Eco Green Power Ltd est une petite entreprise familiale, sise à Midlands et spécialisée dans la conception de collecteurs de bouteilles en plastique. Sa jeune directrice de 23 ans, Chikirsha Sewbalak, a lancé cette entreprise, car elle est « préoccupée par l’état de notre environnement à Maurice ».

Ces collecteurs sont aussi équipés de broyeur pour écraser les bouteilles, permettant ainsi de collecter un maximum de bouteilles en plastique.

Chikirsha Sewbalak, cheffe d’entreprise à 23 ans seulement

Chikirsha est une jeune femme entrepreneure de 23 ans qui a lancé son entreprise, spécialisée dans le recyclage en 2013. Avec le soutien de son père qui est aussi entrepreneur et directeur de la compagnie Power Gate Surveillance Ltd, elle conçoit des collecteurs de bouteilles en plastique. « Depuis que je suis petite, j’ai toujours été préoccupée par l’état de la faune et de la flore à Maurice. Mes parents m’ont enseigné à ne jamais jeter des déchets par terre. En grandissant, j’ai réalisé son importance. D’ailleurs, à l’âge de l’adolescence, j’ai rejoint l’Ong ELI Africa, militant pour l’amélioration de l’environnement. J’ai commencé à développer un amour pour les animaux. J’ai aussi parcouru l’île avec d’autres membres pour mettre en terre des plantes endémiques et j’ai participé à plusieurs campagnes de nettoyage à travers le pays. Quand le moment est arrivé de me lancer sur le marché du travail, je me suis dit pourquoi ne pas faire quelque chose dans l’intérêt de l’environnement », avance Chikirsha.

Revenant sur son parcours, Chikirsha indique qu’après sa scolarité secondaire au collège Lorette de Curepipe, elle n’avait aucune idée au sujet de la carrière qu’elle souhaitait entamer. « J’ai étudié les mathématiques, les physiques et l’informatique comme matières principales. Parallèlement, on me disait que j’étais bonne en langue. Toutefois, je ne voyais aucune perspective de carrière devant moi. Ma famille voulait que je devienne architecte, mais je ne me voyais dans cette profession. Par conséquent, en attendant que je décide de ma carrière, je me suis engagée dans la protection de l’environnement », relate Chikirsha.

Premier projet

Ambitieuse, la jeune femme voulait aller étudier à l’étranger, mais faute de moyens financiers, elle devait patienter. « Il fallait trouver un moyen de financement pour des études à l’étranger. Entre-temps, j’étais à la maison à ne rien faire. C’est à ce moment que j’ai conçu l’idée de fabriquer des collecteurs de bouteilles en plastique », dit-elle. Mais à la base, elle ne songeait pas à lancer une entreprise. Chikirsha explique qu’elle a partagé cette idée avec son père, qui exerce déjà dans le domaine manufacturier, plus précisément dans la fabrication de portails en métal. « J’ai demandé à mon père de fabriquer un collecteur. Vu ses nombreux contacts dans le domaine, notamment la compagnie de recyclage Polypet, très renommée à Maurice, il est parvenu à réaliser un premier projet. À partir de là, nous avons commencé à chercher d’autres contacts et c’est ainsi que la petite entreprise a été lancée. Nous l’avons baptisée Eco Green Power Ltd », avance Chikirsha.

Puisque c’est elle qui a eu l’idée de fabriquer ces collecteurs, Chikirsha est devenue automatiquement chef d’entreprise et la directrice d’Eco Green Power Ltd. Mais, elle doit son succès à son père dont le soutien a joué un grand rôle. « Nous avons commencé à chercher des clients ensemble et sommes parvenus à décrocher un contrat avec le conseil de district de Grand-Port. Puis de bouche à oreille, la nouvelle s’est répandue parmi d’autres conseils de district et d’autres endroits. Nous n’avons pas eu besoin de faire la promotion de notre produit. Le plus grand projet que nous avons décroché est celui de Phoenix Beverages. Nous avons aussi fabriqué des collecteurs pour les plages de Rodrigues », soutient la jeune femme entrepreneure. Et d’ajouter qu’au fil des années, elle a amélioré le concept de fabrication, en introduisant des collecteurs personnalisés, c’est-à-dire confectionner des collecteurs selon les exigences et spécifications des clients. « Je fabrique aussi des collecteurs avec des yeux, un nez, une bouche et des oreilles », dit-elle.

