UMAR TIMOL

On croit écrire, entre autres, pour échapper à ce qu’on est ou pour exister aux yeux des autres mais l’écriture est un face-à-face avec la mort. Chaque syllabe, chaque lettre, chaque mot disent le refus de l’annihilation de l’être. On incruste dans la page bien plus que son corps ou son âme, on y incruste la mémoire de l’absence. Ainsi l’écriture est un combat, renouvelé à chaque instant, à chaque seconde, l’écriture est un cri, qui émane des tréfonds du temps, combat et cri, cri et combat qui sont dérisoires car on ne peut échapper à son destin. Les mots sont autant d’étincelles dans une nuit fugitive. Les livres sont autant de promesses de l’oubli. Ainsi écrire, sous le joug de cette lucidité éblouie, n’est pas céder au désespoir mais, au contraire, écrire autrement, en soi et hors de soi, en l’autre et hors de l’autre, écrire au plus proche de la mort et de ses fulgurances nous ramène au sens véritable de l’écriture et de la création. Il ne s’agit plus de communion avec soi, de quête de la reconnaissance encore moins d’esthétique, il s’agit du souffle de l’être, son empreinte, sa trace, il s’agit d’être libre face à la mort, de pouvoir s’inventer, d’engendrer une traînée d’ombres dans les cadastres de l’obscurité. Il faut donc parvenir à la vacuité des mots qui est celle de la mort pour que les mots jaillissent autrement, pour qu’on puisse parvenir au sens des mots, pour qu’on puisse écrire véritablement. L’écriture est la progéniture de la mort et la mort ne saurait être paradoxalement sans l’écriture.