Les artistes membres de la Mauritius Society of Authors recevront demain leur chèque représentant les droits collectés sur leurs oeuvres. Or, cet exercice se déroule dans le cafouillage car des incompréhensions subsistent sur la somme allouée pour la distribution. Des artistes reprochent ainsi à la direction de la MASA son manque de transparence. Qui plus est, ils se demandent qui va payer le surplus des salaires des employés conformément au PRB 2013. Ils réclament une assemblée générale extraordinaire en janvier pour éclaircir toutes ces zones d’ombres.
« Les choses vont de mal en pis à la MASA. En septembre 2011, nous avons demandé la dissolution du board pour élire une nouvelle équipe, en vue d’y mettre de l’ordre. Mais après 15 mois, rien n’a été fait ». C’est ainsi que Michael Veeraragoo, qui fait partie d’un collectif des membres de la MASA, exprime son mécontentement face à la situation qui prévaut à la société.
La goutte d’eau qui fait déborder le vase, selon les artistes, est la distribution de royalties de fin d’année. D’habitude, les membres reçoivent leur chèque avant la fête de Noël, mais cette année, cet exercice est prévu pour demain. Ce qui les pousse à dire : « Est-ce que nous ne fêtons pas Noël nous ? »
Des doutes, avance-t-on, subsistent aussi sur la somme exacte allouée pour cette distribution. Selon nos recoupements d’informations, Rs 700 000 étaient initialement prévues. Cette somme est nettement inférieure à celle des années précédentes, les ventes de CD ayant baissé. Mais des membres du board auraient insisté pour que la MASA ajoute une somme supplémentaire. Finalement, c’est Rs 3,2 millions qui seront distribuées entre les membres de la société.
Toutefois, les artistes ne veulent pas se contenter de cette somme. « Pourquoi Rs 3,2 millions ? Que représente cet argent ? Combien exactement la MASA a-t-elle collecté cette année ? » s’interrogent-ils. Ceux-ci avancent également qu’à l’Assemblée générale, il avait été dit qu’il restait Rs 18 millions dans la caisse, après la distribution de 2011. « Qu’a-t-on fait de cet argent ? » se demandent-ils.
Les artistes disent également ne pas comprendre pourquoi la présidente de la MASA Meera Mohun les a convoqués en petits groupes pour discuter de la distribution. « Pourquoi n’a-t-on pas organisé une réunion générale ? » Ils se montrent également très critiques envers les membres élus du board. « Nous comptions sur eux pour plus de transparence, mais à ce jour rien n’a été fait. »
Heures supplémentaires
D’autre part, selon les artistes protestataires, un budget spécial était prévu par la MASA pour payer les heures supplémentaires des employés, en vue de l’exercice de distribution. « Qu’ont-ils fait pendant toute l’année s’il faut maintenant leur payer des heures supplémentaires pour faire leur travail ? » se demandent-ils.
À ce même sujet, les membres de la société se disent particulièrement concernés par le PRB 2013 qui sera en vigueur à partir de janvier. Comme tout corps parapublic, la MASA devra réajuster le salaire de ses employés. Or, depuis quelques années, le ministère des Arts et de la Culture a considérablement réduit le budget alloué à la société. Ce qui fait que pour fonctionner, elle doit prélever un frais administratif de 30 % sur les sommes collectées pour les droits d’auteur.
Les artistes qualifient cependant cette situation d’« inacceptable ». « Si la MASA doit fonctionner comme un corps parapublic, c’est au ministère de payer le PRB et pas nous », martèlent-ils. Pour toutes ces raisons, les membres demandent une assemblée générale extraordinaire. Ils envisagent de réclamer la démission du board dans son ensemble.
De leur côté, face à tant de critiques, les membres élus de la MASA ont réagi par le biais d’un communiqué. Tout en rappelant le bon travail commencé avec la distribution de décembre 2011, ils soulignent que l’absence du directeur et du responsable du département de distribution, tous deux suspendus dans le cadre d’enquêtes policières, a « nettement ralenti la mise en oeuvre de nombreux projets ».
Dans une telle conjoncture, ajoutent-ils, les membres élus ont dû être « plus que jamais présents pour soutenir le personnel administratif ». C’est ainsi que des membres du personnel ont bénéficié de formation à l’étranger concernant la distribution. Cependant, cet exercice a pris du retard, car « le département concerné a été démantelé ». « Deux éléments du département ont été mutés ailleurs, alors que deux autres sont restés sans instruction pour progresser dans la distribution », souligne le communiqué.
Les membres élus ajoutent que c’est grâce à leur détermination qu’une solution avait été trouvée pour la distribution de décembre. Ils affirment qu’ils seront plus vigilants en 2013 afin de veiller à ce que « le staff fasse son travail de façon régulière et maîtrise les outils de la répartition ». Ils dénoncent toutefois des tentatives de « résistance parfois même à l’intérieur de la MASA, pour mettre des bâtons dans les roues et empêcher la société de progresser ».
La présidente de la MASA affirme pour sa part que l’exercice de répartition est très délicat et provoque toujours des incompréhensions. « Ce qui s’est passé c’est qu’il y avait des erreurs dans le système. Certaines oeuvres n’y figuraient même pas. Il a donc fallu tout remettre à jour pour pouvoir faire la distribution », dit Meera Mohun.
Concernant la réunion qu’elle a animée avec les groupes, Meera Mohun explique qu’il s’agissait d’un exercice de communication. « C’était difficile de tenir une assemblée générale et tout le monde n’était pas disponible en même temps. Je regrette qu’ils aient mal pris cela… Ils m’ont même enregistrée à mon insu. Mais qu’importe, je n’ai rien à cacher ».
Pour ce qui est du PRB, Meera Mohun confirme que la MASA n’a obtenu le PRB grant du ministère des Arts et de la Culture qu’en une seule occasion. Elle assure qu’une fois la distribution terminée, elle entamera des discussions avec le ministère afin que ce grant soit accordé pour le PRB 2013.