Les premiers concernés tirent la sonnette d’alarme : la situation touchant aux drogues parmi les jeunes est “hors de contrôle.” Ils expliquent le rajeunissent de l’âge de consommation et témoignent de la manière dont les drogues synthétiques leur sont facilement accessibles.
“J’invite le ministre Anil Gayan à venir chez moi. En à peine quelques secondes, il verra comment se passe le trafic de drogue. Il pourra compter le nombre alarmant de jeunes dans un état second et voir même des enfants à peine âgés de 11 ans avec des seringues à s’injecter je ne sais quels produits”, relate Mégane. Ce, en réaction à l’affirmation du ministre de la Santé à l’effet que la situation de la drogue “n’est pas alarmante”.
Des propos “irréfléchis”, et de surcroît, “déplacés” selon Keshav, qui se demande si Anil Gayan “ne ferait pas mieux de démissionner pour être aussi à côté de la plaque. Il est le seul à croire à ce qu’il raconte. Enn sel zafer mo kapav dir li : aret asiz dan biro, desann inpe lor terin”. La drogue fait des ravages. Elle ne concerne pas les adultes uniquement puisque les jeunes et les enfants en sont aussi victimes. Et chaque jour un peu plus. “La situation est hors de contrôle. Ça me fait terriblement peur. Aujourd’hui ça peut être un voisin, demain un cousin, ou moi-même. Personne n’est à l’abri”, confie Waajid.
C’est presque comme faisant partie du lifestyle”.
Ces différents témoignages illustrent parfaitement la situation des drogues à Maurice. Et surtout, dans le milieu des jeunes puisqu’ils en sont les témoins privilégiés. Soit en côtoyant des consommateurs, ou en ayant eux-mêmes eu l’expérience. “La drogue devient de plus en plus banale chez les jeunes. Au même titre que fumer une cigarette ou boire une bière. On l’obtient facilement. C’est presque comme faisant partie du lifestyle. Il n’y a pas de limite, bien au contraire, plus ça donne des sensations fortes et plus on a tendance à en prendre, c’est la raison pour laquelle les drogues synthétiques sont si prisées”, souligne Keshav, 22 ans.
Originaire de l’Ouest, il y côtoie plusieurs consommateurs. Si l’étudiant en finances a jusqu’ici résisté à l’envie d’y toucher, la façon dont la drogue progresse chez les jeunes l’inquiète. “Je n’ai aucune garantie de ne pas me retrouver un jour à leur place. Il suffit d’un rien aujourd’hui pour se retrouver dans cet enfer. Même en étant conscient de la gravité des choses”.
C’est d’ailleurs le cas de Rick, 17 ans. Après quelques joints, il a goûté au synthétique, et depuis, sa dépendance augmente de jour en jour. Et il sait pertinemment qu’il n’est pas le seul. “Seki pe dir ki pena pou afole ki tou sou kontrol mo dir zot al kasiet par la. La drogue est dans toutes les conversations des jeunes. Nepli koz fam couma koz ki nisa finn resi gagne ar ladrog. Si moi, qui suis dedans je suis inquiet, croyez-moi quand je dis que l’État doit vraiment s’attaquer au plus vite à ce problème. Comment peut-on fermer les yeux ainsi, surtout quand on voit de jeunes enfants devenir des trafiquants”.
Je n’ai pas confiance en l’avenir”.
Depuis qu’elle est toute petite, Mégane est témoin des méfaits de la drogue. Un quotidien qui ne la choque plus, sans pour autant la laisser insensible “Chaque nouvelle victime est une victime de trop. J’ai assisté à tellement de drames. Ça me met terriblement en colère de voir autant de jeunes, d’amis proches et de voisins qui se sont laissés prendre dans le fléau de la drogue et qui en sont morts. J’ai peur car je serai un jour parent et je me demande si je serai en mesure de protéger mon enfant. Je n’ai pas confiance en l’avenir”.
Après avoir écouté attentivement les travailleurs sociaux, le Rodriguais Enrico, 20 ans, a pris réellement conscience du problème et des conséquences de la drogue. “Je suis encore tout retourné. Ce qui m’amène à me demander combien de temps encore avant que la jeunesse rodriguaise ne se retrouve en pareille situation. Déjà que l’alcool fait des ravages, imaginons les conséquences si les synthétiques faisaient leur entrée dans l’île. Je crains le pire et je pense vraiment que c’est déjà derrière la porte”.
On pense toujours que ça arrive aux autres”
Pour Waajid, si le problème de drogue est aujourd’hui out of control, c’est le résultat d’une incompétence à plusieurs niveaux. D’abord les victimes elles-mêmes qui sont, selon lui, responsables de cette situation. “On pense toujours que ça arrive aux autres et pas à nous. On croit aussi qu’on est assez fort et qu’on peut tout contrôler mais ce n’est pas le cas”. Les parents ont aussi leur part de responsabilité pour accorder peu de temps à leurs enfants. Les valeurs disparaissent aussi bien que l’interaction.“Ils pensent aux besoins matériels au détriment de la famille”.
Le fautif principal, selon cet habitant de Médine Camp de Masque, n’est autre que le gouvernement. Il ne digère pas l’idée qu’aucun plan d’action n’a été mis en place devant l’urgence de la situation.“Pour faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, on cache la vérité et on fait semblant que les quelques victimes sont des exceptions. Si l’État persiste sur cette voie, l’avenir du pays sera menacé. Lorsqu’il se décidera enfin à agir, il sera déjà trop tard”.
Pour Rick, Mégane, Waajid, Enrico et Keshav, il est clair que “la drogue ne va pas disparaître. On la voit et on la touche de très près tous les jours. Il faut impérativement que ce dossier soit traité en priorité et en toute urgence, surtout qu’il est question d’enfants et de jeunes”.