On ne le répétera jamais assez : il n’y a que l’éducation qui peut aider une personne à sortir de la pauvreté. « Il n’y a pas à sortir de là », souligne Rozy Khedoo, responsable de l’École de la vie à Baie-du-Tombeau, où elle accueille une trentaine d’adolescents venus des milieux pauvres. Environ 150 jeunes sont sortis de cet établissement depuis sa création en 2002 après avoir appris un métier.
« Ces enfants quittent notre école après avoir appris à lire, écrire et compter ainsi qu’à remplir et signer des fiches. La majorité d’entre eux ont obtenu un emploi », déclare Rozy Khedoo qui rappelle la raison d’être de l’École de la vie. C’est le Mouvement civique de Baie-du-Tombeau qui a lancé cet établissement après avoir constaté, suivant une étude, que le problème était grave sur le terrain.
« Les jeunes issus de familles avec des parents alcooliques ou toxicomanes, ou recomposées étaient livrés à eux-mêmes dans la rue. Il fallait faire quelque chose », soutient la responsable. « Nous avons dû accueillir ces enfants qui ont tous échoué au Certificate of Primary Education (CPE) pour leur offrir une éducation inclusive. Tout leur est offert gratuitement, dont un repas chaud à midi. » Les élèves intègrent l’École de la vie à 12 ans et en sortent quatre ans plus tard.
L’École de la vie a toutefois besoin de soutien pour mener à bien sa mission, et au fil de son évolution, des organisations non gouvernementales (ONG) s’intéressent à son travail. Il y a ainsi ANFEN qui forme les animatrices de l’établissement. Il leur manque cependant toujours des fonds pour soutenir les familles d’où viennent les élèves car, selon Rozy Khedoo, prendre un enfant pauvre sans aider ses proches ne donnera pas le résultat escompté.
La responsable de l’École de la vie insiste : « On entre chez une famille, elle n’a rien, même pas un lit et des couvertures pour les enfants. Nous aidons les parents à trouver un emploi. Notre démarche prend alors une autre forme. Il devient plus facile d’éduquer les jeunes. » Rozy Khedoo précise que son école ne fait pas de l’assistanat, mais s’attaque au problème de la famille ensemble avec ses membres. « Nous ne faisons pas de la magie pour les sortir de la pauvreté », lâche-t-elle. Des fois, les parents sont en prison et lorsqu’ils sortent, le travail de cette ONG s’agrandit. « Nous les laissons s’envoler dès que nous sentons qu’ils peuvent s’en sortir seuls, mais nous sommes toujours là pour les aider dans n’importe quel problème », fait-elle ressortir.
Au vu de son expérience sur le terrain, Rozy Khedoo estime que le pays ne parvient pas à cerner le problème de la pauvreté. « Ma vision est immense mais des fois je sens qu’elle est à la dérive car nous avons très peu de moyens pour aider ces gens », dit-elle. La responsable estime aussi qu’il y a trop de bureaucratie à Maurice. « On ne peut aider les gens à sortir de la pauvreté si l’on travaille de 9 h à 16 h. Le travail se fait plus tard, en début de soirée, lorsque ces gens sont chez eux », fait-elle remarquer.
Selon la responsable de l’École de la vie, de nombreuses familles pauvres sont très réticentes lorsqu’on frappe chez elles pour les aider. « Zot kwar nou pe vin vey zot zafer. Alors, il nous faut changer d’approche. » Elle avoue que ce n’est pas chose facile « mais il faut quand même le faire ». Rozy Khedoo est, elle, déterminée à alléger la souffrance de ces gens.