Boudé particulièrement par des élèves fréquentant les “high demand schools” des régions urbaines, l’Enrichment programme – en vigueur depuis 2013 au sein des écoles primaires catholiques dans le sillage de l’interdiction des leçons privées payantes dans ces établissements – est en revanche une précieuse aide à un bon nombre d’élèves. Mais ce soutien scolaire gratuit offert par le Bureau de l’Éducation Catholique (BEC) aux étudiants de Std V et VI trois après-midi par semaine requiert un budget de pas moins de Rs 7 millions par an. Cette somme sert, entre autres, à rémunérer les enseignants qui sont de service. Le BEC se pose des questions sur l’avenir de l’Enrichment programme, d’une part à cause du coût financier et, de l’autre, du fait de la réforme du système éducatif.
Pour rappel, la décision du BEC, en 2013, de stopper les leçons dites « particulières » dans ses 46 écoles primaires émanait d’une directive de l’évêque de Port-Louis lui-même. « Mon sens de l’éthique m’empêche de tolérer que les salles de classe d’une école catholique soient utilisées par les professeurs de ces mêmes classes pour des classes payantes », avait déclaré Mgr Piat en donnant cet ordre. Ce changement inattendu avait soulevé pas mal de protestations, tant parmi les parents que les enseignants, mais l’Education catholique a tenu bon.
À la place, le BEC propose gratuitement un programme d’accompagnement indistinctement à tous les élèves des Std V et VI avec la participation des profs de l’école. Il y a ainsi trois sessions d’Enrichment programme par semaine, à savoir les lundis, mercredis et jeudis, de 15h45 à 17h, et les enseignants qui y collaborent perçoivent une allocation de pas moins de Rs 3 000 par mois.
« Il y a du positif », répond Gilberte Chung, directrice du BEC, lorsqu’on lui demande le bilan de ces trois années d’Enrichment programme. Dans l’ensemble, dit-elle, plus de 50% d’élèves des Std V et VI dans chaque école sont présents dans ces cours supplémentaires. « Dans les “very very high demand schools” se trouvant dans les villes, la participation des élèves est moindre parce que les parents préfèrent toujours envoyer leurs enfants dans les leçons payantes », avoue cependant la directrice du BEC. Celle-ci trouve aussi « regrettable » la démarche de certains parents de continuer avec les leçons payantes, même si leurs enfants sont réguliers aux sessions d’Enrichment programme. La directrice du BEC est catégorique quant aux bienfaits de cet Enrichment programme pour les enfants ayant besoin impérativement d’un soutien en dehors des heures normales de l’école et qui ne peuvent se payer des leçons particulières. « C’est un bon encadrement pour ces enfants. L’intérêt des parents et les résultats de ces enfants aux examens sont encourageants », dit encore Gilberte Chung.
Cependant, le BEC est conscient des difficultés financières pour le maintien de cet Enrichment programme dans les années à venir. « C’est un programme qui coûte cher », avoue sa directrice. Au départ, cet organisme avait besoin d’un budget de Rs 4  millions à Rs 5 millions, mais à présent, c’est Rs 7 millions qu’il doit trouver chaque année. « Définitivement, nous aurons besoin d’un soutien financier pour poursuivre avec ce programme d’accompagnement scolaire. Nous avons commencé à réfléchir sur la question », indique la directrice.
Les responsables de l’éducation primaire au BEC sont aussi conscients de la nécessité de revoir le contenu de cet Enrichment programme en fonction du nouveau Primary School Achievement Certificate, en vigueur à partir de l’année prochaine. Contrairement aux pratiques individuelles des profs dans les leçons particulières payantes, l’Enrichment programme a une certaine visibilité dans la mesure où le contenu des cours a été préparé par une équipe de pédagogues au BEC. « Il y a un programme commun, que le prof a la liberté d’appliquer selon les besoins de ses élèves. Il y a une attention personnelle dans ces sessions l’Enrichment programme », affirme un chef d’établissement.