surpris à consommer de la drogue, d’autres trouvés en état second ou encore avec du matériel de consommation. Sans compter ceux qui ont été conduits dans des établissements hospitaliers après des bad trips frisant l’overdose. Tout s’est enchaîné très rapidement pour établir le portrait d’une situation qui devient difficilement gérable par les voies classiques. D’où l’appel à l’aide lancé par le collège du St-Esprit.

Ailleurs, c’est peut-être même pire. En attendant que la parole ne se libère, il se chuchote que les cas de violence, de vandalisme, d’insubordination, qui ont eu des échos dans la presse, ne seraient pas étrangers à la drogue. Guerre de gangs, règlement de comptes, passage à tabac, indiscipline : les mêmes schémas observés dans la rue se répètent. Le problème touche indistinctement des collèges, les moins prestigieux jusqu’aux stars schools. Les collèges de filles ne sont pas épargnés. Dans ce cas, la problématique est davantage compliquée.

L’inaction devient complice.

Il est évident que les drogues, tout comme l’alcool et la cigarette, ont toujours circulé sous les pupitres et dans les cours de récréation. Mais les pratiques ne sont plus aussi marginales que dans le passé. D’où les inquiétudes soulevées par l’administration du collège du St-Esprit qui, il y a une vingtaine d’années, avait attiré l’attention sur le phénomène de koule-leve et de drogue dure chez les jeunes.
Alerté par le rapport de la commission d’enquête sur les drogues, celui du National Drug Observatory Framework, les observations de la police, des services médicaux, les travailleurs sociaux, entre autres, le gouvernement est au courant du problème. Mais jusqu’ici, aucune action n’a été prise pour renforcer la prévention et la sensibilisation auprès des jeunes, des parents, du corps enseignant et de la société en général. Cette absence d’action ne sert qu’au trafic alors que les services hospitaliers reçoivent toujours des jeunes accros qu’ils ne savent pas traiter. L’arrivée de la drogue synthétique a considérablement compliqué les choses. Les hésitations et la politique de l’autruche lui ont fourni les engrais nécessaires pour pousser comme de l’herbe folle.

Il est désormais temps de passer à la vitesse supérieure. Tout en se disant que les stratégies classiques sont obsolètes face à des jeunes de mieux en mieux informés et qui n’arrivent pas à trouver de vrais repères. Maintenant que le verrou du silence a sauté, il faut avancer.