Le week-end dernier a été marqué par deux crimes passionnels l’un plus atroce que l’autre. Dans le premier cas enregistré samedi après-midi, l’époux meurtrier, Asish Taukoordyal, âgé de 36 ans, habitant Gaudray, Eau-Coulée, est passé aux aveux dans le meurtre de son épouse, Bahanoomatee Taukoordyall, aussi connue sous le nom de Deepa, âgée de 33 ans. Le meurtre aurait été commis entre le 6 et le 8 janvier. La dépouille de la victime, découpée au grinder en trois morceaux, et placée dans deux sacs en raphia, a été découverte, samedi, par des limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT), dans un ravin à côté de la montagne Trois-Mamelles. À cité Argy, Flacq, un autre drame passionnel s’est joué avec une jeune fille de 22 ans, Géraldine Rose, agressée mortellement à l’arme par son ex-petit ami, Thierry Agathe, âgé de 22 ans. Après avoir pris connaissance des conséquences de son acte de folie, celui-ci a tenté de se suicider. Il a été admis à l’hôpital de Flacq sous surveillance policière.
Depuis samedi après-midi, les hommes du chef inspecteur Rugbur et de l’inspecteur Ranjit Johkoo mettent au point le puzzle de la disparition de Deepa Taukoordyal, signalée une première fois à la police d’Eau-Coulée par la mère de la victime, Jayantha Ramlochun, dès le 9 janvier, et confirmée par une déposition en bonne et due forme le 19. Si lors d’un premier interrogatoire au poste de police d’Eau-Coulée le dimanche 19, le suspect Asish Taukoordyall avait nié toute information ou implication dans la disparition de son épouse en début d’année, il devait collaborer avec les enquêteurs de la MCIT pour récupérer les restes de son épouse débarrassés dans un ravin à Trois-Mamelles.
Dans la matinée, l’époux-meurtrier, qui était déjà retourné sur les lieux du crime à Eau-Coulée, hier, pour récupérer l’arme du crime, un grinder, a comparu devant le tribunal de Curepipe pour son inculpation provisoire du délit de meurtre avec préméditation. Placé en cellule policière à l’Alcatraz Detention Centre depuis samedi après-midi, il doit subi cet après-midi une séance d’interrogatoire formelle sous enregistrement vidéo sur les circonstances et le déroulement de ce drame conjugal commis dans des conditions atroces et maquillé en disparition.
Toutefois, des premiers éléments d’informations divulgués par le suspect aux enquêteurs de la police depuis son arrestation permettent d’élucider les zones d’ombre dans ce drame conjugal. En attendant le rendez-vous formel de cet après-midi, Asish Taukoordyall, employé en tant qu’agent de sécurité par la firme Coroi, avoue avoir pris la décision d’agresser mortellement sa femme parce qu’il n’acceptait pas le fait que cette dernière aurait « entraîné » son jeune fils de douze ans dans son aventure extraconjugale présumée avec un membre de la force policière.
« Mo pa ti aksepte ki mo madam amenn mo zanfan akot sa lot dimounn-la », a répété l’époux-meurtrier pour expliquer son geste criminel. Dans sa version des faits, il soutient que son épouse, qui avait quitté le toit conjugal depuis du 1er janvier au 5 janvier, en prenant son fils avec elle, aurait été logée par ce policier « ki ti long, brin, seve bien kourt ek ki ti inpe aze » dans un appartement à Curepipe portant le numéro D 5 dans les parages de KFC.
Deepa Taukoordyall, qui avait regagné son domicile dans la matinée du 5, était partie le lendemain pour un rendez-vous pour chercher du travail chez Surat, entité engagée dans le commerce de fruits, légumes et fleurs. Une des pistes privilégiées par les enquêteurs de la MCIT est que le crime aurait été commis dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 janvier, soit au retour de la femme de ses démarches pour un job. En parallèle aux aveux annoncés du suspect, le tandem Rugbur/Johkoo s’appuie sur des détails fournis par le fils de la victime dans sa première déposition à la police d’Eau-Coulée le 19.
