L’esclavage moderne, expression contemporaine décrivant une situation où le travailleur n’est plus l’esclave d’un maître, mais de ses obligations. L’Homme doit payer pour ce qui lui est nécessaire. L’esclavage moderne abandonne la violence pour une domination par la mainmise sur les ressources.
L’argent sert de moyen de domination, chacun de nous n’a d’autre choix que d’en posséder. Il y a des taxes directes et indirectes sur tout ce que l’on consomme ; elles financent l’État de droit qui fabrique les lois, notamment celles qui régulent notre temps de travail. Quarante-cinq heures par semaine c’est le minimum pour une personne à temps plein. Il est possible de faire plus d’heures pour 1,5 fois le prix de l’heure de travail normale. Chaque seconde qui s’égrène a désormais un prix.
Le temps c’est de l’argent, disent-ils ! Certains patrons des secteurs non-syndiqués laissent moins de temps de repos que ne le faisaient les maîtres au temps de l’esclavage. Demandez aux gardiens et aux travailleurs étrangers, ils vous le diront. Une telle comparaison est-elle une insulte à la souffrance des esclaves qui vivaient sous le Code noir, avec l’interdiction de posséder et travaillant sous les coups du fouet ? Je ne le pense pas. Au contraire, cela nous permet d’aborder le véritable échec de la transformation de notre société. Echec grandement lié à la nature du système capitaliste ultralibéral. La journée du premier février symbolise un changement majeur où l’esclavagisme est abandonné pour une société égalitaire et où la qualité de vie ne dépendra pas que de la capacité à produire.
Notre société a-t-elle réussi cette transformation ? Le capitalisme n’a pas de morale et dans une grande mesure l’expansion du système se fait en rapport direct et organique avec l’expansion de son immoralité économique et politique.
Historiquement le capitalisme avance dans la spirale de son expansion, de la surexposition, de la surproduction et du surendettement. Il est obligé de s’autodétruire pour exister en affaiblissant le secteur de production, qui est sa base, pour pénétrer le secteur hors production, surtout financier.
Aujourd’hui les « Provident Funds » et autres banques scellent le destin du salaire des travailleurs avant même que ces derniers ne l’aient gagné. Nous sommes tous les esclaves de nos dettes et de nos charges (loyer, électricité, eau, téléphone, etc). Nous sommes responsables de cette dépendance à l’argent qui entraîne notre asservissement. Les facilités de crédit nous ont persuadés que vivre selon nos besoins, c’est bon pour les pauvres. Une idée que chérissaient pourtant nos parents. Le crédit est passé du statut d’outil du commerce à celui de bien de consommation.
 Quel est le rôle de l’État dans ce système permettant à un employeur de licencier pour motif économique en ne payant qu’un mois de salaire ? Et ce, alors même que le premier encourage le crédit à la consommation. Je m’interroge sur notre droit du travail permettant des « pseudo-comités disciplinaires », qui sont en réalité des formalités où les arguments ne sont ni discutés, ni pris en considération lors de la décision finale. Qu’advient-il de mes crédits à ce moment-là?
L’État ne doit-il pas s’assurer que sa population soit protégée des abus d’un système où celui qui possède le capital influe sur la qualité de vie de celui qui transforme le capital en richesses ? L’État ne doit-il pas oeuvrer pour éviter la précarité sociale ?
Certains ne pourront jamais emprunter pour se payer un toit. D’autres seront de bons clients et consommeront tous les produits financiers. Et s’ils perdent leurs emplois ? Le risque de tout perdre est à un mois de salaire.
Ne devrait-il pas y avoir un répertoire légal convenable pour protéger les hommes libres de l’asservissement par l’argent ? La loi ne permet pas à l’employeur d’effectuer des prélèvements supérieurs à 50% du salaire et les institutions bancaires ne peuvent normalement pas octroyer des prêts qui entraînent des prélèvements supérieurs à 30% du salaire de base. Pourtant, des centaines de milliers de Mauriciens sont endettées au point que leur salaire est consacré à 80% au remboursement de dettes. Alors le travailleur se fait petit même si les conditions sont déplorables. Le premier février est le jour que nous, Mauriciens, avons choisi pour commémorer le souvenir d’une période où des hommes exerçaient une domination sur d’autres hommes. L’argent, le nouveau maître, ou plutôt devrais-je dire ceux qui le possèdent, décident du temps que nous allons passer au travail, avec nos enfants, notre famille ou nos amis.  
La Borrower’s Act 2007 ne doit-il pas être revue à la lumière du licenciement économique ? Le plafond d’application, fixé aux dettes ne dépassant pas les deux millions par ce texte de loi, ne doit-il pas être revu avec la hausse des prix de l’immobilier ces dernières années ?
 Le premier février est le jour de la commémoration du rejet de l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Laissons au placard nos mauvaises conceptions sur l’esclavage. Focalisons-nous sur l’esclavagisme, un système de production où l’homme n’est qu’un outil de production. Demandons-nous si notre vie ne vaut pas plus que toutes les richesses que nous produisons. Est-ce que l’argent peut nous acheter du temps libre pour nos enfants, notre épouse et nos amis. Est-ce que l’argent peut nous acheter le temps que l’on consacre à se cultiver et à s’instruire ? Demandons-nous si l’État a un rôle à jouer pour garantir notre qualité de vie ? Demandons-nous si l’État peut nous protéger des dérives d’un système néolibéral qui nous transforme en facteur de production…