En marge de la première séance d’interrogatoire de Rudolf Dereck Jean-Jacques, alias Gros Dereck, et présenté comme le Parrain de l’Ouest, d’importants développements sont attendus incessamment dans l’enquête menée par l’escouade de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de Plaine-Verte de l’inspecteur Azaad Rujub. Les indications disponibles en début de soirée d’hier confirment que les limiers de l’ADSU sont en passe de réaliser un autre breakthrough majeur dans le démantèlement du réseau de trafic de drogue à Maurice et d’approvisionnement de la Grande Ile.
L’ADSU joue son va-tout en vue d’élucider la zone d’ombre sous la forme du Missing Link opérant sur le Mauritius Trochetia en vue d’assurer le bon déroulement de la livraison des colis d’héroïne de Madagascar à Maurice. Des éléments cruciaux émanant de sources d’informations concordantes et de nouvelles confessions du chauffeur de taxi repenti Ashish Dayal sont entre les mains des enquêteurs de l’ADSU depuis hier après-midi. D’autre part, comme il fallait s’y attendre, l’interrogatoire de Gros Dereck s’est résumé à un scénario prévisible avec le principal concerné faisant prévaloir son droit constitutionnel de garder le silence.
En principe, toute nouvelle séance d’interrogatoire du suspect et également State-Witness-In-Waiting Ashish Dayal, qui est représenté par Mes Hervé Lassémillante et Samad Goolamaully, n’était pas à l’ordre du jour pour la semaine écoulée. Pourtant avec de nouvelles informations cruciales sur le Modus Operandi mis en place par les trafiquants à bord du Mauritius Trochetia, l’ADSU de Plaine-Verte n’a eu d’autre choix que d’interroger de nouveau pour des compléments d’informations le chauffeur de taxi, arrêté le 12 juillet avec sept kilos d’héroïne dans un bungalow à Pereybère.
Jusqu’ici, toutes les tentatives de l’ADSU visant à mettre un nom et un visage sur ce maillon crucial dans la réception de la cargaison d’héroïne de Madagascar avant de jeter les colis en mer au large de Baie-du-Tombeau avec le phare d’Albion en point de mire, avaient échoué. Mais depuis hier après-midi, un renversement de situation est intervenu. Au tout début de l’enquête, un membre d’équipage du Mauritius Trochetia avait même été entendu avant d’être relâché sans aucune condition.
Lors de son audition d’au moins trois heures, hier après-midi, Ashish Dayal a établi des pistes susceptibles de permettre aux limiers de l’ADSU de mettre hors d’usage le système mis en place pour sécuriser les cargaisons d’héroïne sur le bateau pendant tout le trajet. L’ADSU n’a jamais écarté la thèse d’une complicité à toute épreuve à bord du Mauritius Trochetia. Très peu de détails ont transpiré de l’interrogatoire surprise d’Ashish Dayal dans les locaux de l’ADSU de Plaine-Verte.
Casse-tête
Peu après, sur la base des mouvements des hommes de l’inspecteur Azaad Rujub, il était plus qu’évident que les informations nouvellement disponibles étaient de nature extrêmement sensible. Il était même question de l’arrestation d’un quatrième suspect sans aucune indication quant à son identité. L’interrogatoire de ce nouveau prévenu est jugé capital pour la suite de l’enquête.
À ce jour, le véritable casse-tête des limiers engagés dans cette enquête sous la double supervision des Deputy Commissioners of Police Ravine Sooroojebally et Vinod Appadoo était de démasquer le pion majeur sévissant à bord du Mauritius Trochetia pour embarquer les colis au départ du port malgache et pour les passer par-dessus bord à l’arrivée à Port-Louis. Dans les milieux officiels aux Casernes centrales, on évite de faire des commentaires sur le déroulement de cette affaire en raison du caractère délicat des étapes à venir.
D’autre part, Gros Dereck, qui a été entendu pour la première fois en présence de son homme de loi, Me Gavin Glover, dans les locaux du Central CID, hier, a opposé une fin de non-recevoir aux questions de l’ADSU. Il a usé de son droit au silence et a été reconduit en cellule policière. Des consultations ont été engagées avec le Director of Public Prosecutions’ Office en vue de déterminer la marche à suivre pour enregistrer la défense du Parrain de l’Ouest présumé.
Par ailleurs, Bruno Westley Casimir, le skipper de L’Ange Rapide, qui a été interrogé jeudi après-midi, a nié toute relation avec Rudolf Dereck Jean-Jacques ou encore Ashish Dayal. « Mo pa konne ni Dereck Jean-Jacques ni Ashish Dayal. Zamé mo ine alle lor bato avec Ashish Dayal », aurait-il déclaré en substance aux questions des enquêteurs de l’ADSU.
Soulignons qu’un lecteur se présentant comme le frère de Westley Casimir conteste la version des faits de l’ADSU à l’effet que l’épouse du skipper aurait été coupable d’Obstruction to the Course of Justice lors de l’arrestation du propriétaire de L’Ange Rapide. « Fos saki l’ADSU pe dir là. Pa ti éna okenn obstriksyon », devait-il soutenir.
Avec la dernière semaine de Gros Dereck et de Westley Casimir en cellule policière, l’ADSU met la dernière main à sa stratégie pour établir des liens entre ces deux suspects et les 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions saisis par l’ADSU lors de deux opérations en juillet dernier. L’enquête se poursuit.