L’île Maurice est en état d’alerte, bien qu’aucun cas d’Ebola n’ait été détecté à ce jour. C’est ce qui a été décidé sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suite à l‘épidémie de la fièvre mortelle Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest. Outre l’atelier de travail de jeudi dans les locaux de l’aviation civile, l’expert de l’OMS, le Dr Wilson Gachar, est attendu demain après-midi pour valider, à la demande des autorités mauriciennes, l’ébauche du National Preparedness Plan contre l’épidémie. Il animera mardi un atelier de travail dans la zone d’isolement à l’hôpital de Souillac.
À Maurice, les autorités, par le biais de la Santé, se veulent prévoyantes. Le mot clé pour prévenir toute infection, voire une épidémie, d’Ebola est la vigilance, insiste le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo. Face à la situation très préoccupante au niveau mondial, Ajay Nundoochan, officer in chargede l’OMS, a rappelé dans son intervention jeudi que le risque est bien réel avec le mouvement des passagers de par le monde.
Ainsi, en signe de prévention, hormis lesguidelinesdistribués au personnel clé de l’aéroport et du port, notamment aux Catering, Customs, Health, Personnel, Duty Free Shops, Police and Security Officers, Aircraft Cabin Crew, Aircraft Cleaning Personnel and Ground Personnel, le Dr Wilson Gachar débarque à Maurice pour finaliser le plan de préparation pour contrer tout risque d’infection.
12 isolation wards à Souillac
Lesprincipales composantes de ce National Preparedness Plan comprennent les aspects de «Response, Planning and Coordination» des autorités à la traque du virus à l’intérieur de nos frontières, le Border Control, la surveillance des passagers débarquant de l’étranger, l’Hospital Preparedness, le Laboratory Preparedness et la communication. Ce rapport ne sera rendu public qu’après les consultations avec le représentant de l’OMS, basé au Kenya.
Dès mardi, un atelier de travail se tiendra à l’hôpital de Souillac. Le centre hospitalier a été désigné comme zone d’isolement en cas de confirmation d’un premier cas. Tout un palier a été réservé à cet effet. Il comporte une salle d’isolation, deux salles de douze lits dont six réservés aux patients hommes et six aux patients de sexe féminin, ainsi qu’un  laboratoire pour effectuer des analyses.
Il faut savoir qu’en cas de décès d’un patient, la famille n’aura aucun droit sur la dépouille pour éviter la transmission du virus. Ce sera aux autorités de se charger des funérailles. À Maurice, Lormus Bundhoo a indiqué que des burial places ont déjà été identifiés. Le protocole a été mis en place avec les responsables du Disaster Committee chapeauté par le Bureau du Premier ministre (PMO), également chargé de la sécurité intérieure.
À ce jour, Ebola a affecté quatre pays de l’Afrique de l’Ouest : la Guinée avec 506 personnes touchées dont 373 décédées, la Liberia a enregistré 599 cas dont 323 morts, la Sierra Leone 730 cas dont 315 décès et le Niger, pays le plus peuplé du continent africain, avec 13 personnes atteintes dont deux mortes.
En parallèle, le ministère de tutelle a passé une commande d’une quarantaine de thermomètres infrarouges qui seront distribués aux Health Surveillance Officers (HSO). D’ailleurs, le ministère a déjà procédé, à travers la Public Service Commission (PSC), au recrutement d’environ 75 HSO pour renforcer son effectif.
Ces derniers auront droit à des formations et des crash coursespour qu’ils puissent reconnaître et détecter des patients potentiellement porteurs du virus. Ils seront principalement chargés de surveiller des passagers venant des pays infectés et ayant foulé le sol mauricien durant les 21 jours suivant leur arrivée. Il faut savoir que ce virus a une période d’incubation de 2 à 21 jours et ne peut se manifester qu’après ce délai prescrit.
Exercice de simulation au port
Les symptômes sont l’apparition brutale de fièvre, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des céphalées et l’irritation de la gorge sont des signes et symptômes typiques. On observe ensuite des vomissements, une diarrhée, une éruption cutanée, des troubles de la fonction rénale et hépatique et, dans certains cas, des hémorragies internes et externes.
