Alors que le pays se dirige vers les législatives, les différentes composantes politiques ont mis en branle leur machinerie électorale, tous devant en effet profiter d’une campagne finalement très courte pour convaincre l’électorat. Les prochains jours, nous aurons donc droit à l’habituel déferlement d’invectives, de dénonciations et d’allégations qui, somme toute, appartiennent au folklore local. De quoi raviver la flamme des électeurs traditionnellement attachés à tel ou tel parti et qui, tout comme le sont les supporters de clubs anglais, trouveront là l’occasion de se rassembler derrière une seule et même bannière sans se soucier pour autant de la composition des nouvelles équipes ni de la stratégie adoptée, seul le résultat comptant en effet à leurs yeux. Aussi suivront-ils, pour une bonne partie d’entre eux du moins, plus que probablement avec une attention toute relative les propositions lancées lors des non moins traditionnels meetings. Et c’est bien là le problème.

C’est un fait, l’électeur moyen attend des prochains occupants de l’hôtel du gouvernement que ceux-ci améliorent leurs conditions de vie, chacun plaidant forcément pour sa paroisse. Une démarche que l’on peut bien évidemment comprendre mais qui, ce faisant, a souvent pour effet de nous faire oublier l’essentiel. Nous pourrions ainsi citer à titre d’exemple le doublement de la pension de vieillesse promis par le Premier ministre sortant si d’aventure il regagnait le pouvoir mais qui, hormis la promesse en elle-même, n’a nullement développé sa stratégie pour la mettre en place sans en affecter l’économie entière. Peut-être a-t-il un plan, peut-être pas. Dans tous les cas, le peuple – et dans le cas précis, plus précisément nos aînés – est appelé à lui faire confiance, et ce sans se voir pour autant offrir une garantie.

Il va sans dire qu’il ne s’agit que d’un exemple, le plus frappant peut-être dans la conjoncture, et qu’au fil de la campagne, d’autres têtes d’affiche viendront, elles aussi, avec des mesures aux relents populistes. Aussi l’électeur de 2019 se doit-il d’être plus mesuré dans son analyse, de ne pas hésiter à questionner ceux qui entendent diriger durant les cinq prochaines années les affaires de notre République. Bref, de réfléchir ! Un exercice intellectuel qui, il faut l’avouer, semble cruellement faire défaut en période électorale. Se débarrasser des habituelles ornières offertes par les prétendants, censés nous faire entrer avec eux dans la course, n’est certes pas facile, mais c’est assurément la seule manière de voir le revers de la médaille, car revers il y a souvent, bien entendu.

La campagne, on l’a dit, sera courte, très courte. Aussi, il est vraisemblable que les discours soient plus démagogiques que jamais. Un précieux temps de parole perdu qui devrait pourtant être davantage mis à profit pour aborder les véritables enjeux de société. À commencer par la lutte contre le réchauffement climatique, l’autosuffisance énergétique et alimentaire, ainsi que la protection de l’environnement, questions qui, finalement, ne seront que vaguement apparues ces derniers jours, ou alors annoncées comme de vagues mesures dépourvues d’échéances. Alors bien sûr, nul doute que les principaux partis et alliances, en publiant leur manifeste, abordent bien l’une ou l’autre mesure environnementale, mais que l’on ne s’y trompe pas : ces dernières, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles émanent, seront sans nul doute largement insuffisantes, car il faudrait alors, en amont, revoir tout le système, celui-là même qui aura conduit au pouvoir. Chose qu’aucun parti ne concédera évidemment à faire. Impossible en effet pour eux d’imaginer un instant devoir remettre en question ces « précieux » items dont dépendent l’appareil économique et le consumérisme sous-jacent. Le trône de fer ne se gagne assurément pas en annonçant une politique aussi impopulaire que le serait, par exemple, un appel à la décroissance. Non, ce que le peuple veut, c’est d’obtenir des avantages immédiats, sans se soucier donc des moyen et long termes. Aussi, quoi que devrait leur dicter leur bon sens, c’est bien cela que leur promettront les prochains locataires de l’hôtel du gouvernement. En quelque sorte du pain et des jeux, aurait-on dit à une autre époque.

Michel JOURDAN