« Il ne faudrait qu’aucun élève de cette école se laisse aller au désespoir. Il est totalement faux de dire qu’il n’y a plus d’espoir pour eux ». C’est ce qu’a fait ressortir ce matin le directeur de la CMT, François Woo après qu’il a procédé au dévoilement d’une stèle commémorant le 10e anniversaire de l’école Père Henri Souchon, à Pointe-aux-Sables. Ce qui contribue au succès d’un pays, selon lui, c’est entre autres un secteur éducatif qui valorise le secteur vocationnel tel que c’est le cas en Allemagne. Pour rappel, l’école Père Henri Souchon accueille des jeunes issus de milieux fragiles ayant soit échoué leur CPE ou n’ayant jamais été scolarisés. La CMT Foundation qui a financé la construction du bâtiment de l’école, emploie aujourd’hui onze ex-élèves de cet établissement.
Co-fondée en 2006 à rue Saint-Georges, par le regretté père Henri Souchon et Monique Leung, l’actuelle directrice, l’école Père Henri Souchon, anciennement connue comme l’école Oasis de Paix, a commencé avec seulement dix-huit élèves. Transférée à Pointe-aux-Sables en 2013, l’école accueille aujourd’hui 256 élèves, garçons et filles confondus, vingt-cinq enseignants, un enseignant d’informatique ainsi que trois bénévoles. Selon Amédée Poupard, le président du Conseil d’administration, 58% des élèves arrivent « sans savoir ni lire ni écrire ni compter ». M. Poupard devait souligner la fierté de l’établissement d’avoir enregistré un taux de réussite de 100% aux examens du CPE ces deux dernières années. Alors même qu’il dit constater avec regret que « le gouvernement n’aide pas l’école et même les manuels scolaires, qui sont pourtant offerts aux autres écoles, nous, on doit les acheter ». Il devait en outre faire ressortir que 61 élèves ont réintégré le cursus normal alors qu’un élève a décroché son GCE 0 Level et est actuellement en Lower 6. Selon lui, « le moyen le plus efficace de lutter contre la misère, c’est l’éducation ».
François Woo s’est pour sa part excusé auprès des élèves de n’avoir pu être aussi présent comme il l’avait souhaité. « Rassurez-vous, à la CMT, on pense beaucoup à vous et vous figurez au top du tableau ». C’est avec beaucoup d’émotion qu’il a confié avoir visionné le témoignage du père Souchon à travers la projection d’un petit film ce matin. Le prêtre était pour François Woo, « un grand entrepreneur car il était déterminé et pressé à mener à bout ce qu’il avait en tête ». Alors que tout le monde est davantage intéressé par les ‘star schools’, selon François Woo, le père Souchon, lui, faisait tout le contraire. « Il s’intéressait aux pires écoles. Il m’a tiré par la main et m’a fait visiter quelques écoles. Il m’a dit : ‘ici tu dois remplacer les pupitres, là tu dois peindre, tu dois aménager une salle pour les enseignants et clôturer cette école’ ». Le premier job qu’il m’a confié, c’était l’école de Saint-Pierre. Il m’a dit : ‘c’est à Saint-Pierre que tu as réussi, c’est de ton devoir de parrainer l’école de Saint-Pierre’ ». Au-delà du père Souchon, a dit le directeur de la CMT, « nous avons pris la responsabilité de cette école et nous devons l’amener vers son objectif : que les élèves sachent lire, écrire et compter ». Il a félicité les élèves pour leur performance au CPE, ajoutant : « Inn tir zot dan la fin sime, inn donn zot enn nouvo sime. » Le directeur de la CMT devait par ailleurs prendre l’Allemagne comme pays modèle. Et de souligner qu’à la base de son succès, il y a un bon système éducatif « qui valorise le vocationnel. À Maurice, on crache dessus. C’est pourquoi, ici à l’école Père Henri Souchon, on a des classes de menuiserie etc ».
La directrice, Monique Leung, devait quant à elle rappeler que « le père Souchon disait que l’argent n’est pas un problème; c’est l’amour et le sens du devoir qui importent ». Aux enfants, elle a dit sa fierté et les a appelés à suivre les valeurs du prêtre, « qui était un être de paix ».
Un petit film a été projeté en début de cérémonie montrant un témoignage du père Souchon à propos de l’école : « A Maurice, aujourd’hui, quelqu’un qui sait ni lire ni écrire ni compter, il est absolument condamné. »
Pour rappel, l’établissement a pour but d’offrir une formation académique et préprofessionnelle aux élèves afin d’optimiser leurs chances de trouver un emploi. Informatique, cuisine, couture, broderie, art floral, sculpture, pyrogravure sont entre autres les cours dispensés. L’école compte 22 salles de classe, un grand ‘hall’ et un potager bio de 1,5 arpent. Le terrain de quatre arpents au total a été accordé par l’Évêché.