Le nombre de toxicomanes, Usagers de drogues injectables a « considérablement baissé, grâce aux mesures de Réduction de risques, nommément, le traitement de substitution à base de méthadone et le programme d’échange de seringues » constatent Imran Dhannoo (Centre Idrice Goomany), Cadress Rungen (Groupe A de Cassis/Lakaz A) et Danny Philippe (LEAD), présents sur le terrain depuis plusieurs années. Ces travailleurs sociaux soulignent que « même si l’on a noté cette baisse, néanmoins, une nouvelle problématique se présente : la polytoxicomanie chez les jeunes. Et là, les complications vont être très difficiles à gérer si l’on ne s’y prend pas à temps. » Ces travailleurs sociaux relèvent qu’« en matière de trafic de drogue, les efforts ne sont toujours pas suffisants. »
Depuis l’an dernier, s’accordent Imran Dhannoo (Centre Idrice Goomany), Cadress Rungen (Groupe A de Cassis/Lakaz A) et Danny Philippe (LEAD), « nous avons constaté une diminution considérable au sein de la communauté actuelle des UDI (Usagers de Drogues Injectables). Il y en a définitivement moins qu’il y a quelques années. » Les trois travailleurs sociaux s’expliquent : « Depuis l’introduction du traitement de la méthadone, pour les hommes en 2006 et les femmes en 2009, et avec la mise en opération du programme d’échange de seringues, en 2010, un bon nombre de toxicomanes sont désormais sur traitement. » Ces deux mesures de Réduction de Risques (RdR) préconisées par le gouvernement et mises en oeuvre avec le soutien des ONG font donc leurs preuves.
De plus, ajoutent I. Dhannoo et C. Rungen, « nos waiting lists de patients souhaitant intégrer le programme de la méthadone ont accusé une baisse très conséquente. » Ils font aussi remarquer que cette situation prévaut sur les sites d’échanges de seringues, où une certaine « saturation est notée ».
« Le nombre de toxicomanes UDI a certainement baissé, concède Danny Philippe. Malheureusement, cependant, la drogue continue à entrer dans le pays… » Cadress Rungen abonde dans le même sens, arguant que « l’urgence aujourd’hui, ce sont ces jeunes à peine âgés de 12-13 ans, qui avalent une dizaine de fioles de sirops pour la toux, fument du gandia, consomment de l’alcool, et prennent aussi des comprimés, des psychotropes, entre autres. Et tout cela, en une seule et même journée ! C’est très navrant et très grave ! »
La polytoxicomanie chez les très jeunes, estiment C. Rungen et I. Dhannoo, s’explique surtout « par la quête du plaisir, voire des plaisirs. Nous sommes dans une société où nos jeunes sont agressés par une foule d’influences — via les médias comme la télé, l’internet, entre autres — qui vantent les plaisirs rapides et, surtout, facilement accessibles ». I. Dhannoo rappelle que « avec les UDI, nous avons affaire à des gens qui, par exemple, fument un joint, histoire de socialize, et qui, de fil en aiguille, à la recherche d’un plaisir éphémère, sont devenus accros au Brown Sugar. Cependant, avec le nombre de jeunes que nous avons rencontrés au Centre nous-mêmes, la tendance est de se mettre au Brown sugar directement sans passer par des produits et des substances alternatives ou autre. C’est un phénomène qui prend de l’ampleur… Des jeunes de 14 ou 15 ans qui se shootent directement au Brown sugar ou au Subutex ! »
Quête effrénée des plaisirs faciles
Au niveau de Lakaz A et du Groupe A de Cassis, en revanche, le problème prend une allure quelque peu différente — à cette nuance près que les produits que consomment ces jeunes ne sont pas injectés dans leurs veines. Le responsable de la structure explique que les jeunes rencontrés, tant au niveau du centre que lors des préventions réalisées dans les institutions scolaires, avouent « avaler une dizaine de fioles de sirops pour la toux, dans une même journée. Et dans le courant de cette même journée, ils auront aussi bu de l’alcool ; parfois des mélanges. Ils auront aussi fumé des cigarettes et des joints. Et pour donner un ultime boost, ils prennent aussi des comprimés ; souvent des psychotropes, comme le Rohypnol ou le Rivotril. »
Ces mélanges, estime I. Dhannoo, s’expliquent par « une quête effrénée des plaisirs rapides et fortes. On peut la comparer au phénomène du binge drinking, par exemple, où l’unique recherche est celle d’être ivre, le plus vite et le plus fortement possible… Sans plus. »
Cadress Rungen note que « si ces jeunes ne se shootent pas, ce n’est pas pour autant que les risques de transmission du VIH sont réduites. Bien au contraire ! » Le travailleur social responsable de Lakaz A explique : « Quand ces jeunes consomment autant de produits, ils perdent pied sur la réalité et font alors un peu n’importe quoi… Et parmi, ils s’adonnent à des relations sexuelles sans protection. D’où une certaine résurgence, même faible, mais remarquée, concernant les nouvelles infections au VIH par voie sexuelle dans les statistiques officielles. »
Et tout aussi grave, estime le travailleur social, « ces jeunes ne se rendent pas compte qu’en habituant leurs corps à ces substances, ils affectent invariablement leurs métabolismes. Leurs organes sont inévitablement touchés très rapidement. Et ils développent des pathologies diverses » (voir hors texte “Polytoxicomanie : les dangers”). En fin de compte, souligne le Dr Fayzal Sulliman, médecin longtemps attaché au CIG, « toutes ces complexités font que c’est encore plus difficile de s’occuper de ces jeunes, d’autant que le personnel soignant autant que les travailleurs sociaux dans les différents centres, ne sont pas formés ni familiers à ces nouvelles donnes. »
Nos quatre interlocuteurs sont d’avis qu’il faut « rapidement réagir avant que ce problème ne provoque de nouvelles complications que l’on ne pourra gérer et face auxquelles il ne nous restera, comme dans le cas des UDI, à appliquer des mesures d’urgence pour endiguer ses répercussions ».