À quand un Macron mauricien, se demande-t-on depuis l’élection à la présidence française d’Emmanuel Macron dimanche dernier. Eh bien, le Macron mauricien n’est pas encore apparu sur le radar du paysage politique mauricien ! Certains ont déclaré timidement leurs ambitions alors que d’autres pensent qu’ils sont déjà en marche ! Il y a eu des tentatives avant la lettre lors des élections de 2014, mais qui ont tous échoué. C’est dire qu’une telle ambition ne se décrète pas! Mais entendons-nous : Macron et son En Marche devraient être davantage une source d’inspiration qu’un modèle à plagier!
Il faut être conscient du vaste et intense chantier qui a été lancé et développé depuis près de deux ans par E. Macron et son mouvement En Marche qui n’existe que depuis un an. Derrière la victoire historique à plus d’un titre, il faudrait prendre la pleine mesure de ce qui a été fait tant au niveau de la réflexion que sur le terrain. Macron et son mouvement sont des « défricheurs » de l’avenir au présent. Au-delà des législatives, enjeu politique majeur pour obtenir une majorité présidentielle, un des défis, si ce n’est le défi, du président Macron serait de mettre en oeuvre une politique concrète pour soulager dans un premier temps les souffrances des « damnés de la mondialisation » pour faire écho aux « damnés de la Terre » de Frantz Fanon. L’extrême droite se nourrit de cette souffrance et n’a comme offre politique que le repli et la haine en exploitant les colères et les peurs des « damnés de la mondialisation ». Il s’agit maintenant pour le président Macron de rassembler pour redonner espoir afin de reconstruire. Demain ne sera pas construit avec les recettes d’hier. L’heure est au rassemblement de toutes les forces progressistes pour imaginer, inventer, innover, et trouver les solutions porteuses d’avenir. Dans ses premiers discours en tant que président nouvellement élu, il a pris l’engagement de tout mettre en oeuvre pour qu’une partie des citoyens n’ait plus de raison de soutenir les extrémismes dans cinq ans. Il y a un temps pour tout. Pour E. Macron, c’est maintenant le temps de la mise à l’épreuve!
Dans le contexte mauricien, si l’on croit les sondages, le plus grand parti est constitué d’abstentionnistes. L’historien Jocelyn Chan Low a, dans une excellente interview dans Mauritius Times de vendredi dernier, dessiné les contours du paysage politique mauricien et les nouvelles dynamiques qui l’animent. Comme lui nous pensons qu’il y aurait de l’espace pour une nouvelle force politique sur l’échiquier politique mauricien, comme Macron l’a démontré en France. Ceci dit, il n’est pas nécessaire d’insister sur le fait que l’histoire politique mauricienne, avec sa culture, ses pratiques et symboles, n’est pas la même que celle de la France. Le système politique aussi est différent, avec à Maurice une démocratie parlementaire où un Premier ministre concentre beaucoup de pouvoirs, mais n’est pas élu au suffrage universel au niveau national. À Maurice, la Présidence est honorifique et symbolique. Il y a d’autres différences dont le Macron mauricien et son En marche devront tenir compte et intégrer dans leur démarche.
On retrouve des dynamiques similaires en France et à Maurice sur la défiance vis-à-vis de la classe politique et des hommes et femmes politiques, d’un système politique qui se reproduit avec les mêmes dans un jeu de permutation-combinaisons et qui entraînent un divorce grandissant entre les citoyens et cette classe politique. La fracture élites/peuple est aussi une réalité. Pour que le Macron local émerge et s’affirme, il lui faut développer et proposer une nouvelle offre politique responsable faisant le pari sur l’intelligence du coeur et de la raison tout en étant audacieux.
Ici à Maurice comme en France, la question de l’offre politique est au coeur du débat, où on trouve aussi le souhait d’un réel renouveau. Il y a eu au moins cinq offres lors des élections présidentielles françaises. L’offre Macron au premier tour a fait 24 %. Les résultats du second tour ont confirmé que le front républicain de 2002 n’existe plus car on constate un éclatement du paysage politique français. La mondialisation présentée comme étant “heureuse” s’est révélée être une mondialisation de souffrances et de désespérances qui génèrent peurs et angoisses. Les offres politiques pour les présidentielles étaient autant de « réponses » pour sortir de la crise, pour avancer, progresser et aussi s’engager résolument dans la reconstruction de la société française de demain. Au coeur du débat en France sur le modèle social et une économie novatrice, forte et compétitive sont venus s’inviter l’écologie et le continent numérique à conquérir de même que l’avenir du travail.
À Maurice se pose la question de la pertinence des offres politiques existantes eu égard aux graves enjeux et défis que notre société doit relever et de l’espace qui existerait pour une autre offre. Une chose est sûre : le Macron mauricien aura du pain sur la planche pour exploiter les faiblesses des forces existantes et se positionner comme pouvant avec son mouvement incarner l’espoir de la société d’aujourd’hui et de demain pour une majorité de citoyens mauriciens. L’éventuel Macron mauricien devra se décider de commencer à faire ses premiers pas pour mettre en marche son mouvement. Pour cela, il va falloir « lev boner, dormi tar ».