« Rectors are not made to be victims but we do feel insecure sometimes. » C’est ce qu’a avancé un des recteurs présents, hier, lors d’un atelier de travail sur les drogues à l’école, où sont intervenus Nawshad Maudhoo, Chief Inspector de l’ADSU, Kamila Jagambrum Nursing Officer de la Harm Reduction Unit, Shanan Purhooa de la brigade pour la protection des mineurs et Brian Pitchen de l’ONG Espoir Revivre Barkly. Une initiative de l’Association des recteurs et assistants recteurs des collèges d’État en collaboration avec Uniciti Education Hub.

La journée était consacrée à des réflexions et des débats animés. La parole était cette fois donnée aux 84 recteurs réunis au campus de Pierrefonds. Pendant plusieurs heures, ces derniers assis à la place des élèves ont été sensibilisés mais surtout conseillés par les personnes-ressources. Plusieurs thématiques ont été abordées dont les types de drogue sur le marché, les méthodes de fabrication de ces drogues de synthèse, les symptômes des usagers mais surtout les procédures à suivre en tant qu’éducateurs au cas où un enfant serait en possession d’une substance illicite.

Après une longue présentation sur les différents types de drogue sur le marché, dont les drogues de synthèse « créées pour imiter les effets des drogues déjà existantes dont le cannabis, la cocaïne ou l’ecstasy », le Chief Inspector de l’ADSU, Nawshad Maudhoo a tenu à rappeler le rôle des éducateurs mais aussi des adultes dans la salle. « Prevention is better than cure. J’ai souvent eu des cas d’enseignants qui ne veulent pas dénoncer ou rapporter un cas par peur d’écorcher la réputation de son école. Là n’est pas la question. Il faut se poser les bonnes questions et agir pour le bien de la société avant tout », a-t-il souligné.

Ainsi si un éducateur voit un élève en possession d’une substance soupçonnée d’être de la drogue ou autre, il peut la confisquer et la disposer dans un endroit sous scellés jusqu’à l’arrivée des officiers de l’ADSU. Et ce, en présence de l’élève pris en flagrant délit et d’un témoin. C’est ce qu’a conseillé Nawshad Maudhoo aux recteurs, visiblement dépassés par la situation actuelle dans les collèges. « Dites-nous clairement ce qu’on doit faire lorsqu’on épingle un élève avec une substance illégale. Dites-nous clairement quelles sont les procédures », a demandé un des recteurs présents.

Cet exercice a aussi permis aux différents chefs d’institution de partager leurs expériences, de rechercher des conseils aux personnes aptes à répondre à leurs nombreuses questions. « Que dois-je faire si je dois confisquer une des substances illicites sans que le parent de l’enfant n’intervienne pour dire que je veux piéger son enfant ? Cela est déjà arrivé dans le passé. Et qu’en est-il des shisha pens ? Nos élèves nous disent qu’ils ont le droit d’en apporter à l’école pour arrêter de fumer. Mais que prévoit la loi ? Expliquez-nous. » Des questions auxquelles le Chief inspector a essayé de répondre tant bien que mal. Car, en effet, nombre de cas restent encore hors de la juridiction des officiers de l’ordre, notamment par manque de cadre légal. « Les shisha pens sont interdits. Mais la loi ne donne pas d’indications claires sur les actions à prendre dans un tel cas. Les officiers de l’ordre n’ont ici pas le droit d’agir en quelque sorte. Cela dit, vous avez le droit d’appliquer vos “rules and regulations” », a répondu le Chief Inspector.

De la méthadone dans les écoles

Il y a eu par la suite un débat animé avec d’autres questions pertinentes, notamment sur l’utilisation de la méthadone par certains élèves qui en feraient même un business. « Ils diluent cette méthadone dans de l’eau pour la revendre à leurs camarades. Le comble, c’est que cette méthadone ressemble exactement à du gargarisme ! Comment voulez-vous que nous agissions ? Le ministère de la Santé devrait peut-être songer à distribuer la méthadone autrement, sous une autre forme que nous pourrons en tant qu’éducateurs détecter », a suggéré un autre.

Toutefois, le Chief Inspector s’est voulu rassurant et a avancé que « la situation s’est stabilisée en comparaison aux deux dernières années. Le problème de la drogue ne date pas malheureusement d’hier. » Même son de cloche du côté des autres intervenants qui ont, eux aussi, rappelé le rôle des éducateurs et des parents. « Il faut noter que les accros à la drogue ne sont que des victimes et il est de notre devoir de les aider », a souligné pour sa part Kamila Jagambrum.

À savoir que cet atelier d’information cadre avec la mise en œuvre du projet éducatif porté par Uniciti Education Hub qui consiste à mettre en place « un écosystème autour de l’économie du savoir ».

Marc Desmarais, Head of Medine Education, dira qu’il est vraiment fier d’avoir pu participer et rassembler autant d’acteurs de l’enseignement secondaire pour discuter et échanger sur un sujet aussi important et qui concerne tous les jeunes, leurs familles et surtout les institutions dans lesquelles ils sont inscrits. « C’est un symbole fort pour la société. Cette journée symbolise non seulement l’importance de la collaboration mais également l’impact positif que peut avoir un partenariat public/privé, soit entre Uniciti Education Hub et l’association des recteurs. »

Du côté de l’association des recteurs et assistants recteurs des collèges d’État, le bilan de cette rencontre est positif. « Nous manquons d’expertise dans le domaine et il faut mener des actions concrètes pour contrer ces problèmes de drogue au sein de nos collèges. Cette journée d’échanges et le partage de nos expériences, avec l’expertise de tous les intervenants, nous permettront, je l’espère, de dégager un protocole clair qui nous permettra de nous attaquer à des situations précises où les élèves se trouvent en possession de substances illicites ou seulement jugées illicites et non concluantes », a soutenu Soondress Sawmynaden, président de l’association qui insiste sur l’urgence de la situation.