L’agenda du Government Business pour le mois d’août, soit à la veille de la rentrée parlementaire après de longues vacances d’hiver, prévoit que la priorité sera accordée au dossier économique avec pour objectif de jeter les bases du «deuxième miracle économique» annoncé lors de la dernière campagne électorale. Que ce soit au sein du gouvernement ou dans les milieux d’affaires, l’on met l’accent dans la conjoncture sur l’importance d’une plate-forme de convergence entre le public et le privé pour assurer le décollage économique et l’intégration dans le groupe de High Income Economies.
Comme révélé en primeur dans l’édition de Week-End du 11 juillet dernier, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, confirme son projet d’un Economic Mission Statement à la nation devant un parterre représentant les membres du gouvernement, les hommes d’affaires et les opérateurs du secteur privé. Les consultations préliminaires, qui ont été engagées au niveau du High-Powered Committee à l’Hôtel du gouvernement, ont déjà établi les contours de ce que sera le Vision 2030 Blueprint pour Maurice. En parallèle, les échanges entre les différents stakeholders sur le programme de réforme économique proposé par la Banque mondiale dans le document Mauritius Systematic Country Diagnistic pour les cinq à sept ans à venir ont atteint un stade avancé avec un Set Menu de 18 propositions de réforme considérées comme étant prioritaires.
Avec le retour, jeudi, de sir Anerood, après une visite privée de trois semaines à l’étranger, les préparatifs pour le rendez-vous de la rentrée économique se déroulant dans les locaux de la Business Parks of Mauritius Limited (BPML) à Ebène CyberCity le samedi 22 devront connaître dans les jours à venir une nette accélération. Sans dévoiler les grandes lignes de cette intervention, les milieux autorisés soulignent que l’exercice aura pour mission de transmettre «la volonté du leadership politique de relancer l’économie sur de nouvelles bases, générer des emplois et augmenter la richesse nationale».
Certes, le High-Powered Committee, un Quasi-Economic Committee of the Cabinet, a procédé à l’identification d’une série de Bottlenecks sur le plan administratif et légal, bloquant du même coup le démarrage de projets d’envergure. Sur la base de cet audit, le gouvernement, par la voix du Premier ministre, compte apporter des remèdes et des solutions à ces contraintes majeures. Il va de soi également que cet Economic Mission Statement tiendra en ligne de compte les importants projets, nécessitant des milliards d’investissements, qui sont encore sur le Drawing Board.
A ce chapitre, le point central dans le premier budget de Lalyans Lepep, soit la création de Smart Cities, susceptible de changer la face de Maurice, devra revenir en filigrane dans la déclaration économique d’Ebène. D’ailleurs, au cours de la semaine écoulée, le Board of Investment (BOI) a octroyé les premières Letters of Comfort aux promoteurs de trois projets de Smart Cities pour des investissements totalisant Rs 54 milliards, soit le projet d’Omnicane Smart City dans le Sud, notamment dans les parages du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, la Smart City de Cap Tamarin du groupe Jhuboo dans l’Ouest et celle de Royal-St-Louis du groupe Maurel à Pailles.
Sur la base de ces Comfort Letters, les promoteurs de ces projets de Smart City devront mobiliser les ressources financières nécessaires en vue de l’ouverture des chantiers dans le délai imparti. Outre ces trois premiers projets, le Médine Education Village dans l’Ouest se trouve en bonne position sur la carte des Smart Cities. Toutefois, Gaëtan Siew Hee, désigné comme étant le Mr Smart City, prend le soin de rappeler de manière systématique lors de ses contacts avec les éventuels promoteurs que le temps de gestation des projets de cette envergure est de deux ans.
Un véritable challenge
D’autre part, dans les milieux du Joint Economic Committee, on attache une importance particulière à cette intervention du Premier ministre en vue de dégager une «meilleure visibilité des investissements dans l’économie». «Cette étape devra apporter des clarifications claires et nettes et des précisions sur cette convergence entre le gouvernement et le secteur privé en vue d’éviter la Middle-Income trap. Nous concevons que ce Quantum Leap est une étape délicate. La transformation de l’économie représente un véritable challenge et nous avons à conjuguer nos efforts pour préserver toutes nos chances dans cette conjoncture», fait-on comprendre dans les rangs du secteur privé.
Dans ce contexte, le diagnostic de la Banque mondiale avec 18 propositions de réformes (voir plus loin), qui fait l’objet de consultations depuis la fin de juin entre les partenaires économiques, pourrait servir de base en vue d’approfondir les débats et de se présenter en tant que tremplin pour ce projet. Dans le cadre de ces échanges, les principaux objectifs identifiés sont de «boost employment, raise productivity and income of the bottom 40 percent of the population», rejoignant du même coup les préoccupations exprimées par le gouvernement.
«The right inputs for this transformation include adequate skills, improved infrastructure and increased investment and know-how. These need to be combined with a conducive environment that provides adequate incentives in terms of labour market institutions, innovation policies, sustainable infrastructure, and public services», préconise le Mauritius Systematic Country Diagnostic, concédant que le dosage demande à être déterminé lors d’un dialogue national en vue d’élaborer «an inclusive and politically feasible path to reach high-income status».
Néanmoins, la Banque mondiale tient à mettre en garde contre des risques de «substantial political economy constraints to moving forward with the required reforms» et fait comprendre que «delaying the reforms will put additional pressure on Mauritius’s socially inclusive model, as the middle class struggles and disparities grow».
A ce stade, deux obstacles potentiels peuvent se dresser sur la voie de la réforme et pour les contourner, la Banque mondiale recommande un «open public dialogue between the public and private sector». Ce qui pourrait être le cas avec le rendez-vous d’Ebène CyberCity du 22.
«The first risk is to fail to recognize that past policies will not propel the country to a new stage of development. Furthermore, delaying the reforms will put additional pressure on Mauritius’ socially inclusive model, as the middle class struggles and disparities grow. That would set the country on a low and non-inclusive economic growth path that could eventually undermine the social model that forms the fabric of the Mauritius society. The second risk is that implementation of the needed reforms may be captured by the political elite, and the political class may strongly influence business patronage and arbitrage of political capital in many policy decisions», soutient la Banque mondiale, qui s’appesantit sur le fait que «at the heart of the challenge facing Mauritius is the need for a new growth model that is knowledge-intensive and supported by strengthened skills».