Le premier tour de table syndical organisé à l’initiative du nouveau vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, mercredi dernier, a été une occasion de tâter le pouls des syndicalistes en prévision de la présentation du prochain budget pour l’exercice financier 2012. Ainsi, il n’est nullement une surprise d’avancer que Xavier-Luc Duval est attendu au tournant des tripartites sur la compensation salariale payable à partir du 1er janvier prochain. D’autre part, des syndicalistes de la fonction publique sont revenus à la charge en exigeant le retrait des circulaires portant la signature du secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, au sujet des directives en prévision de la présentation des Programme-Based Budget Estimates 2012 et les Indicative Estimates 2013 & 2014. En parallèle, le ministère des Finances procède au Fine Tuning du calendrier budgétaire en tenant en ligne de compte les obligations internationales du nouveau Grand Argentier avec les principaux bailleurs de fonds, dont la Banque Mondiale, et le Fonds monétaire international le mois prochain.
Ces premières consultations entre le vice-Premier ministre et ministre des Finances et les syndicalistes ont été marquées par un désaccord quant à la représentation syndicale. Des responsables des fédérations syndicales, dont Toolsyraj Benydin de la Fédération des Syndicats du Service Civil (FSSC) et Jane Ragoo de la Confédération des Syndicats du Secteur Privé (CTSP) avaient d’emblée soulevé des objections quant à la formule adoptée, en particulier la présence de Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP).
Devant l’agacement exprimé par le Grand Argentier, un vote fut pris quant à la possibilité de poursuivre la séance de travail telle quelle ou tout simplement faire avorter les discussions. Le bon sens devait prévaloir avec la majorité de l’assistance en faveur de la poursuite de la séance de travail. Au-delà, des problèmes relevant des différents secteurs, le mouvement syndical s’est prononcé comme un seul homme en faveur du fait que les prochaines consultations tripartites pour la compensation salariale devront être impérativement présidées par le vice-Premier ministre et ministre des Finances en personne.
« Les syndicalistes ont fait bloc pour rejeter tout recours à la formule Jugnauth avec le National Tripartite Forum de l’année dernière pour décider du quantum de la compensation salariale. Nous devrons revenir aux consultations tripartites présidées par le ministre des Finances comme jadis et non avec des systèmes-paravents. La prochaine compensation salariale devra tenir en ligne de compte la générosité démontrée par le gouvernement en faveur des opérateurs du privé avec le package de l’Economic Competitiveness and Restructuring Programme. Les salariés ont été tenu à l’écart et il y a un rattrapage à envisager en cette période difficile », a fait comprendre, à Week-End, Rashid Imrith, qui a suggéré la mise en place d’un Workers Rescue Programme dans la conjoncture.
Pour sa part, le syndicaliste Haniff Peerun a soumis une demande formelle au vice-Premier ministre et ministre des Finances en vue d’une évaluation formelle de l’efficacité des ressources financières additionnelles mises à la disposition des opérateurs économiques sous l’ERCP et l’Additional Stimulus Package. Pour appuyer cette demande, les syndicalistes ont pris à témoin la BPO Infinity Saga où des fonds de l’ERCP ont été utilisés pour autre chose, dont le financement d’Aston Martin, au lieu de sauver des emplois en cette période de crise internationale.
Avec l’annonce du vice-Premier ministre et ministre des Finances à l’effet que la prochaine réunion avec les syndicalistes devra se tenir dans un délai d’un mois, soit à la mi-septembre, il faudra s’attendre à voir les premières propositions syndicales pour une compensation salariale être communiquées dès le début du mois prochain, d’autant plus que le taux d’inflation a repris sa courbe ascendante depuis ces dernières semaines.
Dans sa dernière analyse, disponible sur son site web depuis vendredi, la Banque de Maurice note que « the rate of inflation for the twelve-month period ended July 2011 stood at 5.5 per cent, up from 5.1 per cent for the twelve-month period ended June 2011. Year-on-Year inflation rate edged up to 6.7 per cent in July 2011, from 6.6 per cent in June 2011 ».
