La Journée mondiale des Droits des Consommateurs sera observée le 15 mars. Dans ce contexte, la Consumer Advocacy Platform (CAP) tire la sonnette d’alarme sur les habitudes alimentaires « de plus en plus malsaines » à Maurice, d’autant qu’une bonne partie de la population souffre de diabète. La CAP réclame ainsi un « contrôle sur la publicité des aliments malsains, notamment les fast-foods et les boissons sucrées » et un meilleur étiquetage. En effet, la Food Act n’oblige pas le producteur de mentionner la teneur en sel d’un aliment. Or, la consommation de sel serait trois fois supérieure à la moyenne à Maurice. Cette année, à l’échelle mondiale, l’accent est mis sur l’urgence de protéger et de promouvoir des habitudes alimentaires saines.
Restrictions sur les publicités alimentaires ciblant les enfants, l’étiquetage nutritionnel, une meilleure alimentation dans les écoles et la réduction de la consommation de sucre et de sel sont, entre autres, les mesures prônées par la CAP, qui lance ainsi un plaidoyer aux ministères concernés pour qu’ils travaillent en ce sens. Selon le président de la CAP, Mosadeq Sahebdin, ce contrôle pourrait prendre la forme d’une interdiction de publicités sur des aliments malsains dans un rayon de 100 m des institutions primaires et secondaires. La CAP demande au ministère de la Santé de soutenir l’initiative de Consumers International, qui regroupe plus de 220 organisations de consommateurs dans 80 pays. « Ces associations sont en faveur de l’adoption par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’une convention mondiale pour la protection et la promotion d’une alimentation saine ».
La plateforme mauricienne demande par ailleurs au ministère de la Santé d’apporter des amendements à la Food Act pour renforcer ou mettre à jour les provisions sur l’étiquetage nutritionnel. Au ministère de la Protection des Consommateurs, elle demande de doter la Legal Metrology Division du ministère du Commerce de davantage de moyens pour une surveillance renforcée sur les indications des emballages de produits alimentaires. En effet, la CAP dit avoir relevé, notamment sur les boissons sucrées, « de nombreuses indications en violation avec la Legal Metrology Act ». Mosadeq Sahebdin rappelle que la deuxième conférence internationale sur la nutrition organisée par l’OMS et la Food and Agriculture Organization (FAO) en novembre dernier soulignait la nécessité d’une action coordonnée et une politique cohérente pour mettre fin à la malnutrition globale et la sécurité mondiale.
Surconsommation de sel
La CAP tire la sonnette d’alarme sur la consommation de sel à Maurice et cite le dernier rapport sur le Household Budget Survey de 2012, qui montre que le poids des fast-foods dans le calcul du coût de la vie a augmenté de cinq points entre 2006/7 et 2012, soit de 19 à 24. « Pour le Bureau des Statistiques, ceci confirme une augmentation dans la consommation de burgers, dholl purees et autres kebabs ». Cette tendance, selon les observateurs, serait due à un certain changement dans l’habitude de consommation des Mauriciens, surtout ceux qui travaillent. « Or, il est reconnu que la plupart des fast-foods ont un taux élevé de sel et de gras ». Selon la CAP, le pain est un autre aliment de base qui contribue à la surconsommation du sel. « 50 % des pains analysés par le ministre de la Santé dans le cadre d’une étude sur la consommation du sel contiennent un taux de sel supérieur à 433 mg par 100 g ».
La CAP déplore l’insuffisance de la Food Act concernant l’étiquetage nutritionnel. « On ne peut se fier aux emballages pour connaître la teneur en sel d’un paquet de nouilles ou de biscuits salés. Si la Food Act exige que le label mentionne la liste d’ingrédients, il ne fait pas obligation au fabricant de mentionner la teneur en sel. Cette information est devenue essentielle si l’on tient en compte que, selon l’OMS, la consommation de sel serait trois fois supérieure à la moyenne à Maurice ». Mosadeq Sahebdin rappelle que l’OMS recommande moins de cinq grammes de sel par jour pour un adulte. « Or, la consommation moyenne est actuellement de 9-12 g par jour. Pour les enfants âgés de 2 à 15 ans, l’OMS recommande une consommation quotidienne de sel maximale de 2 g par jour ».
