C’est en partant du constat d’une certaine indifférence des Mauriciens envers leur patrimoine historique, à la disparition présente et future de certains sites sous prétexte de développement (ainsi des salines de Rivière-Noire ou de la destruction de vieilles boutiques en bois et tôle), que Caroline Mandron, artiste-peintre, et enseignante à l’Ecole du Nord, a voulu développer un projet pédagogique afin de familiariser ses élèves avec la notion de « Patrimoine ». De la visite de l’Aapravasi Ghat, à la Tour Martello de La-Preneuse, en passant par le musée de Port-Louis et de la Citadelle, l’itinéraire se découvre de manière ludique, par le truchement des aventures de Tikoulou et de « L’histoire de Maurice en BD ».
Afin de bien terminer l’année scolaire avant d’accueillir de nouveaux élèves au mois d’août, Caroline Mandron a voulu, le lundi 19 juin, organiser une dernière sortie pédagogique et ludique pour ses élèves de 7 à 8 ans. L’objectif du projet, qui s’est échelonné sur un an, était d’emmener ces derniers à la découverte du patrimoine mauricien et qu’ils s’instruisent de la valeur et de l’importance des nombreux sites du pays qui méritent d’être conservés.
De la première sortie qui a eu lieu en novembre 2016 et la dernière le mois dernier, c’est en compagnie, si l’on ose dire, de Tikoulou que les enfants ont pu découvrir des lieux encore à eux inconnus. Ainsi, plusieurs sites repérés dans « Les aventures de Tikoulou, les mystères de la Citadelle » (Pascale Siew et Henry Koombes), structures culturelles, sites patrimoniaux, découverte de l’histoire et des traces des premiers colons dans l’île, ont jalonné leurs parcours afin de les sensibiliser au patrimoine historique et leur faire découvrir autrement l’environnement qui les entoure.
« Le Patrimoine est quelque chose qui me tient très à coeur et qui me passionne. Je pense qu’il est très important que les enfants connaissent l’histoire de leur île et j’ai trouvé que Tikoulou est un excellent support pour réaliser ce projet d’une façon ludique. C’est un projet qui me travaillait depuis plusieurs années et j’ai enfin décidé de me lancer surtout en voyant tant d’endroits défigurés par le béton et l’indifférence générale des Mauriciens envers le patrimoine, la disparition des salines, la destruction de vieilles cases et de vieilles boutiques en bois que j’avais heureusement mises sur toile il y a une vingtaine d’années. Après avoir visité aussi certains musées où il n’y a pas de guides et où « les gardiens » sont incapables de répondre à des questions sur l’histoire de leur pays… voilà tout ce qui m’a poussé à développer ce projet », nous dit Caroline Mandron.
Sur les traces des colons
Tout est donc parti de l’album Tikoulou. En se mettant sur les traces de l’album, les 24 élèves qui ont participé au projet de Caroline Mandron avec l’aide de leur maîtresse d’anglais Marie Christine Muneean, ont été conduits dans différents sites de la capitale : le bazar, le musée, la Citadelle et d’autres lieux. « Ces lieux ont une histoire. La citadelle ayant été construite par des engagés, le passage par l’Apravasi Ghat devenait obligatoire. Et pour rejoindre le bazar à partir de l’Aapravasi Ghat, nous sommes passés par le grenier et le moulin du port, donc la rade de Port-Louis et la poste. Découvrir à travers ces sites la période française de Mahé de Labourdonnais. Puis, découverte de la période anglaise avec Fort Adélaïde qui ne serait pas complète sans faire découvrir aussi aux enfants les tours Martello de Pointe-aux-Sables avec sa porte de 2 m de haut, puis celle de La-Preneuse (NDLR : de quoi faire réver ces enfants qui ne les ont vus sans doute que dans Les Pirates des Caraïbes) où mousquets, canons, réserves d’eau et de poudre y sont reconstitués. Mais tout cela n’aurait pas existé si les Hollandais n’avaient pas été les premiers sur l’île… Nous voilà donc partis sur les traces de nos Hollandais vers Vieux-Grand-Port et le Fort Fredérick Hendrik. Pour imaginer la bataille entre les Français et les Hollandais, découvrir l’hôpital devenu musée de Mahébourg où les officiers ennemis se faisaient soigner côte à côte », dit-elle.
Parce que découvrir le patrimoine historique se fait aussi à travers les costumes d’époque, Caroline Mandron s’est occupée de tout, créant elle-même les accessoires et le décor. Elle y a consacré des heures de travail pendant les dernières vacances scolaires. « J’ai réalisé tous les chapeaux en papier maché, de même que les fusils et le dodo, les toiles de fond et le décor. Quant aux costumes, je les ai fait faire par un tailleur de Grand-Baie à partir des photos de costumes à la tour Martello de La-Preneuse. Je les ai ensuite agrémentée de galons…», raconte-t-elle. 
Selon l’enseignante, aujourd’hui les enfants sont plus passionnés que jamais et « imbattables sur les dates de l’histoire de Maurice ». « Ils peuvent tous parler avec facilité de leur patrimoine et de leur histoire », dit-elle fièrement. Pour ce projet éducatif, Caroline Mandron a aussi invité le chanteur Dagger Kila pour apprendre aux enfants la chanson « Zistwar nou ti zil ». Celui-ci les a même accompagnés sur scène lors du spectacle que l’école a organisé lors de la fête de la Musique célébrée le 21 juin dernier.
Le projet a pris fin avec la lecture de « L’histoire de Maurice en BD » de Shenaz Patel, sorti fin avril et qui en a ouvert le volet créatif. « Les enfants ont aussi fait des dessins, des petits théâtres qu’ils ont animés pour s’entraîner, des Tikoulou en 3 D, des tours Martello non sans oublier le sable de La-Preneuse, des dodos, des paysages d’époque…. »
Un projet tout ensemble enrichissant et ludique (et susceptible, ô combien, de servir d’exemple…) pour que les élèves de cette école connaissent mieux leur pays.