— « Si j’ai pu m’en sortir et me reconstruire, grâce à la spiritualité, d’autres aussi peuvent le faire ! »

Il voyage aux quatre coins du globe, de l’Europe aux États-Unis, en passant par La Réunion et Maurice. Yannis Gautier, Français, 47 ans, mari et père, a connu l’esclavage des drogues, la descente aux enfers, ayant été dealer et braqueur, et la prison. Son salut, il le doit à sa femme, Manu, et une forte spiritualité. Parce qu’il est parvenu à remonter la pente, se fixer ses priorités et prendre un nouveau départ, l’homme a choisi de partager son expérience avec les autres qui connaissent le même parcours que lui. Yannis Gautier est actuellement à Maurice dans le cadre d’une série de visites dans nos prisons et le temps d’une conférence publique, ce dimanche 2 juin, à Quatre-Bornes.

« Les murs de la solitude » est son mea culpa. Yannis Gautier s’y met à nu, parle de son parcours de jeune délinquant, de détenu, de braqueur, de l’amour, son désespoir, de son éveil et retour à la vie. Il évoque son enfance difficile où, de fil en aiguille, il se laisse happer par le monde de la délinquance, les menus larcins… « J’avais 15 ans quand je suis incarcéré pour la première fois, et 23, la deuxième. » Ces mots, il ne les prononce ni avec de la haine ni avec fierté. Yannis Gautier en a vu de toutes les couleurs et est revenu d’entre ces êtres humains que l’on peut croire condamnés à s’autodétruire. C’est pour cela que lorsqu’il explique qu’« à ma troisième incarcération, c’était la totale : j’étais anarchiste, violent, toxico…», il a ce regard franc de seuls ceux qui sont descendus au plus bas pour remonter la pente peuvent avoir.

L’homme aurait pu sombrer dans l’un ou l’autre des maux qui ont commencé à gangrener sa vie : la délinquance, le trafic de drogue, les viols collectifs et l’exploitation sexuelle… Il aurait aussi pu se la jouer « victime des circonstances de la vie », ayant « été abandonné depuis tout petit ». À bien y voir, tout l’y menait. « Sauf que j’ai découvert la spiritualité, et ça a été ma bouée de sauvetage. »

À Maurice pour la deuxième fois, invité dans le cadre de l’initiative « Enn Moris san ladrog », Yannis Gautier est auteur de plusieurs livres qui témoignent de son parcours de jeune délinquant, devenu braqueur professionnel, qui prend des coups de couteau et enchaîne les séjours à l’hosto, entre la vie et la mort, qui commence à dealer dans des quartiers, monte en grade et finit par toucher lui-même aux substances. « La descente aux enfers, oui, j’ai connu. Et idem pour les séjours derrière les barreaux », avoue-t-il. L’homme ne manie pas la langue de bois ni n’use d’artifices pour passer son message : « Je vais à la rencontre des détenus partout où je vais, parce que je veux leur partager mon vécu. Si j’ai pu m’en sortir, me reconstruire, devenir l’homme que je suis aujourd’hui, alors pourquoi pas eux ? »

Depuis son arrivée à Maurice, le lundi 27 mai, Yannis Gautier s’est rendu dans plusieurs des prisons mauriciennes. Il a rencontré les détenus, les femmes détenues et même les jeunes des institutions réformatrices. « Chacun a son langage ; les femmes, ce sont les larmes. Leurs émotions parlent pour elles. En revanche, chez les hommes, c’est plus dur. Parce que déjà être privé de sa liberté, ce n’est pas commode. Alors pour braver cela et sortir de son mutisme, c’est un acte de bravoure ! » Yannis Gautier se dévoile sans fard devant les assistances où il intervient : « Je reconnais que, sur le moment, l’émotion est forte et chacun trouve là une branche à laquelle s’agripper. Est-ce qu’en se réveillant, le lendemain matin, ils seront toujours aussi motivés ? Ça, je ne peux y répondre. Cependant, à partir du moment où ils ont les ouvrages, “Addiction” et “Les murs de la solitude” entre les mains, je pense qu’ils y puisent la force dont ils ont besoin. »

L’intervenant dans les prisons aux quatre coins du monde retient qu’« il y a des mots-clés, comme espace, décision, estime de soi, famille et erreurs que j’utilise à chacune de mes interventions ». Et d’ajouter : « La prison aurait pu me pourrir la vie. Mais j’ai décidé de renverser la vapeur. »

De ses visites dans les geôles de France, et ailleurs en Europe, mais aussi aux États-Unis, en Afrique, nommément au Cameroun, en Côte d’Ivoire, et dans notre région, à l’île sœur et chez nous, Yannis Gautier retient « le cachet humain du traitement » et de la relation entre détenus et officiers de prisons à Maurice. « Ce qui est totalement absent, par exemple, en France : les officiers, ils sont là pour exécuter les instructions et les ordres, et c’est tout. » À Maurice, il a eu l’occasion de rencontrer le personnel des prisons et note qu’ils ont à cœur la réinsertion et l’aspect humain du détenu. « Il faut aussi dire qu’en France, les prisons sont surpeuplées… Mais cet élément humain, dont je suis témoin ici et à l’île de la Réunion, procure de l’espoir. »

Conférence publique dimanche à Quatre-Bornes

Outre ses interventions dans nos prisons, Yannis Gautier animera une conférence publique ce dimanche 2 juin, dans la cour de la municipalité de Quatre-Bornes, à 15h. Rhavy Nursimulu, de l’initiative « Enn Moris san ladrog », invite tous les parents et le grand public à cette conférence. « Ce sera certainement une occasion unique et un échange productif. Yannis a une belle expérience, et je pense qu’il y a de nombreux parents de détenus qui ont un millier de questions dans leurs têtes », dit Rhavy Nursimulu. Pour sa part, Cyril Palan, de Youth for Christ qui est associée à cette activité, relève que « quand on sait à quel point les drogues, dont les fameux “sintetik” sont en train de faire des ravages auprès de nos gosses, actuellement, à Maurice, on ne peut que louer cette initiative de faire venir une personne comme Yannis Gautier pour évoquer son propre parcours ».