L’organisation Droits humaInS–Maurice Océan Indien (DIS-MOI) a organisé vendredi à l’Institut Français de Maurice une table ronde pour réfléchir sur les droits des personnes âgées à Maurice que Lindley Couronne, le président, qualifie de « concept nouveau ». Pour les divers intervenants, « il est temps d’offrir davantage de structures aux personnes âgées ».
Le vieillissement de la population à Maurice n’est pas sans conséquence. En effet, avec l’augmentation du nombre de personnes âgées et l’évolution du mode de vie, il apparaît primordial d’établir un plan d’action national pour les valoriser d’une part et veiller d’autre part au respect de leurs droits.
Afin de plancher sur cette thématique, DIS-MOI, une nouvelle organisation qui milite pour le respect des droits humains, a tenu vendredi à l’Institut Français de Maurice (IFM) une table ronde sur ce sujet. Parmi les intervenants : Savitree Gungaram (habitante de Gros-Cailloux), Ibrahim Koodooruth (sociologue), Farida Oodally (médecin de la santé publique), Thierry Fraigneux Dimitilé (sympathisant de DIS-MOI) et Dorinne Busolo, représentante de Help Age International.
Selon un constat, certaines personnes âgées souffriraient de négligence et de mépris, et ce malgré les structures d’encadrement présentes à Maurice. Ainsi, pour les intervenants, 2012 se présente comme une année primordiale en ce qui concerne la réflexion sur les droits de cette tranche de la population qui est nettement en hausse dans notre société.
Faisant référence à la résolution 65/182 de l’Organisation des Nations unies (ONU), le président de DIS-MOI a rappelé l’importance de la création d’un comité pour explorer les lacunes dans le respect des droits des personnes âgées. Cela fait suite au besoin de convaincre les pays africains de veiller davantage au respect des droits des personnes âgées, souligne Lindley Couronne. Ainsi, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (chapitre 2), « l’État a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction ». Mais qu’en est-il vraiment ?
Personnes âgées : un groupe hétérogène
S’appuyant sur le dernier recensement, Ibrahim Koodooruth, sociologue de formation, a évoqué la situation des personnes âgées à Maurice. Malgré la pension universelle, la mise en place de structures et l’accès à la santé et la Police Family Protection Unit, il souligne l’écart qui se creuse entre les aînés et les membres de leur famille. Le sociologue parle non seulement de distance géographique, avec l’émergence de la famille nucléaire, mais aussi de distance émotionnelle. « Livrés à eux-mêmes, nos aînés se sentent seuls même pour certains vivant sous le même toit que leurs enfants et petits-enfants. » À cette perte de solidarité familiale, dit Ibrahim Koodooruth, il faut ajouter la maltraitance physique et verbale ainsi que la stigmatisation que subissent des personnes âgées. « Les vieux ne sont pas uniquement les problèmes de l’État ! C’est notre problème à tous », devait lancer le sociologue, qui considère d’autant plus que les personnes âgées forment un groupe hétérogène. « Nos aînés ne sont pas tous des assistés. Nous nous devons d’adopter une nouvelle approche en vue de les valoriser. » D’où l’importance de la mise en place d’un plan d’action leur permettant de contribuer au développement socio-économique du pays.
Farida Oodally, médecin de la santé publique, analysant l’évolution gérontologique post-indépendante du pays, est d’avis que l’amélioration des services sociaux pour les personnes âgées s’avère plus que nécessaire. « Nous devons être prêts pour accueillir plus de personnes âgées », a-t-elle insisté. Et d’expliquer : « La génération future travaillera davantage afin de subvenir aux besoins des retraités. » Farida Oodally rappelle l’importance de revoir la politique nationale à ce sujet « qu’une banque de données sur le vieillissement est plus que nécessaire ». Il est temps de trouver un moyen d’empower les personnes âgées, dit-elle. Et pour y parvenir, il faudrait « think out of the box ».
Savitree Gungaram, une habitante de Gros-Cailloux, a tenu à témoigner de son quotidien. Âgée de 75 ans, elle s’occupe encore de sa mère et travaille pour subvenir aux besoins de sa famille. Cette ancienne employée du collège Saint Andrews, à Rose-Hill, bien que reconnaissant les efforts du gouvernement, espère que d’autres seront entrepris afin de rendre plus agréable la vie des personnes âgées. « Bann zenn bizin rekonet ki enn zour zot osi zot pou vieyi », a-t-elle lancé.
La situation dans le monde
Les droits des personnes âgées est un sujet qui interpelle les Nations unies. C’est en ce sens que le Open-Ended Working Group (OWEG) a été créé en 2010 afin « d’identifier d’abord les écarts possibles sur le plan international en vue de protéger et promouvoir les droits des personnes âgées et ensuite voir comment mieux les mettre en place avec, y compris, la possibilité de nouveaux instruments des droits de l’homme tels des conventions et lois spécifiques ».
Malheureusement, fait ressortir Susheela Doobaree, secrétaire de DIS-MOI, seuls 50 États ont inscrit leurs délégués à la deuxième réunion en août dernier — soit à peine un quart de tous les États membres de l’ONU —, pointant du doigt les pays africains qui n’y étaient pas présents. Pour elle, ce manque de participation est la preuve de la négligence des droits des personnes âgées.
Grâce à la présence de Thierry Fraigneux Dimitilé, sympathisant de DIS-MOI, et de Dorinne Busolo, représentante de Help Age International, les invités ont eu un aperçu de la situation sur le continent africain et à l’île de La Réunion. Le premier nommé a fait comprendre que la situation des personnes âgées à l’île soeur ne diffère pas réellement de celle à Maurice. « Toutefois à La Réunion, il y a une pratique qui prend de l’ampleur : ceux s’occupant des membres de leur famille reçoivent une rémunération de l’État. En effet, ils se font enregistrer en tant qu’aide-soignant et touche une rémunération. Ce qui devrait être gratuit et se faire naturellement — qu’un enfant s’occupe de ses parents âgés ou malades — prend des tournures d’emploi et c’est navrant. Cela représente un danger sur le plan émotionnel », a-t-il fait ressortir. Dorinne Busolo a pour sa part rappelé que la situation en Afrique est pire qu’à Maurice : « La pauvreté, qui a contribué à la dégradation de la société, est responsable de la maltraitance envers nos aînés. »
La table ronde qui a débuté vers 16 h 20 et qui devait s’achever vers 17 h 30 a pris fin vers 18 h 30. De façon instructive, les intervenants ont exposé les divers aspects de la vie des personnes âgées. Cette initiative mérite d’être renouvelée et les remarques, partagées. Car comme l’ont souligné ceux présents : « Old is Gold ! Il est temps de prendre conscience de la contribution des personnes âgées à la société. »