Le premier round d’observations politiques sur le Best Loser System post-Pronouncement du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies est sur le point d’être bouclé. Les états-majors politiques ajustent leurs positions et affûtent les arguments en prévision des prochaines consultations politiques qui devraient être engagées sur le projet de réforme électorale. Toutefois, une prochaine étape quasi-déterminante pourrait intervenir dès mardi prochain quand le Constitutional Challenge contre la déclaration ethnique des candidats aux élections générales, logée par Rezistans ek Alternativ, sera appelée en Cour suprême mardi. Entre-temps, de nouvelles propositions ont été formulées par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, et par Rama Sithanen, en vue de débloquer le deadlock au sujet du sort à être réservé au Best Loser System dans la nouvelle configuration électorale. Comme indiqué par Week-End dimanche dernier, ceux qui entretenaient l’espoir d’un nouveau recensement de la population avec des déclarations ethniques auront vite déchanté devant une fin de non-recevoir venant du chef du gouvernement, Navin Ramgoolam.
Des animateurs de Rezistans ek Alternativ, Ashok Subron et Michel Chiffone, ont tenu à prendre au mot le Premier ministre et leader du parti Travailliste quant à sa conviction exprimée à l’effet que le Best Loser System est dépassée. Il a réitéré cette position lors d’une de ses rares sorties publiques depuis son retour au pays après son intervention chirurgicale à Londres.
« Le Best Loser System est dépassé », a-t-il déclaré à la presse, mardi en marge de la cérémonie de gerbes marquant le 112e anniversaire de la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam. Par la même occasion, il devait faire appel à une plus grande flexibilité de la part du leader du MMM en vue de résoudre l’équation politique du système de la nomination de députés correctifs dans le cadre de la réforme électorale. Il a annoncé qu’un nouveau round de consultations politiques est à prévoir, très probablement dans les prochains jours ; tout en confirmant son intention d’exclure le MSM de la table des négociations.
Dans le même souffle, le Premier ministre a rejeté toute idée d’organiser un nouveau recensement de la population sur des bases ethniques pour se mettre en règle avec le Pronouncement du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies. « Je dispose d’un délai de 180 jours pour agir et j’agirai », devait-il faire comprendre suite à la décision de cette instance spécialisée des Nations unies sans toutefois apporter de précisions quant au calendrier et à la formule envisagés.
Commentant ces développements sur l’échiquier politique, les porte-parole de Rezistans ek Alternativ présentent au Premier ministre une plate-forme pour traduire dans la réalité son intention d’en finir avec le communalisme dans le système électoral. « Dans la conjoncture politique et avec le poids moral de notre victoire devant le Comité des Droits des Nations unies, il est plus qu’évident que les partis traditionnels, comme le parti Travailliste et le MMM, ne peuvent ni faire marche arrière ni favoriser le statu quo. Après les derniers soubresauts des courants conservateurs au sein de ces deux partis dans le sillage du ruling de Genève, nous constatons une évolution conséquente avec la déclaration officielle du Premier ministre et un ajustement de la position du MMM sur le Best Loser System », déclarent Ashok Subron et Michel Chiffone.
« Ainsi, nous constatons que le Premier ministre se retrouve sur la même longueur d’onde que Rezistans ek Alternativ au sujet de la déclaration communale des candidats aux élections générales. Ainsi, il n’a plus le choix que d’agir avec la présentation à l’Assemblée nationale d’un projet de loi portant sur des amendements de la Constitution pour que la réforme électorale non-communale soit une réalité », poursuivent les animateurs de Rezistans ek Alternativ.
Pour Rezistans ek Alternativ, le Constitutinal Challenge logé en Cour suprême au début de mai et qui sera appelé, mardi, demeure l’occasion propice pour l’Etat de confirmer cette cohérence avec la déclaration de Navin Ramgoolam de mardi dernier. « Pour prouver cette cohérence de fait et également sa bonne foi, nous demandons à l’Etat de s’abstenir de contester le Constitutional Challenge en Cour suprême mardi. Déjà en acceptant de ne pas présenter de défense dans cette affaire, ce sera un grand pas en direction de la république non-communale. Ensuite, le représentant de l’Etat devra prendre un engagement devant la Cour au sujet de la présentation d’un projet de loi sur la réforme électorale à l’Assemblée nationale dans le délai de 180 jours imparti par le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies », poursuivent-ils.
Rezistans ek Alternativ ne manque pas de revenir à charge contre la dernière proposition du leader du MMM en vue de la réforme électorale (voir détails de la proposition plus loin). « Après ses attaques frisant l’hystérie contre nous la semaine dernière, Paul Bérenger est venu proposer un bricolage antidémocratique. Il est inconcevable d’avoir trois formules de désignation pour constituer l’Assemblée nationale. De notre point de vue ce sera un galimatias qui ne sera pas accepté par l’électorat. Ensuite, cette formule ouvrira la porte à des lobbies socioculturels s’exerçant sur des leaders politiques dans un contexte politique extrêmement délicat après la proclamation. Cette formule, qui doit être combattue, équivaut à une prise d’otage de la démocratie et du vote de l’électorat par des forces communales parapolitiques », dénoncent-ils avec force en ajoutant que les candidats choisis par des leaders politiques sont sanctionnés par le choix de l’électorat et nulle autre instance.
Rezistans ek Akternativ se dit en faveur d’une Assemblée nationale de 62 députés élus selon la formule de First Past the Post et de 20 autres sur la base des proportionnelles. Néanmoins, il trouve que le critère de qualification pour la proportionnelle doit être ramené à 5% au lieu de 7,5% et préconise l’adoption de trois critères pour décourager la prolifération de partis d’obédience communale, à savoir l’alignement de 62 candidats dans toutes les circonscriptions,
le respect de l’équilibre entre homme et femme avec alternance sur la liste des proportionnelles et l’adhésion au code de conduite de l’Electoral Supervisory Commision.
Rezistans ek Alternativ soumet également des propositions quant au déroulement du scrutin à l’effet que chaque électeur doit voter spécifiquement pour un parti politique pour la représentation proportionnelle en sus de son choix pour les trois candidats de la circonscription. « Nous ne sommes pas d’accord que les votes obtenus par des candidats des partis soient additionnés pour déterminer l’allocation des sièges pour la proportionnelle. Ce sont deux modes de scrutin différents », concluent Ashok Subron et Michel Chiffone, qui souhaitent voir la fin de la bipolarisation de la vie politique à Maurice.
En attendant que le Premier ministre précise ses options, Rama Sithanen est venu de l’avant avec des options pour essayer de « bridge the gap » entre les positions du gouvernement et de l’opposition. Il se propose d’intégrer la proposition initiale de Paul Bérenger avec les quatre députés correctifs intégrée dans la liste des 20 parlementaires élus à la proportionnelle et la portant à 24 sans aucune nécessité de décliner l’appartenance ethnique du candidat.
Une autre proposition de Rama Sithanen porte sur « la nomination de quatre députés après les élections sur une base proportionnelle entre les partis s’ils pensent que certaines composantes sont sous-représentées » à condition que cette allocation se fasse de manière transparente. Il rejette toute idée d’un nouveau recensement sur la base ante-1972.