Dans quelques jours, la corrélation entre les drogues et la propagation du VIH réunira tous les acteurs dans un atelier de travail. Le Collectif Urgence Toxida organise une deuxième conférence pour faire un état des lieux des mesures adoptées pour la réduction des risques et celui des pratiques pour réduire les conséquences de la toxicomanie sur le plan socio-économique et celui de la santé. Il sera aussi question de l’amélioration des services offerts.
Depuis 1987, le partage du matériel d’injection entre usagers de drogues a été responsable de 74,5% des cas de VIH/sida officiellement enregistrés, selon les chiffres du ministère de la Santé. En 2010, 73% des 568 cas détectés après dépistage concernaient les toxicomanes.
Même si les chiffres officiels indiquent une baisse dans ce mode de contamination, le Collectif Urgence Toxida (CUT) préfère être prudent. Avec l’implémentation du programme d’échange de seringues et l’introduction de la thérapie de maintenance à la Méthadone, les usagers sont moins exposés à des risques d’infection. Mais “les choses évoluent très vite. Certains s’en sortent, d’autres reviennent et de nouveaux cas s’ajoutent à la liste”, souligne la coordinatrice de CUT, Nathalie Rose.
Sur le terrain, le changement est constant. Aux ONG de savoir s’adapter. “Malgré tous les efforts consentis pour combattre le fléau de la drogue, elle sera toujours disponible. On ne pourra jamais éradiquer le problème. Ce n’est pas réaliste de penser autrement”, confie-t-elle.
Valoriser.
Quatre mille personnes sont pour l’heure inscrites au programme d’échange de seringues et de Méthadone. Des résultats positifs sont déjà visibles : plusieurs personnes souffrant de dépendance ont finalement décroché des drogues illicites alors que d’autres ne s’exposent plus à du matériel souillé. Mais cela ne signifie pas que tout se passe bien. “Il y a des choses qui peuvent être améliorées”, reconnaît notre interlocutrice.
Avis que partage la coordinatrice de la conférence, Anupah Makoond. D’où justement la participation de certains bénéficiaires lors de la 2e Conférence sur la Réduction des Risques, qui se tient à Maurice du 20 au 22 septembre (voir hors texte). Le but est qu’ils fassent part de leurs doléances et disent ce qui peut être entrepris pour améliorer les services existants. “Nous voulons les responsabiliser et les valoriser”, confie Anupah Makoond. “Nous voulons qu’ils disent ce qu’ils pensent du programme, ce qui est bon et ce qui est moins bon.”
Approche conviviale.
Pour Nathalie Rose, il est important que les bénéficiaires se fassent entendre, afin que les organisations qui font des plaidoyers en leur faveur puissent connaître leurs opinions. Mais elle souligne aussi que l’objectif n’est pas de les encourager à rester dans la toxicomanie mais de leur permettre de se protéger. “C’est une approche nouvelle à Maurice, elle doit être conviviale. Si la personne trouve son chemin pour avancer, nous ne pouvons que l’encourager à prendre la décision d’arrêter de se droguer. Mais nous ne pouvons nous substituer à elle. Nous ne pouvons prendre la décision à sa place.”
Nos interlocutrices insistent aussi sur la mise sur pied de programmes de réduction des risques adaptés à une population spécifique. “Si leur avis n’est pas tenu en compte, nous risquons d’aller vers un gaspillage des ressources et nous retrouver avec des programmes qui ne sont pas efficients”, fait comprendre Nathalie Rose.
Elle ajoute qu’il y a une dynamique qui fait que les réalités changent, ainsi que les produits. Ce qui contraint l’ONG à s’adapter constamment et à suivre l’évolution de la situation pour améliorer la qualité des services offerts.
Formation.
Nathalie Rose précise que CUT reconnaît le travail que font les centres de réhabilitation qui prônent l’abstinence à toute substance illicite. Elle souligne cependant que le programme de réduction des risques est proposé en complémentarité. “Notre approche s’adapte à ceux qui trouvent difficile d’aller vers l’abstinence dans un premier temps. Nous offrons donc une alternative à ceux qui ne sont pas à l’aise avec cela”, en tenant compte des principes des droits humains qui concernent le libre choix et la santé publique.
Outre les différentes sessions plénières prévues lors de la conférence, des rencontres sont aussi au programme. Ainsi, le Dr Catherine Ritter, qui a une grande expertise dans les projets de réduction de risques en milieu carcéral, partagera son expérience avec le personnel du service pénitentiaire. Par ailleurs, des rencontres sont aussi prévues avec les membres de l’ADSU et des douanes autour du renforcement de la loi et de la harm reduction, entre autres.