Du pain, du beurre et du fromage pour les enfants de la Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP), en attendant que le gouvernement ne redéfinisse le système entourant la distribution des repas chauds dans ces écoles. Ce, après que l’intoxication d’un nombre d’enfants à Bambous a révélé les faiblesses du programme. Dans plusieurs écoles, l’évolution du dossier est suivie de près par parents et enseignants. Car pour plusieurs enfants, ce repas offert à midi représente une manne inespérée qui les soulage.
Gregory (prénom fictif) a 5 ans et demi. Ce petit écolier, qui fréquente un établissement de la ZEP de la Zone 1, est issu d’un milieu difficile. Sa famille n’arrive pas à subvenir à ses besoins et à ceux de son grand frère. Un des enseignants responsables de la classe de Gregory nous confie l’importance de ce repas offert pour ce dernier : “Aujourd’hui, Gregory a même mangé le pain de son ami. Vu que sa mère a des difficultés financières et n’arrive pas à lui donner un repas correct pour l’envoyer à l’école, le gamin n’a pas d’autre autre choix que de faire avec ce qu’on lui donne.” Chaud ou froid, cela importe peu, tant que Gregory a de quoi manger.
“Aksepte manz samem”.
La qualité de la nourriture soulève souvent des questions. En ce moment, le fait de recevoir du pain, du beurre et du fromage à midi agace et inquiète. Même si énormément de parents se plaignent, un autre enseignant précise que “ena bann zanfan vremem pena manze. Zot kapav plin gagn mem zafer toulezour, me ki zot kapav fer ? Zot bizin aksepte manz samem pou soulaz zot lafin.”
Les repas chauds dont disposaient les écoliers de la maternelle à la classe de CPE aidaient beaucoup les parents. Surtout quand l’on sait que les écoles ZEP sont celles qui accueillent les enfants défavorisés.
Dans la Zone 3, même son de cloche. Les parents sont mécontents et remuent ciel et terre pour remédier à la situation. Espérer un retour à la normale ne leur suffit pas, d’autant qu’ils sont confrontés à la déception de leurs enfants.
Mieux que rien.
Depuis le début de l’année, le nouveau Food program a changé la vie de beaucoup d’écoliers, confient les enseignants et les parents que nous avons rencontrés. Au menu généralement : du riz, des grains secs, de la rougaille et une salade de fruits. Après l’incident de Bambous, retour à la réalité avec du pain, du beurre et du fromage; en compensation, ils reçoivent un fruit. “Tro sinp”, pour certains, mais satisfaisant pour d’autres.
Christian (prénom fictif), père d’un enfant en cinquième, analyse la situation avec beaucoup de réalisme : “C’est sûr que ce repas nous aide financièrement. C’est mieux que rien, mais en cette période de pluie, les repas chauds seraient beaucoup plus appréciés.” Pour lui, c’est encore une promesse de politicien. “Le gouvernement a pris la décision de suspendre temporairement les repas chauds, me mo ena linpresion ki tanporerman la ve dir pou tou letan sa ! Zame pou ena sanzman.”
Retour au passé.
Cette inquiétude est partagée par les parents dont les enfants fréquentent plusieurs institutions scolaires. Certaines associations de parents/enseignants restent mobilisées pour veiller que le gouvernement respecte ses engagements dans les meilleurs délais.
En attendant, au niveau de certaines écoles, les choses ne sont pas faciles à gérer. Francesca explique qu’il y a des enfants qui refusent de manger. “Un enseignant nous a raconté qu’un élève a refusé de prendre le pain en disant : Non, nou pa le zot dipin !”. La responsable de la PTA d’une école confie aussi la déception des parents : “En tant qu’adultes, nous n’aurions pas accepté de manger cela tous les jours. Mettez-vous à la place de ces enfants : cela fait six ans qu’ils consomment cela. Nous étions très satisfaits de l’introduction des repas chauds.”
La vérité peut aussi venir de la bouche des enfants. “Zot ti promet nou enn balance diet”, lance tristement une petite écolière. Le pain proposé en ce moment sonne comme un retour dans le passé. Les enfants mangent, et c’est ce qui importe. Le budget de certains parents est “soulagé”. Le rôle du gouvernement est de donner un repas aux enfants, et il le fait. La distribution des repas chauds reprendra peut-être. Mais quand ?