En quelques jours, la lutte contre la drogue et le sida — qui avait connu une certaine accalmie durant ces six ou sept dernières années — a été secouée par quelques mesures, dont certaines encore vagues jusqu’ici. Il convient de souligner que deux mesures de Réduction de Risques (RdR), le traitement à la méthadone et le programme d’échanges de seringues (NEP), ont considérablement contribué à faire reculer une pandémie qui s’annonçait au début des années 2000. Pourtant, il y a quelques jours, le ministère de la Santé a informé les deux centres responsables d’usagers de drogues injectables (UDI), le Groupe A de Cassis et le Centre Idrice Goomany (CIG), que le traitement à base de méthadone avait été « temporairement suspendu ». Réagissant à la problématique des Nouvelles Drogues synthétiques (NDS) et à leurs ravages, surtout auprès des ados, le ministère de l’Éducation a publié, en début de semaine, un communiqué ayant pour but « d’avertir les chefs d’établissements de conscientiser les élèves sur les dangers liés à la consommation de drogues […] suite aux rumeurs faisant état d’un trafic de drogue allégué dans des écoles secondaires ».
Ces mesures, temporaires ou permanentes, comportent leur lot de répercussions. Quatre travailleurs sociaux — Danny Philippe de l’ONG LEAD, Imran Dhanoo du CIG, Cadress Rungen du Groupe A de Cassis, et le Dr Faisal Sulliman, Clinical Coordinator de l’hôpital Apollo Bramwell et bénévole attaché au CIG — réagissent. D’entrée de jeu, chacun rappelle que la société civile est un partenaire de l’État. « En ce qu’il s’agit de prévention, de lutte, de traitement et de réhabilitation, nous rappelons qu’il s’agit là d’une question de santé publique, qui doit donc être considéré sans étiquette politique ». Danny Philippe et le Dr Faisal Sulliman font ressortir que la prévention et l’éducation sont « des clés » pour protéger la population. « Nous ne réussirons rien sans une prévention réfléchie, ciblée et adéquate à la spécificité du problème. Ce n’est pas au personnel enseignant, mais aux acteurs de la prévention de sensibiliser les jeunes dans les écoles et collèges ».
Cadress Rungen et Imran Dhanoo émettent des réserves sur un arrêt, même temporaire, du traitement à base de méthadone. « Les UDI sont des malades. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les agences des Nations unies ont, depuis des années, défini l’addiction aux opiacés comme une pathologie. Or, demander à des patients souhaitant se faire désintoxiquer à ne pas le faire, c’est mettre sérieusement en péril leur avenir. C’est comme ne pas donner de l’insuline à un diabétique ! » Pour l’heure, le ministre de la Santé Anil Gayan étant absent du pays, les services de son ministère expliquent que « de nouvelles stratégies de désintoxication sont actuellement à l’étude ». L’alternative préconisée — jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise — est « d’orienter les patients souhaitant un traitement à base de méthadone vers l’hôpital Brown Sequard ». Le débat est désormais lancé alors que les travailleurs sociaux attendent, plus que jamais, « l’ouverture du dialogue avec l’État… »