La Journée des droits des enfants est l’occasion pour l’Ombudsperson for Children (OC), Rita Venkatasamy, de faire le point sur les acquis en cette matière et ce qui reste à faire dans le pays pour le mieux-être des mineurs, particulièrement les plus vulnérables. Dans ce contexte, elle constate que si « Maurice traite généralament bien ses enfants », il existe « un nombre grandissant de mineurs auteurs d’abus sexuels dans le pays » alors qu’au moins « un enfant par jour est victime d’abus sexuel à Maurice ». Pour elle, « il n’y a pas un droit plus important que l’autre » car les « droits sont interdépendants ». D’autre part, elle rappelle que si Maurice a signé la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, « cette convention n’est pas dans nos lois ». D’où le tant attendu Children’s Bill, annoncé pour bientôt par l’ex-ministre du Bien-être de l’enfant, Fazila Dawreawoo. « Le Children’s Bill devra tenir compte des réalités de 2017 », insiste-t-elle. Elle plaide ainsi pour une loi qui permette à un enfant en conflit avec la loi de bénéficier d’un avocat commis d’office et d’un cadre de réhabilitation de qualité.
« Il existe 54 droits dans la Convention internationale des Nations Unies. Il n’y a pas un droit plus important que l’autre. C’est un tout qu’il faut voir de manière holistique. L’éducation est un droit fondamental mais aussi importants sont le droit à la santé, le droit aux loisirs, etc. Les droits sont interdépendants. Le non-respect d’un seul droit serait comme un petit doigt dans un corps humain qui a mal. C’est tout le corps qui souffre et fait que la personne ne peut travailler.  Il n’y a pas une hiérarchie des droits. Si par exemple un enfant n’a pas son acte de naissance, il ne pourra se faire accepter par une école », fait ressortir la défenderesse des droits de l’enfant à Maurice. Si Maurice dispose des conditions recommandées par l’Unesco pour promouvoir les droits des enfants, c’est-à-dire sociales, économiques et culturelles, il importe toutefois « de toujours les améliorer ». Elle poursuit : « On n’est plus dans les années 70’, où il y avait un fort taux de chômage par exemple. On dispose aujourd’hui d’un contexte où les droits des enfants peuvent être respectés. Mais la promotion des droits de l’enfant est très liée à la situation économique d’un pays. Dans les pays où il y a une extrême pauvreté, on a un fort taux de prostitution infantile et d’exploitation infantile. On a quand-même réalisé des progrès économiques depuis l’accès de Maurice à l’indépendance. A mon humble avis, nous avons une économie qui permet de respecter les droits de l’enfant. » 
L’Ombudsperson for Children souligne que la Convention relative aux droits de l’enfant est une convention « très importante » adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, et qui a été signée et ratifiée par Maurice. « Ce qui fait qu’on a le devoir moral et légal de respecter cette convention. Le hic, c’est que la convention n’est pas dans nos lois. Nous avons donc signé, mais pas légiféré. La convention n’a pas force de loi dans notre pays. » D’où le tant attendu Children’s Bill
D’un point de vue légal, la Child Protection Act date de 1994. « Aujourd’hui, il faut que le Children’s Bill tienne compte des réalités de 2017. Cette loi doit refléter et respecter les principes de la Convention. » Cela dit, selon Rita Venkatasawmy, « nous avons des lois actuelles qui protègent déjà » les droits des enfants. « Nous avons la Nations Children’s Council Act, la Child Protection Act. Nous avons la Constitution même de Maurice, qui protège les droits des enfants. » 
 
Enfants en conflit avec la loi
Est-elle satisfaite de ce que fait le gouvernement pour la protection des enfants ? « Ma réponse a toujours été oui et non. Nous sommes le seul pays africain ayant un défenseur des droits de l’enfant. C’est une très bonne chose. Nous avons un taux de scolarisation en préscolaire qui est très haut à Maurice. Nous avons l’éducation gratuite. Il ne faut pas négliger les points positifs en matière de protection des droits de l’enfant. La santé aussi est accessible aux enfants. On ne peut dire que Maurice ne fait rien. » Par contre, observe-t-elle, en matière de situations où les enfants sont en conflit avec la loi, « il reste des choses à faire ». Elle développe : « Nous devons avoir une loi qui permette à un enfant en situation de conflit d’avoir un avocat commis d’office. Cette question me préoccupe. Il faut changer la loi. Quand l’enfant donne son enquête au poste de police, il doit pouvoir être accompagné par une personne légale. Un adulte a le droit de faire prévaloir son droit au silence, pourquoi pas un enfant ? Sans avocat, l’enfant peut dire quelque chose qui nuira à sa défense. J’ai rencontré des enfants qui étaient perdus parce qu’ils n’avaient personne pour les défendre au moment où la police était en train d’enquêter. » 
S’agissant des abus sexuels, « un enfant par jour est victime » à Maurice. « Sans compter qu’il y a des cas qui ne sont pas rapportés. Il faudrait qu’on puisse offrir à ces enfants un cadre de réhabilitation de qualité. » Parmi les faits les plus alarmants notés depuis qu’elle est Ombudperson for Children, Rita Venkatasawmy pense justement à la réhabilitation. « Pour moi, un centre de réhabilitation doit faire de la réhabilitation et non de la répression au niveau. Il faudrait vraiment qu’il y ait de petites unités. Cela me chagrine de voir des enfants enfermés au Rehabilitation Youth Centre. Je souhaiterais qu’on améliore leur cadre physique. Après la publication de mon premier rapport, déjà, on a eu de bons échos au niveau de la création des petites unités de réhabilitation. L’Etat est en train de faire un effort en ce sens. Le bureau de l’Ombudsperson a beaucoup travaillé sur l’importance de ne pas mettre dix ou 15 enfants qui ont été victimes de violence, qui deviennent agressifs à leur tour, dans un même espace. Ces enfants en conflit avec la loi sont eux-mêmes des enfants victimes. »
