La société civile est « en colère, remontée et inquiète ». C’est ce qui ressort d’une mobilisation d’ONG réunies sous le Collectif Urgence Toxida (CUT), lors d’une rencontre à la municipalité de Port-Louis ce matin. Ils fustigent les « décisions unilatérales » du ministre de la Santé Anil Gayan, « car cela crée un tort sans précédent à notre pays ». En supprimant, il y a deux semaines, le traitement à base de méthadone pour les nouveaux patients et réclamant des pièces d’identité des usagers de drogues injectables (UDI) sur les sites d’échange de seringues, « le ministre Gayan va nous entraîner dans un gouffre sans précédent », déclarent-ils. « Le nombre d’UDI va prendre l’ascenseur et le sida va regagner du terrain. Avant cette hécatombe, nous appelons le Premier ministre par intérim, Xavier-Luc Duval, et tout le gouvernement à intervenir auprès d’Anil Gayan ».
« Cela fait six mois que nous sommes dans le flou total. Avec la confirmation vendredi dernier par Anil Gayan que le traitement à la méthadone est supprimé pour les nouveaux patients et l’insistance auprès de CUT d’obtenir les identités des UDI qui fréquentent nos sites d’échanges de seringues, nous courons droit dans le mur ! » Les travailleurs sociaux de différentes ONG engagées dans la lutte contre la toxicomanie et le sida — le Groupe A de Cassis, le Centre Idrice Goomany (CIG), LEAD, PILS, AILES, La Chrysalide, le Centre de Solidarité (CDS), entre autres — réunies sous le Collectif Urgence Toxida (CUT) depuis plus d’une dizaine d’années, sont montés au créneau ce matin. « Nous ne pouvons et ne devons plus nous taire face aux mesures unilatérales qu’a pris Anil Gayan ! » disent-ils.
« La méthadone est un programme qui a fait reculer le sida par 60 % depuis sa mise en application et le taux de criminalité a incidemment baissé. Sans compter que, grâce à la méthadone, de nombreuses personnes ont repris une vie normale. Pourquoi supprimer un traitement qui marche ? » se demandent ces travailleurs sociaux. Ils font ressortir que ces six derniers mois, le dialogue a été totalement rompu entre le ministre de la Santé et les ONG. « Pourquoi alors, au sein de son ministère, dit-on que toutes les décisions sont prises en concertation avec la société civile ? C’est totalement faux ! » Le ministère de la Santé insiste également auprès de CUT pour que celui-ci révèle les identités des UDI qui fréquentent les sites d’échanges de seringues. « Or ceci est contraire au respect de la confidentialité que nous devons à nos bénéficiaires. Le ministère ne peut nous obliger à révéler ces informations privées, car cela entraînerait une méfiance des patients envers la société civile », ajoutent-ils.
Ces « décisions brutales du ministre Gayan auront des répercussions terribles sur la société mauricienne », avertissent encore les ONG. « Si l’on suit cette tendance, comme la Roumanie et la Grèce l’ont fait en supprimant les mesures de réduction de risques (RdR), nous allons droit vers une résurgence de la toxicomanie et le sida dans le pays ». Ils poursuivent : « Nous avons déjà sollicité l’intervention du Premier ministre sir Anerood Jugnauth sur la question. Comme il est absent du pays et que Xavier-Luc Duval assure l’intérim, nous en appelons à son jugement et à celui du reste du gouvernement — qui nous osons croire sont des Mauriciens responsables — pour qu’ils demandent à Anil Gayan de revoir sa copie. Sinon nous allons droit vers l’hécatombe ! » Ce collectif réclame également au ministre Gayan de présenter « les alternatives dont il a parlé au plus vite ».