C’est dans l’indifférence totale de la population qu’a eu lieu la marche contre la drogue organisée hier à Plaine-des-Papayes par les Forces vives de la localité. Une trentaine de personnes seulement, dont une grande majorité de femmes et deux aînés de 84 et de 90 ans, et des majorettes du collège Droopnath Ramphul, y ont participé sous les regards amusés des habitants.
« Ce n’est pas la quantité que nous voulons mais la qualité », a lancé le travailleur social Ally Lazer, à l’issue de cette marche d’une heure qui s’est terminée au siège du conseil du village de Plaine-des-Papayes. Il a dit sa confiance dans les femmes qui ont participé à cette marche, « qui nous feront gagner ce combat contre la drogue. » « Un problème aussi grave que la drogue est en train de détruire notre pays, notre village, et il y a des hommes qui nous regardent, debout aux coins des rues, en faisant des commentaires. Ce sont des poltrons », a-t-il déclaré, avant de rappeler à son auditoire que des habitants de Plaine-des-Papayes également se font soigner au centre de réhabilitation de Plaine-Verte.
Aucun habitant de la localité, poursuit le travailleur social, n’est en sécurité avec la drogue qui circule. Il suffit d’un seul toxicomane dans le village pour que les vols et les agressions augmentent. Il a parlé des souffrances des familles dont certains membres sont toxicomanes. « Dans la vie, il est préférable de n’avoir rien à manger et à boire que d’avoir un membre de votre famille qui tombe dans la drogue », a-t-il fait ressortir. Les marchands de drogue, affirment Ally Lazer, ne savent que vendre leur poison aux jeunes et ne sont nullement concernés par « votre couleur politique ou votre appartenance religieuse. Ils ne connaissent que les profits ». Et de dénoncer certains pharmaciens qu’il a qualifiés de « mafia de la drogue. » Il a également mis en garde les jeunes filles contre certains garçons qui essaient de les amadouer en leur faisant croire à l’amour. « Après, ils mettent des comprimés dans une boisson gazeuse qu’ils donnent à boire à la fille et celle-ci devient dépendante de la drogue. Par la suite, le garçon va forcer la fille à se prostituer pour avoir sa dose quotidienne de drogue », affirme le travailleur social.
Interrogée, Mala Devi Sungkur, une femme très active dans la localité, a indiqué au Mauricien que de nombreuses mères sont en larmes à cause du fléau de la drogue. « Ce n’est pas facile de changer le comportement des gens mais nous avons la volonté nécessaire pour poursuivre notre lutte », dit-elle. Pour sa part, Anishta Dupré, jeune participante à la marche, a tenu à dire aux jeunes qu’il n’est pas trop tard pour changer de comportement et de reprendre une vie normale.
Daniel Capiron, PRO de l’établissement sucrier de Belle-Vue, a dit croire dans cette démarche de prévention car il est très sensible à ce problème qui a infiltré la localité. « Nos employés sont toujours venus de Plaine-des-Papayes. À l’avenir, d’autres jeunes de l’endroit seront sans doute appelés à travailler avec nous. Ma participation est aussi une façon d’aider à la sauvegarde de notre potentiel », affirme-t-il.