ISABELLE D’ABBADIE – DI BETTA

« En Vie » aujourd’hui je suis, mais ô combien derrière moi de suicidés, dont j’ai bien failli faire partie, et devant moi, d’enfants et d’adolescents aux mille séquelles, d’alcoolisés, de drogués, illégalement ou légalement par médecine et psychiatrie (1) afin de faire taire un moment la souffrance, les angoisses, les nombreux troubles qui étranglent, dévorent corps et âmes, poignardent les entrailles et ressurgissent sans fin, tout au long de l’existence (2).
Ceux-là mêmes portent souvent en eux le poison ignoré, silencieux et ravageur de violences sexuelles dont viol, inceste et/ou pédopornographie, que j’ai longtemps porté en moi.
Poison inoculé pour la plus grande majorité dès la prime enfance, au sein d’une société complice, de manière active ou passive, de ce fléau majeur de notre humanité (3).
Le jugement récent dans l’affaire de Michel de Ravel est le reflet, hélas de l’ignorance, la complicité et/ou la participation du plus grand nombre à cette odieuse réalité.
Ce bourreau incarne le nombre étourdissant de pédocriminels sexuels (4) qui sévissent en toute liberté, de tous côtés (5).
Rien de surprenant en ce jugement, inique !
Confrontée, je l’ai été en 2007, à l’injuste justice, avec la nuance que je n’attendais pas grand-chose de la « justice » des hommes. Ce qui était important dans le processus de reconstruction, à de nombreux niveaux, était de dénoncer, officiellement, mais de manière paradoxale, j’étais psychiquement et soigneusement préparée à certains non-sens du système judiciaire, de notre société, car rares sont les pédocriminels sexuels qui sont dénoncés, condamnés.
L’humanité, tant au niveau individuel qu’institutionnel dont le système familial, éducatif, médical, religieux, judiciaire, politique…, pour ainsi dire toutes les « grandes » institutions drapées de vertus, est tristement, affreusement dotée d’une très vaste armée de pédocriminels sexuels, et d’ignorants qui ne veulent rien savoir.
Quotidiennement, ils continuent ainsi à agir, nuit et jour, perpétuant cette abomination, séculairement, silencieusement, impunément, horriblement.
Afin de sensibiliser sur les mécanismes neurologiques engagés et les moyens pour les désamorcer, loin d’une chimie délétère, qui étouffe elle aussi la vérité et éloigne d’une possible et profonde guérison, j’ai pris la parole.
Inlassablement, j’ai parlé, voilà une douzaine d’années, au plus grand nombre dont des professionnels de la Santé et de l’Enseignement. Je n’ai récolté qu’incrédulité et mépris au-delà d’une toute petite poignée dont une doctoresse et une psychologue, plus récemment, digne de leur titre, de leur humanité.
Mes paroles affolent, fatiguent, ennuient, dérangent … si précieuses pourtant elles pourraient être, si elles prennent vie, si elles changent un peu l’ordre établi, ce chaos bien costumé.
Alors je me suis tue. Sans pour autant arrêter de combattre, autrement.
Mais il y a peu, « Écris … » m’a été une nouvelle fois murmuré.
Qu’ai-je à dire ?
J’ai compris, qu’hormis le cours de ma Vie, je ne pouvais rien changer, si naïve que je fus, si petite que je suis face à cette humanité au service de l’ego, l’argent, le pouvoir, et le viol, perpétué par des hommes et des femmes sur de petits êtres dont certains n’ont pas encore soufflé leur première bougie (6).
Que faire donc si ce n’est me taire ?
Néanmoins ce soir, pour écouter malgré tout ce murmure, une nouvelle fois, j’ai pris ce carnet, joli, et ce crayon, joli, l’Homme sachant encore créer un peu de Beauté, faute d’avoir su préserver la sienne, Originelle, et protéger son essence, Divine.
J’ai donc écrit quelques lignes, soufflées, qui peut-être m’aideront à comprendre ce qui me reste à faire.
