La deuxième conférence du Collectif Urgence Toxida (CUT) en matière de Réduction des Risques auprès des Usagers de Drogues Injectables (UDI) et des Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH) s’est ouverte, ce matin, au centre de conférences de Mer-Rouge. Présidée par Nicolas Ritter, secrétaire de CUT et directeur de PILS, la cérémonie a démarré sur une note empreinte d’émotion. Présent également, le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, a déclaré qu’il « n’avait pas été exposé, jusqu’ici, aux problèmes des Mauriciens victimes de la drogue et des malades du sida. De ce fait, être ici avec vous ce matin n’est pas un privilège, mais un devoir en tant que ministre. »
Le thème de la deuxième conférence de CUT – après la première consacrée aux opiacés en 2006 – est « Towards a client-centered approach ». L’entrée en matière a évidemment fait la part belle à ceux et celles directement concernés par ces problématiques, soit les bénéficiaires du traitement à base de méthadone et du programme d’échanges de seringues (NEP).
Giovanni, un transsexuel, témoigne ce sens : « Pendant plus de dix ans j’ai été esclave de la drogue. J’ai connu à cette époque tous les mauvais chemins : prostitution, prison… À un certain moment, des amis que je rencontrais là où j’allais acheter ma dose quotidienne m’ont parlé du programme d’échanges de seringues. Au départ, j’étais un peu réticent. Puis, j’ai eu confiance et j’ai commencé à m’y rendre. Les bénévoles de CUT, qui animent ce programme, ont été à mon écoute et m’ont donné des conseils. On m’a ensuite dirigé vers le traitement de méthadone. »
C’est ainsi que Giovanni, bénéficiaire du programme de méthadone, évoque son parcours. « Au début, c’était difficile pour nous les transsexuels d’avoir accès au traitement à base de méthadone. Les autorités ont heureusement fait le nécessaire pour que nous puissions aussi bénéficier du traitement. »
Et à Nicolas Ritter de souligner « la contribution du Dr Faysal Sulliman, alors responsable du centre de désintoxication de Barkly, qui a accepté d’innover, voire de faire une petite révolution, en rendant accessible le traitement aux transsexuels. Il faut aussi saluer le centre La Chrysalide pour son ouverture d’esprit en acceptant Giovanni parmi les siens. »
Le jeune transsexuel tient d’ailleurs à remercier « Roselda kinn bien konsey mwa ek enkouraz mwa ; ek bann ONG Kinouete ek La Chrysalide, ki finn ekout mwa ek ed mwa dan mo bann demars. Zordi, mo enn dimun bien ek epanoui. Mo travay, mo dibout lor mo lipie ». Giovanni explique aussi : « Je me suis senti bien lorsque j’ai commencé à prendre de la méthadone, mais j’ai ensuite ressenti un manque ; un vide. J’aurais pu replonger. Grâce aux ONG qui m’ont aidé, j’ai pu retrouver ses repères. » Et d’ajouter : « Sans suivi, quand on est patient sous méthadone, on ne peut pas s’en sortir. Program la pu enn echec. Bizin rann dimun la so dignite. » Le jeune homme fait ressortir que « tou bann patients pa gayn mem sans. Boukou retombe dan ladrog akoz pena suivi… »
Giovanni souligne que « de plus en plus de jeunes – certains ont 14, 15 ans, voire moins – deviennent esclaves de la drogue ». Il souhaite ainsi que « durant ces trois jours de conférence, ONG et autorités travaillent ensemble pour améliorer le sort des malades des drogues et des PVVIH ».
Nicolas Ritter abonde dans le même sens en rappelant que « sans accompagnement et encadrement, les programmes de Réduction de risques ne servent à rien. L’idée est de remettre ces personnes sur pied, les faire retrouver leur dignité et leur place dans la société ».
Cet argument devait également être le point central de l’allocution de la coordinatrice de CUT, Nathalie Rose. Elle a déclaré : « Nous savons ce qu’il faut faire et nous en avons les moyens. Mais la question qui se pose est : est-ce que nous savons comment faire ? Ceci afin d’atteindre directement nos bénéficiaires et leur offrir les services et prestations qui leur sont destinés. C’est l’objectif de cette conférence. »
Rebondissant sur le thème, le ministre de la Santé a lui aussi relevé que « tout gouvernement responsable a le devoir de prendre en charge ces citoyens qui, pour une raison ou une autre, ont dévié de leur chemin et emprunté des mauvaises voies ».
Lormus Bundhoo a chaudement félicité les ONG et la société civile pour leurs efforts en matière de réduction de risques concernant la propagation du VIH/Sida. « Cette responsabilité n’incombe pas seulement au gouvernement. Chaque citoyen doit y participer. » Il a aussi souhaité que « les autres ONG engagés dans les combats divers comme réduire les accidents de la route, par exemple, suivent les exemples de celles engagés dans la lutte contre la toxicomanie et le sida. »
La cérémonie d’ouverture de la deuxième conférence de CUT était aussi ponctuée de deux items artistiques : le premier assuré par les animatrices de La Chrysalide et le second, une interprétation repris en choeur par l’assistance et Lormus Bundhoo de l’hymne Donn li enn sans par Linzy Bacbotte, morceau composé par le Kolektif Revey Twa.
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