A ce stade, les dirigeants des principales fédérations syndicales se refusent de se lancer dans des premiers chiffres sans avoir pris connaissance des dernières statistiques officielles. Néanmoins, ils s’appesantissent sur le fait que la présidence de Xavier-Luc Duval pour ces consultations tripartites est condition sine qua non vu que le National Tripartite Forum, formulé par Pravind Jugnauth l’année dernière avec ses attributions élargies, était tout simplement « un mort-né ».
Un autre front, qui a vu les syndicalistes se serrer les rangs, demeure les dernières directives budgétaires portant la griffe du secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, qui n’était pas présent lors de ces discussions. Des syndicalistes, dont Rashid Imrith et Radhakrishna Sadien, ont réclamé le retrait pur et simple de ces circulaires budgétaires avec un « zéro création d’emplois » ou encore la mise en application d’une politique de « serre-ceinture ».
De son côté, le président de la FSSC a dénoncé en des termes très sévères « les techniciens du FMI au ministère des Finances », qui font plus de tort que de bien lors de l’exercice budgétaire. La formule de Performance Based Budgets et de Performance Apparaisals ont aussi été critiqués par les syndicalistes comme étant de véritables obstacles pour atteindre un service Civil efficient.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances s’est gardé de se prononcer sur les principales récriminations formulées par le mouvement syndical. Face aux attaques à peine voilées contre le secrétaire financier, il s’est aligné sur la position exprimée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le week-end dernier à l’effet que le secrétaire financier n’est qu’un technicien.
Avec la nette détérioration de la situation économique sur le front international, les différentes options pour une couverture des risques au sein de l’économie mauricienne continuent à faire l’objet d’échanges au plus haut niveau à l’Hôtel du gouvernement. Ces discussions impliquent le Premier ministre, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, l’Economic Special Adviser, le Pr Abdrew Scott avec en appoint la contribution de Rama Sithanen, le prédécesseur de Pravind Jugnauth aux Finances.
A ce jour, très peu de détails ont transpiré de ces consultations aussi bien que le montant du manque à gagner enregistré à la Mauritius Revenue Authority (MRA) au niveau des recettes fiscales avec le ralentissement de la croissance sur le plan économique. Des données plus fiables sont attendues pour la fin de septembre prochain et toucheront les neuf premiers mois de l’exercice financier en cours.
Au ministère des Finances, le calendrier budgétaire est également sujet à un Fine Tuning en tenant en ligne de compte des impératifs sur le plan international. La lettre-circulaire No 7 d’Ali Mansoor mise sur une présentation du budget vers la fin d’octobre. Mais, il faudra compter sur l’absence du Premier ministre au pays pour la dernière semaine d’octobre avec la tenue à Perth, Australie, du Commonwealth Heads of Government Meeting (CHOGM 2011) du 28 au 30.
Il n’est pas à écarter que le choix de la fin d’octobre soit revu pour privilégier la première semaine de novembre, en particulier le vendredi 4 novembre et tout le mois de novembre consacré aux débats budgétaires avec la participation d’une opposition complètement requinquée et bénéficiant presque du même nombre d’heures de débats, vu le rapport des forces de 37/32.
Avant d’en arriver là, le vice-Premier ministre et ministre des Finances se prépare à participer à sa première réunion des Grands Argentiers du Commonwealth au cours de la troisième semaine de septembre à Washingtion en prélude à la grand-messe annuelle des institutions de Bretton-Woods, la Banque Mondiale et le FMI.
Lors de son passage à Washington, Xavier-Luc Duval aura l’occasion d’approfondir les contacts avec des responsables du Desk de Maurice au sein de ces agences de financement internationales et également de procéder à une validation des principales options pour le prochain budget dans le cadre de la poursuite du programme de réforme économique en cours.
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