À son réveil, un matin au début de la semaine du 6 janvier, le fils avait cherché après sa mère, qui était introuvable dans la maison, située rue Gautray, Eau-Coulée, tout en confirmant que cette dernière était rentrée à la maison le 6 vers les 18 heures. « Mo ti leve vers les 6 zer di matin. Kan mo ti leve, mo pa finn trouv mo mama. Mo ti al rod li partou dan lakaz me mo pann trouv li. Vers les 6 zer edmi gramatin, kan mo papa ti sorti depi so travay ek ki li ti rant lakaz, mo finn dir mo papa ki mo mama pa dan lakaz. Lerla, mo papa inn dir mwa pa pran traka mama. To mama inn al refer so lavi… », a déclaré cet enfant à la police tout en ajoutant qu’il avait vu sa mère personnellement pour la dernière fois en début de soirée du lundi 6 janvier.
Tout indique que le véritable drame s’était joué entre la nuit du 6 et du 8 janvier car le suspect a initialement indiqué à la police d’Eau-Coulée qu’au retour de son épouse et de son fils à la maison le 5 janvier, il avait cherché des explications auprès de son épouse au sujet de ses Wherabouts entre le 1er et le 5 janvier. Il conteste la version de la mère de la victime que pendant toute cette période son épouse et son fils étaient hébergés à Hollyrood chez celle-ci.
« Mo ti aprann ki Deepa inn pran mo garson e ki zot inn rest dan enn lapartman avek enn misie. Monn kestionn Deepa apropo sa e Deepa inn dir mwa ki li kontan enn lot misie ek ki, li pou kit mwa li pou al refer so lavi avek sa misie-la (…) So landime, mo pa ti trouv Deepa ek mo garson ti dir mwa ki so mama pa lakaz », a déclaré le suspect au sujet de cette séquence des faits. Au cours de cette période, l’épouse, le fils et l’amant présumé auraient même assisté à une projection du film Dhoom 3 au cinéma Novelty lors de la séance de 16 heures du 4 janvier.
Avec la reconstitution des faits formelle prévue probablement pour demain au domicile des Taukoordyall, le suspect devra confirmer que lors de cette virulente dispute entre son épouse et lui, il aurait étranglé Deepa Taukoordyal. Quand il aura constaté que son épouse, qui avait déjà bénéficié d’un Protection Order de la Cour, était sans vie, il aurait dissimulé son cadavre dans une partie de la maison pour ne pas éveiller des soupçons en attendant de pouvoir se débarrasser de cette preuve accablante de son crime. Néanmoins, l’examen post mortem pratiqué, hier, par le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, arrivait difficilement à établir avec précision les causes du décès en raison de l’état de la dépouille.
Dans la nuit du drame, Asish Taukoordyal aurait pris la décision de jeter le cadavre dans un ravin à Trois-Mamelles. Il avait une première difficulté à résoudre : transporter le cadavre sans se faire remarquer. Très tôt dans la matinée, il s’était rendu dans un centre commercial pour acheter deux sacs en raphia et également un grinder en vue de procéder au découpage du corps de son épouse pour pouvoir accommoder les parties du corps dans les deux sacs et en particulier les pieds. Il a également loué une voiture de la marque Nissan de couleur verte, qui a été saisie par la police à des fins d’enquête samedi.
Au sein de la famille de la jeune femme, la nouvelle du meurtre de Deepa Taukoordyal a jeté un véritable désarroi même si l’on savait très bien que les relations au sein de ce couple n’était pas au beau fixe. La mère de la victime, Jayantha Ramlochun, inconsolable, se rappelle encore de ce dernier appel téléphonique avec sa fille avant qu’elle ne soit portée disparue.
« Kan mo ti apel mo tifi, li ti dir mwa linn retourn lakaz, kot li Eau-Coulée. Li ti dir mwa landime li pou koumans travay kot Surat, inportater frwi ek legim. Li ti paret inpe strese… Sa mem dernye fwa, mo finn koz ar mo tifi Deepa », ajoute la sexagénaire encore accablée par le drame.
L’enquête policière se poursuit avec l’interrogatoire du meurtrier présumé et la vérification d’une série d’appels téléphoniques entre les différents protagonistes entre le 5 et le 8 janvier.