Aujourd’hui, il est opportun de partager ces quelques lignes, au nom des victimes, de mon histoire, de ma guérison que j’ai acquise bien singulièrement lors des 20 dernières années avec persévérance, patience, force et courage, contre cyclones et ouragans intérieurs et extérieurs. Et surtout, loin des psychiatres et psychologues (7) à l’ombre de l’ignorance, de l’incompétence et de la toute-puissance auxquelles j’ai été livrée avec mon linceul, dans les services des dits plus grands hôpitaux parisiens (8).
Affranchie, je le suis, de tout bourreau, de toutes drogues légales et illégales, de cette hideuse réalité et ses conséquences, qui ont bien failli m’engloutir. JE SUIS.
À toutes les victimes, n’ayez plus peur, vous pouvez également y parvenir (9).
À tous, ouvrez les yeux, protégez, écoutez et défendez vos Enfants, les Enfants, Tout Enfant, première pierre de leur reconstruction.
Et, sur ce chemin de Vie, honneur et reconnaissance à ceux, trop peu nombreux qui, avec sincérité et éthique, se battent et se battront pour la Vérité, la Justice, la Protection et le juste accompagnement des victimes, la connaissance des conséquences physiques, psychologiques, comportementales et neurologiques de ce fléau dévastateur dont dissociation, mémoire traumatique et amnésie traumatique (10).

(1) Via antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques, benzo, psychostimulants…
(2) Cf. entre autres, Les conséquences des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte. Déni de protection, de reconnaissance et de prise en charge. Enquête nationale auprès des victimes. Association mémoire traumatique et victimologie, mars 2015.
(3) Bien consciente néanmoins qu’il y a d’autres fléaux fort ravageurs également, dont la maltraitance physique et psychologique, banalisée, des enfants.
(4) Le terme pédophile habituellement utilisé pour définir un pédocriminel sexuel est étymologiquement un abus de langage.
(5) 94 % des violences sexuelles sur mineurs sont commises par l’entourage proche des victimes : un membre ou un ami de la famille, un professeur, un éducateur, un religieux…. Colloque AFPSSU 2016.
(6) Colloque « Protéger les enfants du tourisme sexuel » – 1997, que j’ai couvert pour l’un des plus « prestigieux » quotidiens français qui m’a alors demandé de taire certains faits dans l’article que j’avais écrit à l’issue de ce colloque, insoutenable. Mon premier papier rédigé, publié, j’ai mis un terme à cet avenir journalistique qui se dessinait pour moi, bouleversée par l’obscure réalité de la désinformation rencontrée, au sein de cette institution, au service de l’information.
(7) Hommage ici à Muriel Salmona, psychiatre éclairée, spécialisée en psychotraumatologie et victimologie qui fait tant pour cette cause (Voir son récent ouvrage « Le livre noir des violences sexuelles », Dunod, 2018), Arielle Adda, psychologue de grande valeur et Paula Lew-Fai, docteur en psychosociologie, tant hors-norme qu’éveillée, qui m’a invitée à partager ces lignes.
(8) Ce sont de nombreux psychiatres et psychologues consultés pendant mes dix ans d’errance morbide avant ma reconstruction qui les ont démontrées autant que ceux consultés par les familles et personnes en souffrance auxquelles j’ai pu apporter un soutien.
(9) Cf. Trauma et résilience, victimes et auteurs (coll), Dunod 2012. Où comment soigner la mémoire traumatique permet aux victimes de se reconstruire, aux auteurs de renoncer à la violence, et évite la production sans fin de nouvelles violences.
(10) Processus neurobiologique qui permet à la victime de survivre à son insoutenable réalité, identifiable par IRM. Cf. les travaux de M. Salmona. Par ex. « Inceste, Viol : Comment fonctionne la mémoire traumatique ? ». Sidération, indifférence apparente, difficultés d’apprentissage, conduites à risque et addictives, violences à nouveau subies ou agies… Elle explique dans cet article les conséquences psycho traumatiques des violences sexuelles sur les enfants et les mécanismes de réparation possibles, même des années plus tard.