La controverse autour de la rénovation du bâtiment historique, classé Patrimoine national, abritant la Beaugeard G. S perdure. Hier matin, la juge en Chambre Nirmala Devat a accordé un ordre intérimaire « to stop immediately any construction work » sur le site. La partie défenderesse, soit les ministères de l’Éducation et des Infrastructures Publiques et la compagnie Marmobois Ltée, doit se présenter en Cour demain pour dire pourquoi cet ordre intérimaire doit être enlevé.
Ce projet de rénovation du bâtiment historique (vieux de plus d’un siècle et demi) a été annoncé il y a dix ans au moins. Cependant, il a été mis en veilleuse à la suite de protestations d’organisations veillant à la protection du patrimoine. Le chantier de rénovation s’est ouvert en septembre dernier et depuis, les travaux ayant repris de manière accélérée sont parvenus à un stade avancé.
Vendredi dernier, la Société de l’Histoire de l’Ile Maurice, SOS Patrimoine en Péril et l’Association Amicale Ile Maurice-France, ont fait une demande en Cour suprême en vue d’obtenir une injonction pour l’arrêt des travaux. Dans leur affidavit en ce sens, les plaignants soulignent que le bâtiment concerné figure sur le registre du National Heritage et affirment (photos à l’appui) que les travaux en cours défiguraient complètement la nature historique de l’édifice ainsi que son architecture. L’affaire a été entendue hier matin.
Les plaignants expriment leur indignation devant le remplacement des pierres taillées de l’époque par le “concrete bricks” et le “rock sand”. « The historical “pierres taillées” which constituted the floor of the main structure of the aforementioned building have completely been removed and the void left has being filled up with rock-sand instead. This again occasions the irreversible disfiguration of the architectural integrity of the colonial building as a national heritage ».
Les plaignants font aussi des observations sur les pierres de dallage qui constituent la toiture de la partie principale du dit bâtiment. Selon eux, ces pierres ont été enlevées et ne figurent plus sur le site des travaux. « They are taken away from the locus in lorries » alors que ces « pierres de dallage » ajoutent-ils, « are the heart of the historical character of the building ».
Selon les plaignants, les travaux de construction pour un nouveau bâtiment à l’arrière de la structure principale ne tiendraient pas compte de la dimension historique du site en question et que cet ajout « will irreparably disfigure and /or deface the architectural integrity of the colonial building as a national heritage ».
Après avoir pris connaissance de l’affidavit des plaignants et d’autres documents présentés par ces derniers et compte tenu des déclarations orales des représentants de la partie défenderesse, la juge Nirmala Devat considère dans le jugement rendu hier que cette affaire est si urgente qu’elle requiert une intervention immédiate. D’où l’interim order accordé pour l’arrêt immédiat des travaux.
Le ministère de l’Education et celui des Infrastructures Publiques ainsi que le constructeur engagé dans le projet doivent se présenter devant la juge en chambre Nirmala Devat demain en vue de remettre en question les arguments des trois plaignants.