La décision du nouveau ministre de la Santé et de la Qualité de la Vie, Anil Gayan, de décentraliser certains points de distribution de méthadone (médicament de substitution utilisé dans le traitement des toxicomanes accros aux opiacés) a été accueillie favorablement par l’ensemble des travailleurs sociaux engagés dans ce domaine. Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG), Cadress Rungen, responsable du Groupe A de Cassis et de Lakaz A, et Nicolas Ritter, directeur de PILS, soutiennent tous que « l’initiative de venir décongestionner ces points de distribution où il y a une saturation de patients, qui cause des soucis aux habitants de ces régions, est fort louable. »
Selon nos interlocuteurs, il fallait impérativement, « trouver une solution pour soulager ces zones résidentielles où l’agglomération d’ex-toxicomanes qui venaient prendre leur dose quotidienne de méthadone commençait à causer des problèmes ». Ces régions concernent principalement les banlieues de Beau-Bassin/Rose-Hill — nommément Trèfles, Stanley, Camp Levieux, Mont-Roches, Chebel — mais également Bambous, Petite-Rivière et Albion. « Cette décision ne touche qu’une partie des complications qui existent dans la mise en place du programme de substitution à base de la méthadone. L’initiative d’Anil Gayan concerne un aspect du problème : la saturation dans certains points de distribution, qui est certes prioritaire. Nous souhaitons toutefois que le nouveau ministre aille plus loin et que les ONG soient partie prenante des développements à suivre ».
Dans sa conférence de presse de mardi dernier, le ministre Anil Gayan avait laissé entendre qu’il s’agissait là de la première phase du projet de distribution de méthadone. Cadress Rungen, du Groupe A de Cassis et de Lakaz A, est satisfait « qu’Anil Gayan se soit intéressé, en priorité, au problème de la méthadone » Il ajoute : « Certes, son ministère ne manque pas d’impératifs, mais le ministre a envoyé un signal fort en s’attelant dès le départ au problème des toxicomanes qui souhaitent s’en sortir ».
Imran Dhanoo rappelle pour sa part que « depuis quelque temps, avec l’augmentation du nombre d’ex-toxicomanes bénéficiant du traitement de substitution, certains centres de distribution commençaient à être engorgés et, inévitablement, des complications ont émergé ». Pour sa part, Nicolas Ritter déclare qu’« on ne peut juger, à ce stade, ce projet, car il faut lui donner un peu de temps et voir comment évoluent les choses. » Et de préciser : « C’est à partir de là que l’on pourra identifier d’éventuelles failles et réajuster le tir ». Ces travailleurs sociaux à l’origine de la mise en opération de cette mesure de Réduction de Risques (RdR) espèrent surtout « que nous soyons partie prenante des décisions qui seront prises dans un futur proche ».
Comme le relève Imran Dhanoo, « c’est une bonne chose de décentraliser ces points de distribution de la région de Beau-Bassin/Rose-Hill, mais une situation identique existe également dans la capitale, notamment à l’hôpital Jeetoo, dans la région de la Plaine-Verte et à Sainte-Croix. » Il ajoute : « Ce sont aussi des zones résidentielles. Quand la caravane arrive avec à son bord un infirmier, un policier et un « attendant » et qu’ils ont devant eux une file d’attente d’une centaine de personnes, ne disposant que de 90 minutes pour distribuer les doses individuelles, on imagine facilement qu’ils s’activent pour que chaque patient obtienne son médicament ! Ce qui ne leur laisse pas le temps de réaliser le véritable travail d’écoute et de filtrage qui leur est confié, c’est-à-dire discuter quelques minutes avec chaque patient pour s’assurer que celui-ci a bien avalé sa dose de méthadone et qu’il ne la garde pas dans un coin de sa bouche. »
Ce type de circonstances occasionne alors des « faiblesses dans le système qui donne lieu à un trafic de méthadone… » Le directeur du Centre Goomany rappelle avoir « recensé des cas de vente de méthadone ou des personnes qui ne sont pas listées en tant que patients qui prennent la méthadone ». Pour mettre fin à ce type de laisser-aller, le travailleur social préconise des « random testing » avec les patients.
Cadress Rungen cible pour sa part, « le petit groupe de patients qui reste la distribution et cause des soucis aux voisinages, que ce soit dans les zones résidentielles ou les centres ». Il souligne cependant que « la grande majorité des patients ne causent pas de problèmes, prennent leurs médicaments et retournent vaquer à leurs occupations quotidiennes ». Il poursuit : « Ils ont pour la plupart réintégré une vie sociale active. Le petit groupe qui cause des soucis et qui donne du fil à retordre aux autorités mérite que l’on leur accorde une attention particulière. Nous souhaitons que le ministre Gayan soit sensible à cela. »
Nicolas Ritter est confiant : « Il est certain qu’avec un ministre de la trempe d’Anil Gayan, qui a été investi de responsabilités importantes au cours de sa carrière politique, nous pouvons nous attendre à un renforcement de la réponse en ce qu’il s’agit des mesures de RdR. Tout ce que nous, acteurs de la société civile, réclamons, c’est d’être partie prenante des décisions futures. »