De plus, précise le ministre, des exercices de simulation seronteffectués dans les jours qui viennent tant au niveau de l’aéroport que celui du port. Ces exercices serviront à mettre en application le protocole établi en cas d’infection d’un passager. Lormus Bundhoo a insisté sur le statut évolutif du protocole dépendant de l’évolution du virus.
Après l’atelier de travail qui a duré plus de 3 heures, une visite a été organisée en vue de constater de visu les dispositifs mis en place pour détecter de potentiels cas d’Ebola. Dans un premier temps, une fois débarqués, alors qu’ils sont toujours dans la file d’attente, des officiers vérifient les passeports des passagers et les interrogent pour savoir s’ils ont récemment visité un pays d’Afrique de l’Ouest. Après avoir passé le guichet de l’Immigration, les passagers sont screenedà travers une caméra thermique, installée à hauteur d’un comptoir du Sanitary Health Control. Cette caméra détecte la chaleur du corps des passagers dans le couloir précédent les guichets des comptoirs des officiers du département sanitaire. Au casoù un passager affiche une température au-dessus de 38 degrés Celsius, la caméra enverra un signal sur un écran d’ordinateur et il sera interpellé. De plus, les officiers du Sanitaire sont chargés de contrevérifier les déclarations faites par les passagers sur une feuille jaune les pays qu’ils qu’ils ont récemment visités et s’ils souffrent d’éventuels symptômes. Une deuxième caméra thermale devrait incessamment être installée.
Toutefois, Maurice n’a pas encore pris de décisions aussi drastiques que les Seychelles en matière de lutte contre le virus Ebola. En fin de semaine, les Seychelles ont en effet imposé, et ce avec effet immédiat, l’obtention d’un visa avant d’être autorisé à entrer dans l’archipel. Cette mesure ne s’applique pas seulement aux ressortissants des pays où le virus Ebola a été confirmé, mais aussi aux pays qui bordent les États touchés et d’autres dans la région. La liste de pays dressée par les autorités seychelloises comprend la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Congo, la RDC, la Gambie, la Mauritanie et le Sénégal.
Par ailleurs, comme on ignore encore l’origine d’Ebola et que les experts internationaux notamment ceux de l’OMS considèrent que, sur la base des données disponibles, les chauves-souris frugivores (Ptéropodidés) en sont les hôtes probables, Lormus Bundhoo a demandé que des tests sanguins soient effectués au plus vitesur les chauves-souris mauriciennes. Ces dernières sont en surnombre et sont actuellement des espèces protégées.
Risque de transmission
Des analyses sont faites chaque année en septembre et les échantillons recueillis sont envoyés à l’étranger car, selonune source, Maurice ne dispose pas du cadre nécessaire. À cet effet, une réunion devrait incessamment avoir lieu entre la Santé et l’Agro-industrie. Jusqu’ici, il a été conclu que les chauves-souris ne représentaient aucun danger.
À l’heure des questions, un représentant de la douane a demandé s’il y avait risque de transmission à travers la sueur déposée sur des bagages aux bagagistes. Le directeur de la Santé, le Dr Ram Nundlall, a indiqué que le port de gants est recommandé. À la question de savoir si des chiens renifleurs sont à risques, le Dr Nundlall a affirmé n’avoir aucune information à ce sujet. S’il précise que le premier cas d’Ebola en Guinée a été transmis de l’animal à l’homme, avant de se répandre de l’homme à l’homme, il soutient ne pas êtreen mesure de répondre s’il se transmet de l’homme à l’animal.
Pour rappel, selon l’OMS, la maladie à virus Ebola (auparavant appelée fièvre hémorragique à virus Ebola), est une maladie grave, souvent mortelle, dont le taux de létalité peut atteindre 90%. Elle touche l’homme et les primates (singes, gorilles et chimpanzés).Elle est apparue pour la première fois en 1976, lors de deux flambées simultanées, l’une dans un village près de la rivière Ebola en République démocratique du Congo et l’autre dans une zone isolée du Soudan.
L’infection se produit par contact direct (par la peau lésée ou les muqueuses) avec le sang, les liquides biologiques ou les sécrétions (selles, urines, salive ou sperme) des sujets infectés. C’est aussi le cas si la peau lésée ou les muqueuses d’un sujet sain entrent en contact avec des objets contaminés par les liquides infectieux d’un malade, comme des vêtements et du linge de lit souillés, ou des aiguilles usagées.