Le sucre plus dangereux que le sel
La CAP souligne que, selon une récente étude de la Mid America Health Institute (MAHI), les sucres ajoutés dans les produits alimentaires et les boissons gazeuses posent plus de risques que le sel. « Ils sont plus aptes à causer l’hypertension artérielle et augmenter les risques de maladies cardio-vasculaires. Cette nouvelle étude invite les diététiciens à conseiller de réduire le sucre ». Selon Mosadeq Sahebdin, « de nos jours, l’alimentation est de plus en plus sucrée en raison de la quantité élevée de sucres ajoutés dans les produits transformés très populaires et il est prouvé qu’une consommation excessive de glucides a des conséquences graves sur la santé ». Il ajoute : « La consommation excessive de sucre est un risque d’obésité majeur. Le sucre contribue à la surcharge calorique. C’est particulièrement vrai dans le cas des boissons sucrées. Il est prouvé qu’une alimentation sucrée peut inciter les consommateurs à manger davantage. Elle est également une cause majeure de diabète de type 2 et est associée à l’augmentation du syndrome métabolique, donc aux maladies cardiaques. Un adulte sur dix est aujourd’hui atteint de diabète ». À titre d’exemple, la sauce tomate ou le ketchup peut contenir jusqu’à 20 % de sucres, soit une cuiller à café de sucre dans chaque cuiller de sauce (17 g). « Certaines sauces de tomate peuvent contenir jusqu’à 40 % de sucres. Idem pour les “sweet chili sauces” qui peuvent contenir jusqu’à 30 % de sucre. Pour leur part, la mayonnaise et les chutneys ne sont pas en reste ».
Repas équilibré à l’école
La CAP souligne d’autre part l’importance d’un repas équilibré à l’école. « En 2010, l’OMS a adopté un ensemble de recommandations incitant les États membres à réduire l’exposition des enfants aux messages de marketing alimentaire et à la puissance de ceux-ci. Selon la “Recommandation 5”, les lieux accueillant des rassemblements d’enfants devraient être à l’abri de toute forme de commercialisation d’aliments à haute teneur en graisses saturées, en acides gras trans, en sucres libres ou en sel. Ces lieux sont notamment, mais non limitativement, les crèches, les terrains de jeux, les dispensaires recevant des familles et des enfants et les services de pédiatrie, y compris durant les activités sportives et culturelles qui s’y déroulent ».
Pour l’association mauricienne, la mise en place annoncée de la distribution d’un repas chaud à tous les écoliers revêt ainsi de son importance. « La qualité des aliments servis dans les écoles a une influence significative sur la santé et la croissance des enfants. La recherche a prouvé que la consommation d’un repas équilibré à l’école améliore la concentration des enfants l’après-midi et leur comportement en classe ». La CAP demande ainsi un contrôle renforcé sur les produits vendus dans les cantines scolaires.
Simplification de l’étiquetage
Pour la CAP, l’information nutritionnelle sur les produits préemballés doit être plus simple. « L’étiquetage nutritionnel adopté par de nombreux produits ne permet pas aux consommateurs de s’informer sur le contenu en gras, en sucre ou en sel, de ces produits. Les fabricants mentionnent souvent l’information nutritionnelle par 100 g, ce qui ne représente pas la consommation réelle par les consommateurs. La simplification de l’étiquetage nutritionnel constituerait un antidote fiable, simple et efficace contre le marketing alimentaire ». D’autant que le surpoids, l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires puisent leur origine, le plus souvent, dans une alimentation trop riche en sucres, en graisses saturées et en sel. « Il faut un outil informatif et éducatif réellement au service des consommateurs ».
La CAP suggère un nouvel étiquetage qui décernerait par exemple « des pastilles vertes aux aliments sains, rouges aux aliments à risques, ou jaunes à des aliments qui peuvent être recommandés dans le cadre d’une consommation quotidienne ». Elle recommande en outre un étiquetage nutritionnel « pour aider les consommateurs à interpréter rapidement et facilement la valeur nutritionnelle des produits emballés et ainsi éviter les maladies liées à l’alimentation, grâce à des choix sains ». Par ailleurs, dans le cadre de son premier anniversaire qui coïncide avec la Journée mondiale des Droits des Consommateurs, la CAP lancera incessamment son site web.