Plateforme innovante se donnant pour objectif de promouvoir un régime alimentaire plus sain, Earth Markets Mauritius, qui fait partie d’un réseau mondial de marché d’agriculteurs respectant la philosophie du Slow Food, s’est implanté chez nous il y a trois ans. « Nous étions déjà sur le terrain deux ans avant et, ensuite, la demande de produits sans pesticide a été bien au-delà de notre attente. Les consommateurs sont bien plus conscients aujourd’hui que leur santé est liée à ce qu’ils mettent dans leur assiette », selon Hoozla Ramoly Sookia, Project Developer. C’est ainsi que Earth Markets Mauritius se donne pour mission d’encourager les petits planteurs à se tourner vers la culture sans pesticide tout en les accompagnant dans cette démarche. Par ailleurs, en accédant à Earth Markets, le planteur est tenu de vendre ses fruits et/ou légumes directement aux consommateurs.
Accéder à des aliments bons, propres et justes de son endroit et réduire la chaîne alimentaire. C’est l’idée derrière Earth Markets Mauritius. Laitues, carottes, oignons, betteraves, choux, radis, aubergines et épinards comme légumes; mangues, avocats, letchis, tamarins, brèdes mouroum et fruits à pain comme fruits; miel, thé, yaourt et fromage… Tels sont, entre autres, les produits que cultivent les petits planteurs membres d’Earth Markets.
« J’ai commencé par promouvoir le Slow Food il y a cinq ans, un mouvement international qui a pris naissance il y a 30 ans pour combattre le Fast-Food et qui a pour principes le bon, le propre (des méthodes de production qui ne nuisent pas à l’environnement ni à la santé humaine) et le juste. Le juste, dans le sens où il faut protéger les petits planteurs car, autrement, avec le Fast-Food et la production à grande échelle, ils finiront par disparaître. Le juste renvoie aussi à des prix accessibles pour les consommateurs », explique Hoozla Ramoly Sookia.
Depuis trois ans, Earth Markets Mauritius travaille avec des producteurs, des consommateurs et des jeunes à Maurice et à Rodrigues en vue de créer « l’effet boule de neige dans l’offre et la demande pour réglementer » les prix. « L’idée est : qu’importe le pouvoir d’achat, tout le monde a droit à une nourriture saine. » C’est dans cette perspective que l’organisation se donne pour mission d’accompagner les planteurs et de responsabiliser d’autre part les consommateurs. En effet, fait ressortir notre interlocutrice, « si les consommateurs recherchent des aliments qui sont bons pour leur famille, le message atteindra les producteurs, qui vont devoir satisfaire cette demande ». Elle souligne par ailleurs que pour accéder à Earth Markets Mauritius, le producteur se doit de respecter une condition : il ne doit pas y avoir d’intermédiaire entre le consommateur et lui. L’avantage : « Cela génère plus de traçabilité. »
Toujours dans l’esprit d’offrir de la visibilité aux petits planteurs et d’emmener leurs produits sans pesticide au public, Earth Markets Mauritius vient d’organiser sa 8e foire à Solitude samedi dernier. De précédentes éditions ont eu lieu à Tamarin, Grand-Baie et Trianon (Shoprite), entre autres, où ce dernier lieu a connu un grand succès. Si l’idéal, pour l’organisation, serait d’organiser de telles foires sur une base régulière dans des centres commerciaux, qui en ont d’ailleurs fait la demande, Earth Markets Mauritius est confronté à deux contraintes : pas assez de producteurs pour l’heure et « un changement dans la loi qui réglemente quand on peut organiser de tels marchés ». Toutefois, avec le nouveau soutien de la Smeda et de la FAREI, Hoozla Sookia espère que cela prendra moins de temps avant d’obtenir le permis des municipalités et conseils de district pour de telles foires.
A aussi été lancé le Community Earth Market, qui consiste à regrouper des planteurs d’une localité pour une foire, à l’exemple des membres de Lakaz Espoir, de Caritas, la semaine dernière et qui sont venus vendre le surplus de leurs légumes à la foire de Solitude. « Nous sommes en train de recruter plus de producteurs en vue de les accompagner dans la culture de produits sans pesticide et pour qu’il y ait plus souvent de foires publiques. »
Mais comment le consommateur peut-il être certain que les produits sont sans pesticide ? « Il y a une déclaration du planteur et le suivi d’un cahier des charges. On suit le cahier des charges du FAREI. De plus, nous nous réservons le droit d’effectuer un test sur les produits. Les planteurs savent que quand ils viennent, on peut faire un test de résidus. Quand cela nous est arrivé de faire des tests, les résultats allaient de pair avec la déclaration des planteurs. De plus, Maurice est petite. On sait qui respecte et qui ne respecte pas », soutient Hoozla Ramoly Sookia, avant d’ajouter : « Nous avons la chance d’avoir des planteurs honnêtes. Ils viennent eux-mêmes dire qu’ils sont en train d’utiliser des engrais chimiques et qu’ils ne font pas d’agriculture raisonnée. Même s’ils ne peuvent pas vendre encore sous notre organisation, on les accompagne dans leur conversion. » Quel avantage pour le planteur de se tourner vers le bio ? « Il n’y a pas que la santé des consommateurs qui est en jeu avec les pesticides. Il y va aussi de celle des planteurs. Nous en avons rencontré plusieurs qui utilisaient des pesticides sans cahier de charges, de manière illimitée. Ils sont conscients des risques sur leur santé mais ils ont des contraintes : un manque d’informations sur la manière de changer et il s’agit de leur gagne-pain. » Notre interlocutrice fait état aussi d’une résistance chez certains planteurs. « Nous avons deux soucis : les jeunes, en général, ne veulent pas prendre la relève et, de l’autre côté, lorsque certains jeunes sont intéressés par la culture sans pesticide, leurs parents les découragent. Pour eux, il est plus facile de continuer avec les pesticides. Donc, notre tâche est d’accompagner ces jeunes et de les aider à garder leur vision de produits sans pesticide. »
Earth Markets compte à ce jour quelque 25 petits planteurs membres, cultivant sur des terrains de superficies variées, allant de 25 m2 à un arpent. « C’est le producteur qui gère son petit commerce. Nous n’avons rien à voir avec les bénéfices et nous ne mettons pas de “mark-up”. Le producteur doit juste payer un frais d’accès de Rs 500. Pour certains, comme les collèges et les Ong, c’est gratuit. » Selon Hoozla Ramoly Sookia, si les produits sans pesticide sont réputés très coûteux, « nous avons démontré à travers nos foires que les prix sont très accessibles », concluant : « Il y en a qui sont légèrement plus chers, mais ils demeurent accessibles. »