« Nous concédons que le gouvernement ne peut tout faire pour les opérateurs économiques, mais le peu que ceux-ci demandent, c’est que leurs efforts  ne soient pas entravés », a déclaré ce matin Ganesh Ramalingum, président sortant de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) lors de la 165e assemblée générale annuelle de cette organisation du secteur privé tenue à l’hôtel Labourdonnais. La MCCI a dit son « inquiétude » devant les nombreuses promesses « non réalisées » sur des questions politiques d’importance et a dit ses « regrets » que le projet de carte d’identité nationale n’ait pas été confié à une entreprise locale.
Ganesh Ramalingum a fait état de l’absence d’un véritable plan de développement national qui aurait établi le parcours que doit suivre le pays jusqu’en 2030. « We won’t get anywhere if we don’t know where we are going », a déclaré Ganesh Ramalingum. Or, a-t-il soutenu, le pays a fait ses preuves en se lançant, au cours des quatre dernières décennies, dans des projets d’envergure. Pour le  président sortant, le document “Mauritius Vision 2020” était approprié dans la mesure où les domaines vers lesquels il fallait diriger les ressources avaient été identifiés. Malheureusement, dit-il, on se serait laissé « distraire par des questions futiles » qui vont au-delà des considérations économiques et sociales que la bonne gouvernance requiert. « We do not require a governement that is there only to fix what is wrong, but also to build what is right », a déclaré le président sortant de la MCCI.
S’expliquant, Ganesh Ramalingum a argué que le secteur privé a besoin du soutien du gouvernement. « Nous voulons être entendus, que nos demandes soient considérées », a-t-il poursuivi, laissant entrevoir l’inquiétude des entrepreneurs devant les « nombreuses promesses non tenues » concernant des questions politiques majeures. « Le temps fait défaut », a-t-il ajouté, précisant : « Les entrepreneurs ont opéré sous pression pendant trois longtemps. »
Faisant état de l’évolution négative de l’indice de confiance des milieux d’affaires pendant le premier trimestre 2014, comme établi par le baromètre de la MCCI, Ganesh Ramalingum a soutenu que le secteur privé a « besoin de politiques stables pour pouvoir créer les conditions d’un avenir brillant pour l’économie » du pays. Les signaux économiques sont mitigés. On note aussi une certaine reprise, mais les données tendent à démontrer que les risques persistent toujours, selon lui. Ganesh Ramalingum s’est appesanti dans un premier temps sur la contraction de 4,3% de l’investissement en 2013 et a observé que ces quatre dernières années, on a enregistré en trois occasions une chute de l’investissement. Et de faire remarquer que l’investissement privé en termes de pourcentage du Produit intérieur brut s’est replié de 18,8% en 2010 à 16% en 2013, et ce du fait de l’absence de projets et de manque d’incitations pour investir dans de nouvelles technologies. Le manque de confiance des entrepreneurs les force à retarder la mise à exécution de leurs projets. Le président sortant a observé que l’investissement public n’a pas été suffisant pour compenser le recul de l’investissement privé.
Opportunités
La baisse (de 2,8% en 2012, à 2,4% en 2013) du taux de croissance de la consommation a également été évoquée par la MCCI. En dépit de la hausse du niveau de rémunération des employés, a-t-il fait ressortir, il n’y a pas eu de progression du taux d’épargne national, celui-ci passant de 15,1% en 2012 à 14% en 2013, soulevant ainsi des craintes quant à la capacité de l’économie mauricienne à soutenir les investissements futurs.
Même si les risques sont toujours présents, a laissé entendre Ganesh Ramalingum, il y a des opportunités que le pays peut saisir. Mention a été faite de l’exploitation des ressources marines et du rôle que peut jouer le secteur privé dans ce domaine, de la pénétration des marchés africains, entre autres. « Mais avons-nous un plan ? »  s’est demandé le président sortant de la MCCI. Ce dernier a dit souhaiter que le gouvernement apporte son concours pour faciliter les projets d’expansion des petits et moyens entrepreneurs locaux sur le continent africain et a réclamé la mise en place d’un “dedicated desk” à cet effet.
Ganesh Ramalingum n’a pas manqué de faire état des « convoluted decisions and discourses » qui entament l’ardeur des entrepreneurs locaux. Il a fait allusion à la décision d’allouer le contrat du projet de carte d’identité nationale à une entreprise étrangère, et ce alors qu’on crie sur tous les toits que Maurice a développé un savoir-faire pour le marché africain tout en produisant des articles de haute qualité et fournissant une panoplie de services avec la plus grande efficience possible. « This kind of ludicrous trumpet-blowing rings false when we have been ostracinsing our own expertise and skills in favour of much dearer foreign services», a-t-il observé.
Pour le président sortant de la MCCI, le cas du projet de carte d’identité nationale, qui touche le secteur des TIC, n’est pas le seul. « Such scenarios abound in other sectors », a-t-il fait savoir en appelant à un changement d’attitude concernant la reconnaissance de la compétence des entreprises mauriciennes dans le processus d’allocation de contrats publics.