Après les collecteurs personnalisés, notre jeune femme entrepreneure est venue avec une idée encore plus innovatrice. « Jusqu’ici, nous fabriquions des collecteurs simples. En entamant des recherches sur Internet, j’ai vu qu’à l’étranger, il y avait des collecteurs avec des broyeurs. Quand les bouteilles en plastique sont mises dans le collecteur, elles sont écrasées, permettant d’avoir plus d’espace pour plus de bouteilles. J’ai montré la vidéo à mon père et je lui ai demandé si ce n’était pas possible qu’on en fabrique ici », avance Chikirsha. Fabriquer un tel engin nécessitait une expertise et les équipements nécessaires, ce dont Chikirsha et son père ne disposaient pas. Néanmoins, ils ont réussi à fabriquer une « machine à pression manuelle » pour presser les bouteilles en plastique dans le collecteur.

 

Deuxième projet

Ces réalisations ont permis à Chikirsha et sa famille de goûter au succès. Eco Green Power Ltd est devenue un fournisseur principal de collecteurs à Maurice. « Nos collecteurs peuvent être aperçus dans divers endroits à travers le pays. Nous continuons à recevoir des commandes », précise-t-elle. D’ailleurs, grâce à ce projet, Chikirsha a trouvé les moyens de financer ses études supérieures ainsi que celles de sa sœur. « Je ne me suis pas rendue à l’étranger comme je l’avais souhaité. Mais, j’ai réussi à décrocher un diplôme de l’institution Charles Telfair, en Management & Marketing, en 2019. Ma sœur aussi a pu compléter ses études », soutient Chikirsha.

Outre les collecteurs, la jeune femme entrepreneure s’est aussi lancée dans un deuxième projet en parallèle : la transformation de ferrailles inutilisées en souvenir ou objets de décoration. « Mon père fabrique des portes et des portails. Beaucoup de morceaux de ferrailles inutilisées sont éparpillés dans l’atelier de mon père. Je me suis dit qu’on pourrait les utiliser pour faire quelque chose. C’est ainsi que l’idée m’est venue de transformer ces morceaux de ferraille en objets souvenirs ou décoratifs. D’ailleurs, nous avons réalisé que les Mauriciens sont friands des objets décoratifs antiques ou qui sortent de l’ordinaire », fait-elle ressortir. Par exemple, Chikirsha et son père ont confectionné un trolley avec quatre pots de fleurs, idéal pour la décoration extérieure. Ils ont aussi utilisé des roues de bicyclettes pour les transformer en des objets décoratifs.

Chikirsha avance que ce parcours réussi revient à ses parents, qui n’ont jamais cessé de la soutenir. « Je ne pense pas que j’aurais pu réaliser tant de choses sans leur soutien et leur encouragement », dit-elle. Interrogée sur ses projets d’avenir, Chikirsha soutient qu’elle aspire à prendre de l’emploi dans une autre entreprise, en quête d’expérience et d’expertise. « Je détiens un diplôme en gestion et marketing. Je suis directrice d’entreprise, mais j’estime qu’il me manque un peu d’expertise. D’où la raison pour laquelle je souhaite aller travailler dans une autre entreprise, outre celle de mon père, pour une formation professionnelle », fait-elle ressortir.

Enfin, elle précise qu’elle a quelques autres projets en tête, mais qu’elle ne veut rien dévoiler à ce stade, car elle craint la féroce concurrence sur le marché. « Je ne veux pas que quelqu’un d’autre vole mon idée avant même que je ne puisse le réaliser », conclut-elle.