Le football, selon les fondamentaux mêmes qui le gouvernent, est, à la base, une discipline collective guidée par le fair-play. S’implique donc, un comportement exemplaire, sur et en dehors du terrain. Si une large majorité des joueurs continuent à croire dans ces principes, en revanche, au niveau de nos administrateurs, on semble ne plus reconnaître ces fondamentaux. A la FIFA, comme au niveau de ses différentes fédérations nationales, les scandales ont toujours éclaboussé cette discipline. Maurice ne fait pas exception à la règle.

Vendredi après-midi, la Mauritius Football Association (MFA) a élu son nouveau comité directeur pour les quatre prochaines années. Elections sans surprise des 15 représentants issus des clubs de la Premier League, de la première et de la deuxième divisions, ainsi que des comités régionaux. Suspens, il n’en a point eu. La course était courue d’avance en l’absence d’adversaires. Ont-ils été intentionnellement mis sur la touche ? C’est la question que l’on se pose, au vu des raisons banales avancées dans certains cas, comme le non-paiement des frais d’affiliation, pour soutenir cette exclusion. Des raisons qui ne font pas honneur à notre football.

L’équipe de Samir Sobha a donc été reconduite à la direction de la MFA. Mais on peut se poser des questions sur la légitimité de cette élection. Quand six des treize comités régionaux n’ont pas eu l’opportunité de voter, cela veut tout simplement dire que la démocratie n’a pas été respectée. Rivière Noire, Moka, Vacoas/Phoenix, Beau-Bassin/Rose-Hill, Rodrigues et Quatre Bornes n’ont pas voté, alors que la moitié des clubs formant le comité régional de Port-Louis n’a pas été en mesure de le faire lors des élections régionales. A Curepipe, l’opposition n’a pas eu toutes ses chances, alors que Pamplemousses avait tout bonnement décidé de boycotter ces élections.

Certes, l’équipe élue se retrouve avec une majorité, mais cela démontre tout de même qu’il y a un profond désaccord, voire un malaise, parmi les différentes composantes du corps footballistique. Si les conflits, les clans, sont présents partout, il convient de rappeler qu’ici, il s’agit d’une discipline sportive et qu’on travaille avant tout, pour le bien des sportifs et non pour ses intérêts personnels.

Avec l’exclusion de ces six comités régionaux, c’est la base même de notre football qui est ébranlée. Car de nombreux jeunes débutent leur carrière avec leurs clubs de quartiers, aux finances pratiquement inexistantes et où le bénévolat trouve son sens le plus profond. Quel encouragement pour eux devant une telle situation ?

On peut toutefois relever une note positive dans le mouvement de solidarité qui a suivi devant cette vilaine copie que proposait la MFA de Samir Sobha. Des clubs tels que l’ASPL 2000, Chebel Citizens, l’Union Sportive Beau-Bassin/Rose-Hill ou encore l’Association Sportive Vacoas/Phoenix ont tout simplement boycotté ces élections, quitte à ne pas briguer un siège. Bravo à ces dirigeants qui ont eu au moins le courage de refuser une quelconque association à une MFA qui ressemble à tout sauf à une fédération sportive. Honte, en revanche, à ces messieurs qui n’ont pas été en mesure de résister aux sirènes de Samir Sobha.

Car en quatre ans de présidence, ce dernier n’a pas été capable de donner un nouveau souffle au sport roi. La ligue professionnelle version Georges Chung, qui ressemblait plus à un mirage, est plus que jamais au bord de la rupture. Et les résultats sportifs ? Un cinglant 0-6 face au Botswana dans la COSAFA Cup, il y a une semaine, alors que Francisco Filho faisait remarquer, avant le tournoi, que c’en était fini de ces lourdes défaites. Et que dire des 18 matchs à gommer par les équipes de la Premier League en un mois seulement ?

Comment oublier également le triste épisode des Jeux des Iles de 2015 à La Réunion faisant de Maurice la risée de tout l’océan Indien. On se souvient dans quelle condition la paire Akbar Patel et Désiré L’Enclume avait été, dans un premier temps, limogée à la mi-temps du match de la défaite (0-1) face à La Réunion, avant d’être maintenu en poste. Du jamais vu !

Voilà en somme le bilan que nous a proposé Samir Sobha et son équipe en quatre ans de règne. Un bilan mitigé et qui n’augure rien de bon pour les quatre longues prochaines années, à commencer par un sérieux challenge, dès l’année prochaine, avec la tenue des JIOI à Maurice. A moins, bien évidemment, que ses membres et lui ne parviennent à sortir du chapeau une formule magique.

JEAN-MICHEL CHELVAN