Quant à son opinion sur les enfants en général, à Maurice, elle considère que « la bonne majorité se portent bien ». Elle poursuit : « Il faut se concentrer sur les groupes les plus vulnérables. J’ai rencontré dans ma carrière de bonnes familles, de bons pères, de bonnes mères, même si ces familles n’ont pas toujours de grands moyens financiers. Par bonnes familles, je ne veux pas dire riches, mais qu’elles soient aisées, moins aisées ou pauvres, elles s’en sortent bien dans l’encadrement de leur enfant. Nous vivons dans une société assez stable. Il n’y a pas de guerre civile. Mais les indications que nous avons au quotidien ne sont pas toujours encourageantes. Quand je vous dis un enfant par jour est abusé sexuellement… Moi, mon rôle en tant que défenderesse des enfants, c’est d’attirer l’attention des autorités sur la situation des plus vulnérables car leurs droits risquent d’être violés. » 
Elle indique que le bureau de l’Ombudsperson reçoit aussi des plaintes liées au non-respect des droits des enfants au sein de familles aisées. « Il y a des familles aisées où l’enfant est victime d’abus sexuel. Quoi que la pauvreté fragilise davantage une famille. » Mais qui sont ceux qui appellent pour des plaintes ? « Des enfants victimes, des membres de la société civile… que je remercie d’ailleurs. Cela me fait beaucoup de travail quand ils m’appellent mais je me réjouis car ils deviennent des informateurs de l’OC. Ils m’appellent pour attirer mon attention sur telle école, tel enfant… Je suis vraiment contente du fait que les citoyens mauriciens ne font pas de déclarations qu’à la radio et qu’ils osent appeler au bureau et sur mon portable. C’est une grande force sur laquelle je continuerai à m’appuyer pour mener à bien ma mission. » 
 
Discipline et autorité à l’école
Autre question d’actualité : la sensibilité des parents face aux diverses formes de disciplines que l’école apporte à leurs enfants, acceptant de moins en moins que l’enseignant réprimande l’enfant et encore moins l’idée de punition corporelle. Elle explique : « Il y a la discipline positive et, de l’autre côté, il y a la violence. La discipline positive, c’est quand un enseignant va dire par exemple à l’enfant : “Tu est puni, tu n’iras pas à une sortie parce que tu n’as pas fait tes devoirs.” Maintenant, si le parent est contre une discipline positive, il a tort. Mais si un enseignant frappe un enfant régulièrement, ce n’est plus de la discipline positive. » Rita Venkatasawmy dit être au courant que, dans certaines écoles, le recours à la violence physique prévaut toujours pour ramener les élèves à l’ordre. « On reçoit beaucoup de plaintes à cet effet. Bien sûr, la loi est contre cela ! Je ne crois pas qu’on puisse discipliner les élèves à travers la violence. Pour moi, il faut que l’enseignant fasse preuve d’autorité. Je suis en faveur d’une bonne discipline dans nos écoles. Je suis moi-même très stricte. J’ai été à l’école Quinze Cantons et, ensuite, au QEC. Savez-vous à quel point les enseignants étaient stricts à l’époque ? Mais jamais nous n’avons subi de violences. Nous avions une crainte de l’enseignant. » Pour la défendresse des droits des enfants, « on peut réprimander verbalement un enfant, mais il faut faire la distinction entre réprimande et agression verbale ». Elle développe : « Si vous dites à haute voix à un enfant : “Ça suffit, je ne peux tolérer ton comportement !». Et si vous dites à un enfant : “Je ne veux plus voir ton visage, vas-t’en!” ouqu’on fait un commentaire sur son origine ethnique, alors c’est une agression. C’est une atteinte à l’estime de l’enfant. Quand on parle des droits des enfants, cela ne veut pas dire qu’il peut y avoir de l’anarchie dans une école. Je rencontre beaucoup d’enseignants du préprimaire, du primaire et des collèges. Il y a de très bons enseignants qui savent se faire respecter. » 
A ce sujet, Rita Venkatasawmy est d’avis qu’il faudrait former les enseignants aux droits humains de même que sur la manière de gérer une classe afin qu’ils n’aient pas recours à la punition corporelle. « Ce n’est pas parce que les enfants sont difficiles ou ont des troubles du comportement qu’on peut se permettre de les frapper. Il est vrai qu’on peut comprendre que les enseignants soient dépassés, mais je suis totalement contre la punition corporelle. Quand on a dans sa classe 40 enfants et que dix parmi eux ont des troubles du comportement, et que l’enseignant n’a pas d’assistant, “li sap lor kal”. J’ai été dans l’éducation pendant plus de 30 ans et avec des enfants difficiles. Je peux vous dire que “nou sap lor kal”. Mais pas au point de frapper. Le soutien du manager de l’école est d’ailleurs important. Il faut voir au cas par cas pourquoi l’enfant se comporte ainsi. Il faut aussi que, dans nos écoles, il y ait un cadre approprié. Si dans une école, il n’y a pas de jardin d’enfants, si l’espace est restreint, les élèves vont se chamailler. L’insfrastructure scolaire a un impact sur le comportement des élèves. »
S’agissant des jeunes auteurs d’abus sexuels, qui ont eux-mêmes été victimes de violences, l’Ombudsperson for Children indique que si leur acte est souvent perçu comme un crime, « nous devons aujourd’hui réfléchir à une question importante : notre réponse à ce comportement doit-elle être de nature pénale ou éducative ? » ajoutant : « Nos attitudes doivent être professionnelles et fondées sur des données scientifiques. »