La rentrée scolaire dans le cycle primaire s’est faite sur fond de colère et de frustration. Un sentiment de dégoût prévaut actuellement, et avec raison. Ceux qui sont à la tête de ce ministère et le PRB portent une lourde responsabilité dans la conjoncture.

Il y a déjà un manque de confiance de la part de la population envers nos écoles publiques, et cette frustration vient envenimer la situation. Les chiffres au niveau des admissions sont éloquents. Certes il y a la raison démographique, mais celle-ci ne peut tout expliquer. Sinon comment expliquer que les admissions dans nos écoles primaires payantes ont augmenté. Les chiffres publiés par Statistics Mauritius parlent d’eux-mêmes.   

Alors que le nombre d’élèves fréquentant nos écoles publiques était de 69 948 en mars 2014, ce chiffre est tombé à 55 755 en mars 2018. Notons que chaque année le nombre diminue.  En mars 2015 le nombre d’élèves était de 66 349 ; en mars 2016 – 62 787 ;  en mars 2017 – 59 096.  Donc de mars 2014 à mars 2018 nous notons une baisse de 14193 élèves dans nos écoles publiques, soit environ 20% en quatre ans.

Maintenant voyons la situation dans nos écoles primaires payantes.  Toujours selon les chiffres publiés par Statistics Mauritius, en mars 2014 le nombre s’élevait à 10954 ;  en mars 2015 – 11125 ;  en mars 2016 – 11300 ;  en mars 2017 – 11259 et en mars 2018 – 11591.  Donc de mars 2014 à mars 2018 il y a eu une augmentation de 637 élèves dans nos écoles primaires payantes, soit environ 6% en quatre ans. On peut aussi déduire qu’à mars 2018 parmi les enfants fréquentant les écoles primaires environ 17% ont préféré les écoles payantes aux écoles gouvernementales pourtant gratuites. (À noter que les chiffres mentionnés ne prennent pas en compte les écoles subventionnées. Comparaison est faite seulement entre les établissements du gouvernement et les écoles privées payantes.)

Il y a là matière à réflexion. Pourquoi les parents boudent-ils nos écoles publiques où il n’y a rien à payer pour se tourner vers les écoles payantes ? C’est grave car cette situation démontre qu’ils n’ont plus confiance dans nos institutions, même si celles-ci sont gratuites. Comme on dit dans le jargon populaire : « bomarse kout ser ».  La confiance est un élément clé dans tout système et, en ce qui concerne l’éducation,  elle est à la base de tout développement pour un meilleur avenir.  Quand on a plus confiance dans un système, n’est-ce pas là une raison valable pour remettre en cause le système afin d’y apporter les corrections nécessaires ? Qui sont ceux qui envoient leurs enfants dans les écoles payantes ? Il y a bien sûr les familles qui ont les moyens.  Mais il ne faut pas se voiler la face.  Nous sommes aussi en présence des parents très modestes qui font des sacrifices énormes pour envoyer leurs progénitures dans les écoles payantes parce qu’ils sont pleinement conscients de l’importance de l’éducation.  J’en connais d’autres qui auraient aimé que leurs enfants fréquentent ces écoles payantes, mais malheureusement ils n’ont pas la possibilité financière en ce sens. L’argent joue un rôle primordial dans le système. Alors je me pose la question : quelle gratuité ?  C’est triste quand on pense au budget du gouvernement consacré à l’éducation, soit environ Rs 15 milliards.  Le secteur primaire, à lui seul, engloutit plus de 4 milliards.  Donc je me demande : à quand un système dans lequel tous les Mauriciens auront entièrement confiance ? Osons espérer.