Alors qu’elles n’étaient qu’une poignée dans les années 90’ et étaient localisées principalement dans les hautes Plaines-Wilhems, les écoles payantes se sont multipliées et ont fleuri un peu partout dans l’île. Les Education Statistiques 2015, publiées cette semaine, relèvent ainsi qu’au 31 mars 2015 11 296 enfants étaient enregistrés dans 44 établissements du primaire payants et 7 538 élèves dans 23 collèges payants. Des parents ayant fait ce choix confient qu’ils dépenseront au total environ Rs 60 000 cette année pour l’éducation de leur enfant.
S’agissant du primaire payant, les données des cinq années précédentes indiquent un intérêt croissant des parents : 8 432 élèves en 2010?; 9 042 en 2011?; 9 874 en 2012?; 10 297 en 2013?; et 10 954 en 2014. Des écoles payantes ont émergé dans plusieurs régions de l’île et rien qu’au nord-ouest, on en dénombre une dizaine, dont cinq à Triolet et une quinzaine d’établissements dans plusieurs endroits des Plaines-Wilhems. À l’exception des établissements proposant un enseignement français et ceux qui sont dans le cursus des “International schools” (nombre très restreint dans les deux catégories), les autres écoles primaires payantes proposent le programme d’études du ministère de l’Éducation conduisant aux examens du CPE. L’an dernier, une trentaine de ces écoles payantes ont ainsi participé à cet examen national, avec un nombre élevé de candidats, une centaine dans certains établissements. Plusieurs d’entre eux ont enregistré un taux de réussites de 100%.
Différentes raisons sont avancées par les parents ayant opté pour l’école primaire payante avec le cursus du CPE et que nous avons interrogés. Parmi, l’accès à une éducation globale pour leur enfant, le fait d’éviter le système des leçons particulières, permettre à leur enfant « d’apprendre autrement », l’apport des valeurs humaines dans le programme d’études, la panoplie d’activités non académiques, le bon environnement physique de l’école, le nombre réduit d’élèves par classe, les classes de rattrapage, l’attention particulière aux élèves, et une communication constante entre enseignants et parents. D’autres évoquent aussi l’importance d’une éducation religieuse pour leur enfant, aspect abordé par l’école choisie.
Toutefois, ce choix de l’école payante a un coût. Outre le dépôt de plusieurs milliers de roupies exigé au moment de l’inscription, il y a l’écolage, l’achat des manuels et les autres dépenses durant l’année scolaire. Certains promoteurs demandent dix mois d’écolage seulement, tandis que d’autres exigent les 12 mensualités. Un couple avec des revenus moyens, et dont l’enfant fréquente une institution bien établie située dans les hautes Plaines-Wilhems, fait le compte : « Nous n’allons pas dépenser moins de Rs 60 000 pour l’école de notre fils cette année. Cela pèse lourd dans notre budget et nous faisons beaucoup de sacrifices. » Cependant, ils affichent une grande satisfaction vis-à-vis de cet établissement. « Notre enfant est épanoui et nous sommes contents de l’éducation qu’il reçoit », affirment ces parents.
Situées dans les hautes Plaines-Wilhems, l’École de Lorette Vacoas et la Loreto Junior School Curepipe sont les plus réputées en raison de leurs bonnes performances enregistrées, relevées notamment par une réussite de 100% aux examens du CPE l’année dernière. Résultat obtenu grâce à leur expérience acquise de par leur ancienneté dans le domaine de l’Éducation. Grandement sollicités par les parents, les responsables de ces établissements payants font face chaque année à de grosses difficultés pour satisfaire les demandes d’admission grandissante en Std I.
Dans le secondaire payant, il y a cette année 7 538 élèves répartis dans 23 collèges, soit une hausse par rapport aux années précédentes (6 278 en 2010?; 6 437 en 2011?; 6 499 en 2012?; 6 636 en 2013?; 6 093 en 2014). Contrairement à la situation dans les écoles primaires payantes, la population estudiantine dans le secondaire payant ne connaît pas de hausse remarquable. La majorité des parents ayant choisi l’éducation payante pour le primaire reviennent vers le système public pour les études secondaires, d’autant que leurs enfants prendront part aux examens de SC et de HSC.
La gratuité des études secondaires, le large éventail de matières, le niveau inégal des collèges payants et la bonne performance aux examens de SC/HSC de nombreux collèges d’État et privés subventionnés ne sont quelques-unes des raisons. « Un enfant qui réussit au CPE a la possibilité d’avoir une admission en Form I dans un collège d’État ou privé et, en général, les parents sont plus ou moins satisfaits du collège obtenu. N’avoir plus à débourser pour la scolarité permet aux parents de faire des économies », ajoute le recteur d’un collège privé subventionné.
Plusieurs catégories d’école dans le secondaire payant offrent le programme d’études de Cambridge, mais elles sont, aux dires des officiers de la Private Secondary Schools Authority (organisme qui octroie le permis d’opération), de niveau très inégal, tant par rapport à la qualité de l’enseignement que celle des infrastructures, d’où la différence dans l’écolage réclamé aux parents. Certains parents ne déboursent que Rs 1500 par mois et, d’autres, Rs 4 000 à Rs 5 000.
D’après les officiers de la PSSA, bon nombre d’élèves fréquentant ces collèges payants y ont été admis après une expérience académique non réussie dans un collège subventionné ou d’État. « Souvent les élèves arrivent dans ces collèges en milieu du parcours du secondaire. Selon les Education Regulations, un élève ne peut répéter une même classe plus d’une fois. Si un enfant a échoué la même classe après deux tentatives, l’école le met à la porte et ses parents doivent chercher une autre école afin qu’il termine ses études secondaires. Les parents qui se retrouvent dans ce genre de situation se tournent alors vers les écoles payantes », explique un officier de la PSSA.
La liste de collèges privés payants s’allongera probablement l’année prochaine, car cinq demandeurs de permis attendent en cette fin d’année une réponse de la PSSA. La Mauritius Sanatan Dhama Temples Federation, l’Arya Sabha Mauritius et le Ramnath Jeetah Trust sont parmi les promoteurs de ces futurs établissements et ces organisations projettent d’ouvrir leur école à Ébène, Pailles, Réduit et Rose-Belle.