Le biologiste mauricien Vincent Florens vient de publier dans le magazine international Science en date du 1er juin un courrier dans lequel il alerte la communauté scientifique sur le sort que le gouvernement mauricien risque de réserver à la dernière espèce de chauve-souris survivante du pays, suite à une demande des producteurs de fruits. Une seule existe encore sur notre île sur les trois espèces présentes initialement.
Les experts de l’Union mondiale pour la conservation des espèces (IUCN) viennent d’achever leur mission d’étude à Maurice, suite à la demande du gouvernement de déclasser la chauve-souris du statut “d’espèce en danger” à celui “d’espèce vulnérable”. Contrairement aux espèces “en danger”, un animal considéré comme “vulnérable” peut être chassé et abattu, ce que les producteurs de fruits mauriciens demandent avec insistance depuis plusieurs années comme en témoigne une première décision du conseil des ministres prise en février 2011.
Compte tenu de cette situation, le biologiste de l’Université de Maurice Vincent Florens estime que la chauve-souris de Maurice fait face maintenant à un risque élevé d’extinction, et regrette que le gouvernement fasse primer les attentes de l’industrie sur celles de la science. Il rappelle dans un courrier à Science que sous la pression des producteurs de fruits, le gouvernement travaille à un amendement de la loi mauricienne qui protège les chauve-souris, entre autres espèces endémiques. Parallèlement, le ministère de tutelle des Parcs nationaux a fait appel à l’IUCN pour revoir le statut de cet animal, ce qui conduira pour l’auteur « à l’abattage d’une espèce en danger ». Aussi relève-t-il que les appels des spécialistes de la conservation pour que le gouvernement adopte une approche qui se fonde sur les évidences scientifiques ont été ignorés.
En 2008, l’IUCN avait reclassifié cette chauve-souris de vulnérable à en danger d’extinction, cette espèce ayant souffert d’une forte perte et d’une dégradation de son habitat et étant particulièrement sensible aux événements aléatoires tels que les cyclones. La légalisation de l’abattage ajoute un nouveau risque à cette liste pour Vincent Florens, qui rapproche aussi cette attitude de celle qui a consisté à limiter considérablement l’accès des chercheurs de l’Université de Maurice aux parcs nationaux en imposant des procédures administratives plus contraignantes, comme il en a témoigné en début d’année dans Nature, un autre magazine scientifique prestigieux.
Le spécialiste de l’écologie estime que la démarche du gouvernement va entacher la bonne réputation que Maurice a bâtie pendant des années d’efforts fournis pour sauver des espèces de l’extinction telles que le pigeon des mares. Il avance également que le gouvernement a perdu de la crédibilité en ne fournissant pas d’évaluation raisonnable des bénéfices attendus par l’établissement de quotas d’abattage des chauves-souris. La loi qui protège ces animaux rencontre de grandes difficultés à être appliquée, ce qui soulève de sérieux doutes sur la capacité du gouvernement à mettre en place des quotas d’abattage.
Vincent Florens conclut son courrier en invitant la communauté internationale à encourager Maurice à conserver sa population de chauve-souris en explorant et en étendant des programmes alternatifs tels que les filets de protection. Maurice ne doit pas sous-estimer le rôle clé des chauves-souris en tant qu’un des grands frugivores survivant de nos forêts. Ce texte est intitulé : « Going to Bat for an Endangered Species ».