Les leçons dites « particulières », qui se déroulent les après-midis dans les écoles primaires, démarrent lundi. La décision du Bureau de l’Éducation catholique de ne plus autoriser cette pratique dans ses écoles à partir de cette année pour les élèves de Std V apporte un changement de taille. Cette interdiction s’étendra au Std VI l’an prochain. À la place, le BEC propose dès lundi aux parents des 3 000 enfants concernés un accompagnement scolaire gratuit baptisé “Enrichment programme” et qui sera dispensé selon le rythme d’apprentissage de chaque élève. Mais cette démarche fort louable risque d’être occultée par un autre événement dans le secteur éducatif : la proclamation des résultats du HSC. L’Enrichment programme coûtera au BEC une somme de Rs 4 M à Rs 5 M par an.
« J’ai ordonné au BEC de stopper ce système en Std V en 2013 et en Std VI en 2014 (…) Mon sens de l’éthique m’empêche de tolérer que les salles de classes d’une école catholique soient utilisées par les professeurs de ces mêmes classes pour des classes payantes supplémentaires. » Cette déclaration de Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis, début décembre dernier, a été accueillie comme une douche froide par les enseignants des écoles catholiques, mais elle a aussi pris de court les parents. Mécontents, certains ont même laissé entendre qu’ils allaient chercher une autre école pour leur enfant. Ceux qui envisageaient cette décision ne pouvaient que se tourner soit vers une école du gouvernement, soit vers une école payante. Mais jusqu’ici, selon Alain Doolub, le responsable des écoles primaires catholiques, aucun parent de Std V n’a réclamé de lettre de transfert.
Quelques personnes dans les milieux de l’éducation catholique appréhendaient un certain remous à la rentrée scolaire par rapport à cette interdiction. Le BEC a compris qu’il fallait miser sur la communication auprès des parents et du personnel enseignant. Une responsabilité que l’organisme a confié aux chefs d’établissements et les efforts n’ont pas été vains. Au grand soulagement du BEC, il n’y a pas eu de farouches résistances de la part des parents, même si les réactions ont été diverses. « Il y a eu trois types de réactions chez les parents : il y a ceux qui ont été enthousiastes dès le départ,  il y a les indécis et les sceptiques – parce que c’est quelque chose de nouveau – mais qui acceptent quand même d’entrer dans le programme, et enfin il y a ceux qui refusent totalement notre  proposition et qui ne jurent que par les leçons particulières », explique avec franchise M. Doolub. « En général, le feed back est très positif, car un grand nombre de parents adhèrent à l’esprit de ce programme d’accompagnement », affirme le responsables des écoles RCA. Néanmoins, le BEC accentue sa campagne de sensibilisation auprès des parents car l’interdiction des leçons payantes dans ses écoles s’étendra l’an prochain aux élèves du CPE.
Sans la participation des profs de Std V, qui sont les premiers concernés, le BEC aura du mal à passer à l’action, même si la stratégie de cet Enrichment Programme est bien élaborée. Vont-ils collaborer ? « La majorité sont dans le projet », soutient Alain Doolub. Soyons honnêtes, la pratique des leçons payantes est une source de revenus non  négligeable, même si les enseignants martèlent que ce n’est pas leur motivation première. Les parents d’élèves de Std V débourseront cette année une somme mensuelle de Rs 450 à Rs 600 (dépendant des écoles) pour trois jours de leçons par semaine dispensées par le professeur de l’école. Dès lors, une question s’impose : comment le BEC a-t-il pu convaincre ses enseignants à renoncer à cette pratique bien ancrée dans le système éducatif mauricien ? « Nous leur avons rappelé la raison d’être des écoles RCA, qu’il faut se défaire de certaines pratiques incompatibles avec les valeurs de l’éducation catholique et la mission de l’éducation », répond M. Doolub (voir encadré).
Le BEC prévoit trois sessions d’Enrichment Programme par semaine, à savoir le lundi, le mercredi et le jeudi, de 15h45 à 17 heures. Les profs obtiendront une allocation pour ce service supplémentaire et le BEC s’alignera dans un premier temps sur le montant que paie le ministère de l’Éducation aux enseignants travaillant pour l’Enhancement programme, soit un montant de Rs 3 000. L’organisme compte leur offrir davantage à l’avenir mais, pour l’heure, il a besoin d’un budget de Rs 4 M à Rs 5 M pour couvrir toutes les dépenses nécessaires à la mise en oeuvre du projet. Le BEC  bénéficie de l’apport du diocèse de Port-Louis et d’autres sponsors pour le financement de l’Enrichment  Programme.
La première cuvée de ce programme prendra part aux examens du CPE l’an prochain. Le BEC sera alors en mesure de faire une évaluation des retombées de ces nouvelles mesures après la publication des résultats de ces examens. L’évêque de Port-Louis, qui a insisté auprès du BEC sur l’importance d’un accompagnement scolaire adapté aux besoins de chaque enfant, suit de près sa mise en pratique.