Véronique Zuel, Jean-Michel Ringadoo et l’Ensemble à cordes 415, animé par Guy-Noël Clarisse, ont fait un séjour éclair au Ghana fin juillet pour donner deux concerts, dont un dans la capitale. Une expérience enrichissante à tout point de vue dans un pays où la musique classique est le plus souvent une découverte. Elle a été marquante cette fois-ci.
Le séjour de l’ensemble à cordes 415 et des chanteurs  Véronique Zuel et Jean-Michel Ringadoo au Ghana s’est décidé de la manière la plus ingénue possible. Un avocat ghanéen, Alexandre Koffi, s’est mis un jour en tête l’idée d’apporter la musique classique dans son pays. Il en parle autour de lui, fait des recherches sur YouTube et tombe sur Opera Mauritius, qu’il s’empresse de contacter. Doté de moyens conséquents et d’autant d’enthousiasme, il contacte Paul Olsen en lui demandant s’il peut envoyer un orchestre symphonique pour concert sur la rive atlantique du continent.
Le fondateur d’Opera Mauritius lui propose ce qu’il a, à savoir un orchestre de chambre, l’Ensemble 415, ainsi que la soprano Véronique Zuel et le ténor Jean-Michel Ringadoo. L’intégralité du voyage et du séjour a été financée par leur hôte. Nos musiciens ont donné un premier concert le 21 juillet à Kumasi, deuxième ville ghanéenne en région Ashanti, puis ont enchaîné dès le lendemain par un autre concert dans la capitale, Accra, où l’orchestre national symphonique les a rejoints pour le final.
Les artistes mauriciens ont été impressionnés par l’accueil extrêmement chaleureux qu’ils ont reçu, y compris lors de la conférence de presse à laquelle 30 journalistes ont participé ! Ils ont d’ailleurs accordé de multiples interviews pendant tout leur séjour, ce qui laisse penser que la musique classique peut créer l’événement au Ghana. Les pratiques musicales dans ce pays sont essentiellement liées à la musique traditionnelle, aux choeurs très nombreux, qui se produisent généralement dans un contexte religieux, et à la danse. L’orchestre national a été créé par le premier président du Ghana indépendant, Kwame Nkrumah. Lorsque ce dernier a été renversé, l’orchestre a ensuite vivoté, se tournant progressivement vers les musiques traditionnelles, qu’il interprète avec ses instruments classiques.
Petit et grand ensembles…
Si le concert de Kumasi était modeste, celui d’Accra s’est déroulé dans la plus grande salle du pays, sur trois niveaux, avec fosse d’orchestre, devant environ 800 personnes. De l’avis des musiciens, ce public a vibré en symbiose avec eux, même s’il ne connaissait pas particulièrement les morceaux proposés. L’Ave Maria de Schubert a tellement plu qu’à la demande générale à l’entracte, ils l’ont joué à nouveau en deuxième partie. Composé de 30 instrumentistes, l’orchestre national ghanéen a joué seul en première partie avant de céder la place à l’ensemble à cordes et aux chanteurs mauriciens. Il est revenu sur scène pour le final en intégrant l’Ensemble 415 dans ses différentes sections, Véronique Zuel et Jean-Michel Ringadoo, pour interpréter le Brindisi de la Traviata, une expérience totalement novatrice pour les Ghanéens.
La pianiste de l’ensemble à corde, Marie-Christine Clarisse, voit dans ce séjour, le premier du genre pour elle sur le continent africain, comme « une expérience humaine extraordinaire ». Poursuivant actuellement son doctorat en musicologie en Chine, elle attendait avec joie le moment de retrouver son ensemble à cordes. « En plus, jouer dans un pays étranger, où nous avons vécu 24/24h les uns avec les autres, a considérablement consolidé nos liens. J’ai adoré collaborer avec Véronique Zuel et Jean-Michel Ringadoo pour la première fois. Nous avons un large répertoire commun, et cette expérience devrait nous pousser à aller encore plus vers d’autres artistes, pour rompre l’isolement dans lequel nous avons tendance à travailler. » La pianiste du 415 a été impressionnée par la réception que le public d’Accra a réservée à leur concert. « Le public était avec nous, la vibration musicale passait très bien. »
Le partage avec les musiciens ghanéens était un passage incontournable qui a fait toute l’authenticité de ce séjour très court. « Pour résumer, on dit souvent que la musique classique est universelle, mais il existe beaucoup de barrières dans la pratique, que l’on érige sous des prétextes variés, la jugeant ou inaccessible ou héritée de la colonisation. Cet échange nous montre que le simple fait de jouer devant un public abolit immédiatement ces barrières grâce à la sensibilité du public et au fait que la musique est en elle-même un langage universel. Que ce soit en Chine où j’étudie, en Afrique d’où je reviens, en Europe ou à Maurice, la musique classique a beaucoup à apporter sur les plans culturels et émotionnels. » Emballé par cette première expérience, Alexandre Koffi entend faire revenir deux chanteurs et un pianiste mauriciens.