Épisode 1 : 31 mars 2018, les éléments de l’ADSU arrêtent Kushraj Lutchigadoo, un mécano de 35 ans, avec en sa possession 1 kilo de drogue synthétique, estimé à Rs 5 M. L’homme est placé en détention.

Épisode 2 : 23 avril 2018, Kushraj Lutchigadoo part

« prendre l’air » à bord d’un 4×4, avec la « bénédiction » de plusieurs officiers de police alors qu’il se trouve au Vacoas Detention Centre.

L’histoire paraît simple : un individu, écroué pour trafic de drogue, est parvenu à quitter sa cellule, pour aller faire un tour… Sans pour autant qu’il y ait eu une décision légale, prise en cour, pour lui octroyer la permission. Nouveau délit, donc. Une enquête est, heureusement, en cours, et à ce jour, trois policiers ont été interrogés et sanctionnés.

Mais n’est-ce pas là que le “tip of the iceberg” ? Car l’épisode de jouer la fille de l’air pour un soir lève le voile sur une foule d’implications. A notre sens, il ne faut pas s’arrêter au simple fait qu’il y a des flics pourris et d’autres ripoux de circonstance qui y soient liés. L’incident Lutchigadoo vient corroborer les immenses moyens dont dispose la mafia. Ce qui s’est passé lors de cette fameuse soirée dépasse le cadre d’une simple balade. C’est quasiment une preuve concrète, puisqu’il en faut, que les actuels parrains de ce marché ultra- lucratif n’ont peur de rien. Qu’ils n’ont que trop bien compris que l’argent achète pratiquement tout et tout le monde ; du sens du devoir et de l’honnêteté de ceux qui, de surcroît, ont prêté serment de faire respecter la loi : mécanos ou flics, tous logés à la même enseigne ! En passant par d’autres quidams en quête d’oseille facile…

La question qu’il convient de se poser : pour qui roule Lutchigadoo ? Il est clair que l’homme est loin d’être un bar- on ! Qu’il n’est qu’un « martin », un dealer, parmi plusieurs autres, du vaste réseau de distribution de la mode du mo- ment : les nouvelles drogues synthétiques (NDS). Et juste- ment, celui ou ceux qui gèrent ces réseaux ont le bras très long, pour avoir pris le risque de faire sortir l’un de leurs hommes d’une cellule de détention ! L’affaire est tout, sauf anodine.

Des sources policières, essentiellement, ont laissé com- prendre que la famille Lutchigadoo n’en était pas à son bap- tême du feu en matière d’infractions aux lois. Et d’aucuns rappellent que, dans le sillage d’une affaire qui défraya la chronique, il y a plusieurs années, impliquant, notamment, un notaire, un proche du détenu Lutchigadoo avait, déjà, à l’époque, été interpellé par des éléments de l’ADSU. Et ceux- ci s’étaient vus, subitement, déposséder de leur enquête ! Ceux qui ont suivi cette affaire de très près mentionnent toujours un politicien très connu qui aurait fait jouer ses connexions… Le Mauricien avait d’ailleurs à l’époque évoqué cette affaire de « ras lanket ». Rappelant, une fois encore, les ramifications, pour certains, inévitables, entre le cartel de la drogue et le monde politique !

Ces liens « intimes », d’ailleurs, faisaient partie du cah- ier des charges de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge, Paul Lam Shang Leen dont le rapport est attendu sous peu. Cependant, l’épisode Lutch- igadoo est survenu alors que cette instance avait déjà clos ses travaux. Car il va sans dire que, pour Lam Shang Leen, ses assesseurs et ses enquêteurs, cette affaire aurait été du pain béni, tant tous ses éléments correspondent justement aux trouvailles mises au jour durant ses travaux, établissant à quel point la corruption a gangrené quasiment toutes les sphères de notre société, de l’économie au judiciaire, en pas- sant par la politique !

C’est pourquoi aussi il ne faudrait pas que les autorités s’arrêtent à l’escapade de Lutchigadoo. Les observateurs martèlent toujours que les marchands de la mort ont tou- jours une longueur d’avance sur les autorités. Pour les mater, donc, il convient de “think out of the box”, tout comme eux, et ainsi jouer sur leur terrain. Parce que le trafic de came génère une économie parallèle qui brasse, au quotidien, des milliards. Et avec, on se permet tous les vices !

Pour rester dans le ton et l’actualité, la Fête des Mères est célébrée ce week-end chez nous. Une fête ô combien outra- geusement viciée, commercialement, hélas ! La mère est tris- tement réduite, principalement, à son rôle de… ménagère. Saluons, à cet effet, le commentaire très lucide de Lindsey Collen, fidèle à elle-même, dans les pages de notre confrère Scope, cette semaine. Car, en effet, la Mauricienne, forte de son entité entière et riche, mérite d’être célébrée et honorée 365 jours, en toute légitimité. Et non uniquement pour faire le bonheur des gérants de commerces !